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V3 - episode xi

Publié le 24 juin 2008 par Fric Frac Club

Résumé des épisodes précédents : Lazare parvint à s'échapper de l'Evêché. Alors qu'il s'éloigne à la recherche du mystérieux Z., il évoque son étrange libérateur(2)...

(Feininger)

A coup sûr, tu te demandes comment j'ai pu sortir de là ? Quelle était donc cette personnalité hors du commun portée par un souffle magnétique qui fit voler la porte de mon cachot ? Eh bien, je répondrai à ces questions par une autre question : connais-tu Feininger (1) ? Le fabuleux pourfendeur charismatique qui se déplace parmi les grands vents souterrains comme toi & moi prenons notre tour dans la puanteur des rames de métro.

Laisse moi donc te dire ceci : cet homme en blanc marche au rythme des soubresauts urbains. Il balade son large chapeau à travers notre antique cité qui brille de mille feux – il entaille le macadam noir de ses longues jambes. As tu déjà rencontré Feininger ? Il fume de blanches cigarettes sans filtres d'où ondule le blanc dragon de ses mégots tombant sur les larges avenues – large & ample aussi la courbe vicieuse de ses bras qui trompent leur monde.

Lorsque je l'ai vu arriver dans son costume immaculé déjà j'ai su que c'était Belane & Christo Garp qui l'avaient fait venir, trop inquiets de ma disparition, mais aussi, & voilà qui est des plus importants, qu'il me faudrait payer cette dette envers Feininger. De quelle façon? Cela m'effrayait d'avantage que l'absurde mascarade dont je venais d'être la victime. Une dette envers Feininger est une chose qu'il faut éviter à tout prix – il tiendrait la moitié de la ville de cette façon. Son influence, due à un sombre trafic de textes apocryphes, poèmes assassins, épopées empoisonnées, est omnipotente. Certains n'hésitent pas à dire qu'ils voient dans chaque mouvement de la ville la volonté de Feininger. & la parade de cet homme en blanc électrise la piété populaire. Avec ses rues de bruits en manteau d'odeurs grasses, de fornications sauvages, cette ville offre ses murs tordus & sa mer de tuiles rouges aux drames. Les ombres y sont bien installées & les crimes s'y amusent un peu partout depuis que César en a fait le siège. On y sacrifie dans l'indifférence. On y déifie chaque jour le culte du mauvais goût – mauvais sang millénaire de ce peuple qui dresse de blanches églises à ses saints & , sauf méprise de ma part, Feininger l'est peut être devenu pour moi car c'est bien pour me libérer qu'il s'est déplacé.

Pourtant, derrière la soie limpide de ses cigarettes dort un noir complot. Qu'importe, l'histoire va enfin pouvoir commencer.

(1) Lyonel Feininger (1871 - 1956) est un peintre expressionniste et caricaturiste allemand-américain. Feininger né à New York, part à l'âge de seize ans avec ses parents pour l'Europe et particulièrement à Berlin où il vécut avant d'émigrer en 1936, victime de la discrimination allemande et de retourner aux États-Unis. Doué aussi bien sur le plan musical que de la peinture, il donna la préférence à son penchant le plus fort qui était la peinture. Il dut attendre longtemps avant d'être reconnu en tant qu'artiste malgré de respectables succès comme illustrateur. A partir de 1905 il réalise des caricatures pour les revues humoristiques Ulk et Fliegende Blätter. En 1906-1907 il réalisa textes et dessins pour une série de bandes dessinées pour le Chicago Tribune. Son œuvre pictural de 1906 à 1911 est influencée par ses planches illustratives ; ce n'est qu'en 1911, à Paris, qu'elle trouve sa voie vers sa propre forme artistique grâce aux œuvres des cubistes. Il se détourne presque totalement d'éléments figuratifs dans ses toiles dont le thème principal devient la ville et l'architecture des villages thuringiens. Un haut clocher d'église est souvent omniprésent dans les compositions qui datent de la guerre ou la suivent, comme un symbole d'espoir en un monde plus paisible. Fidèle aux préceptes cubistes, il renie toute perspective classique pour la recomposer à partir d'éléments déstructurés, de formes emboîtées les unes dans les autres de façon compliquées qui confèrent à l'œuvre une monumentalité intérieure et une sévère tectonique. Cependant ses tableaux ne forment pas des blocs compacts et grâce à son apprentissage des couleurs chez Robert Delaunay ils irradient de lumière et de transparence.

(2) Bien sûr, Feininger... Aber, je préciserai tout de même qu'embrouillé en profondeur dans de sombres histoires d'univers parallèles, Lazare n'a pu intervenir lui-même sur le F.F.C. C'est donc à son intention que je le libère du poids moral qui lui pèse et usurpe son identité pour un coup afin de parvenir à la fin des fins : publier ce nouvel et attendu épisode énigmatique de V3. - A.W.


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