Le 15 décembre 2025, à l'issue de son Assemblée générale, l'Association Benjamin Constant recevait l'écrivain Étienne Barilier, au Cercle Littéraire, à Lausanne, dans le lieu même de la naissance de Benjamin Constant, pour une conférence sur Byron1, le poète en action.
Dans sa présentation de l'auteur, le président de l'association, Léonard Burnand, a dit qu'il est difficile de se déprendre de son livre homonyme, édité par EPFL Press, dans sa collection du Savoir suisse, une fois commencée sa lecture. Il a entièrement raison: je confirme.
Bien que j'aie pris des notes pendant la conférence, j'ai été déçu en bien par cette biographie du poète, dont, à ma grande honte, je n'avais rien lu, même si, bien sûr, j'avais entendu parler de lui, notamment de son poème, Le prisonnier de Chillon, et de son soutien à la Grèce d'alors.
Étienne Barilier a lui aussi raison: George Gordon Byron est plus connu pour son action que pour son oeuvre. Cependant le mauvais sort a voulu qu'il souffrît d'une malformation qui se guérit aujourd'hui - ce qui n'était pas du tout le cas à son époque: son pied droit était un pied bot:
S'il opposa tout son courage à la douleur physique, la blessure morale que lui causait son handicap ne se referma jamais.
Ce handicap ne l'empêcha pourtant pas de se battre très souvent, d'être un grand sportif: Il va d'ailleurs pratiquer la boxe, l'escrime, l'équitation, sans parler de la natation où il excelle, son handicap n'en étant plus un. Il préférera aimer et souffrir que de mener une vie médiocre 2.
À dix-neuf ans, Byron publia un bref recueil, Heures d'oisiveté. Il y fit montre d'un amour sincère pour le classicisme: c'était, malgré les apparences, un amour de la maîtrise, un goût de l'intelligence et de la rigueur, un refus de se vautrer dans une sentimentalité débordante.
À sa majorité, en 1809, il conquiert le droit de siéger à la Chambre des Lords, mais, six mois plus tard, il entreprend un voyage en Orient, dont il ne reviendra qu'en juillet 1811. C'est pendant ce voyage qu'il commencera le Pèlerinage de Childe Harold qui le rendra fameux.
Il est singulier que dans la première édition de l'oeuvre, les notes et l'appendice occupent presque autant de pages, et plus serrées, que le poème lui-même. Où il révèle sa passion pour les langues, la qualité de son information, son amour sincère de la Grèce, passée et présente.
Les années 1812 à 1816 sont les dernières que Byron passera dans son pays natal. Ces années-là seront riches en oeuvres littéraires, d'une grande beauté: Le giaour, Le corsaire, Le siège de Corinthe, La fiancée d'Abydos ou Parisina, qu'il est tentant de confondre avec l'homme 3...
Parmi les pays visités en 1816, il y a la Suisse 4 qui lui inspirera plusieurs poèmes dont le célèbre Prisonnier de Chillon, un texte sombre qu'il aurait commencé à l'actuel Hôtel d'Angleterre, à Ouchy, où est apposée une plaque commémorative en l'honneur de son illustre client:
Il rappelle que, pour Byron, la quête de la liberté s'accommode du désespoir, et peut-être en a besoin.
En Suisse donc, où il séjournera pendant quatre mois, il rencontrera Germaine de Staël, qui l'avait visité en Angleterre, dont il admirait son De l'Allemagne, qui lui aurait fait connaître Adolphe (l'antidote de Corinne) mais aurait médit de son auteur, Benjamin Constant.
À l'automne 1816, il se rendra en Italie, plus particulièrement à Venise, pour laquelle il aura toujours une vraie passion. Il écrira à un ami que le dialecte et la naïveté de ses habitants y font ses délices de même que sa poésie, sa longue histoire, ses institutions, son aspect:
Tous ses désavantages sont compensés par la vue d'une seule gondole.
À Venise, en juillet 1818, il commencera la rédaction de son chef-d'oeuvre, inachevé, Don Juan, qu'il poursuivra durant les cinq années suivantes, à Ravenne, à Pise, à Gênes. Pendant sa conférence, Étienne Barilier a précisé qu'il comprend 2'000 strophes et 16'000 vers.
Dans ce poème, son ton est celui de la désinvolture et de la distance. Il raconte une histoire, mais ne disparaît pas dans sa fiction, c'est aussi son histoire, il en fait un instrument de [sa] vision du monde: une mise en question du romantisme au coeur même du récit romantique.
De son soutien à la cause de l'indépendance grecque, retenons que les Grecs étaient divisés mais unis pour lui demander de l'argent, qu'il a payé de sa personne en tentant d'organiser une armée, qu'il y est mort, après avoir écrit deux poèmes disant sa détresse d'aimer sans être aimé...
À la fin de son propos, le conférencier insiste sur le sens pratique de Byron - il n'oublie pas le réel pour l'idéal - et son énergie, sur l'influence qu'il aura sur des écrivains, des peintres, des musiciens. Dans son livre, il dit également que l'action, chez Byron, devient la soeur du rêve.
La conclusion du conférencier est de dire que Byron avait du coeur, que la liberté est ce qu'on chante et ce qu'on agit. Celle de l'écrivain émeut, persuade, convainc le lecteur, après qu'il a traduit pour lui nombre de ses poèmes en vers le plus souvent blancs, parfois rimés:
L'humanité, l'humilité de destin du dernier Byron sont peut-être bien ce que cet homme contradictoire, brillant, brûlant, assoiffé de joie, interdit de bonheur, nous offre de plus beau - avec sa poésie, indissolublement.
Francis Richard
1 - Né le 22 janvier 1788 à Londres et mort le 19 avril 1824 à Missolonghi, en Grèce.
2 - Sa vie privée sera tumultueuse, en Angleterre comme ailleurs: l'auteur essaie honnêtement de démêler le vrai du faux à ce sujet et souligne que cela ne l'empêchera pas d'élaborer une oeuvre immense.
3 - Byron avait un certain goût de la publicité.
4 - Une année sans été: les paysages de l'Oberland bernois serviront de toile de fond à Manfred, son drame en trois actes.
Byron - Le poète en action, Étienne Barilier, 208 pages, Savoir suisse
Livres précédemment chroniqués:
Le piano chinois (2011) Éditions Zoé
Ruiz doit mourir (2014) Buchet-Chastel
Les cheveux de Lucrèce (2015) Buchet-Chastel
Dans Karthoum assiégée (2019) Phébus
Noor (2023) Phébus
Muses (2024) Bernard Campiche Editeur
Autres articles sur Étienne Barilier:
Étienne Barilier invité de Tulalu à la Bibiothèque Chauderon de Lausanne (2015)
Remise du prix des Écrivains vaudois au Cazard à Lausanne (2019)
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Étienne Barilier et Léonard Burnand, le 15 décembre 2025, au Cercle Littéraire, à Lausanne
