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Mes choix, mes combats, ce que je crois, de Dominique Rey

Publié le 24 décembre 2025 par Francisrichard @francisrichard
Mes choix, mes combats, ce que je crois, de Dominique Rey

Qui est Dominique Rey? Je ne sais pas si c'est par humilité, mais la couverture n'indique pas le titre de cet homme d'Église. Il s'agit de Mgr Dominique Rey, évêque émérite du diocèse de Fréjus-Toulon depuis le 7 janvier 2025, émérite signifiant qu'il ne l'est plus depuis cette date.

Il a en effet été évêque de ce diocèse pendant vingt-cinq ans et a été poussé à la démission par le pape François, décédé le 21 avril 2025. Beaucoup de choses ont été dites au sujet de Mgr Rey, en bonne et en mauvaise part. Il était donc intéressant qu'il prenne la parole pour dire ce qu'il pense.

Deux journalistes ont participé à la rédaction de ce livre: Samuel Pruvot, grand reporter à l'hebdomadaire Famille Chrétienne, et Henrik Lindell, journaliste à l'hebdomadaire La Vie. Leur rôle a consisté à introduire l'ouvrage et chacun des chapitres écrits par le prélat à la première personne.

Même si ces introductions ne sont pas sans intérêt, parce qu'elles donnent un contexte aux thèmes abordés, c'est ce que dit lui-même Mgr Rey qui doit, me semble-t-il, retenir l'attention du lecteur, qui se rendra compte en le lisant à quel point, à notre époque, on n'aime ni les nuances ni le risque.

VOCATION

Mgr Rey est né le 21 septembre 1952 dans une famille nombreuse de sept enfants. Ses parents s'appelaient Marie et Joseph. Ils ont donné à leurs enfants un exemple de vie évangélique: ainsi invitaient-ils des pauvres à partager un repas ou d'anciens prisonniers que son père avait visités.

Dominique Rey a fait des études supérieures d'économie à l'université de Saint-Étienne, puis à Lyon, enfin à l'École nationale des impôts de Clermont-Ferrand. En 1975, il a fait son service national dans la coopération au Tchad, où il a fait la rencontre d'un pasteur pentecôtiste, qui l'a marqué.

En 1977, affecté au Ministère des Finances, rue de Rivoli, à Paris, il a découvert, à Saint-Sulpice, en parcourant les paroisses de la capitale, la Communauté de l'Emmanuel, qui pratiquait l'évangélisation directe tout comme le pasteur Giraud rencontré au Tchad, et il l'a progressivement intégrée:

Ma vocation sacerdotale a éclos au sein de la Communauté de l'Emmanuel.

DÉMISSION

Pourquoi le pape François lui a-t-il demandé de démissionner?

- Il aurait accueilli trop largement et sans discernement des communautés et des personnes parmi lesquelles beaucoup venaient de l'extérieur, des États-Unis et du Brésil: il ne regrette pas cet accueil large, même si se sont produits quelques revers, accidents ou dérapages.

- Il aurait fragilisé l'unité du diocèse en accueillant des groupes et des personnes issus du monde traditionaliste: il s'agit en fait de la Société des Missionnaires de la Miséricorde divine, qui est certes attachée au rite tridentin , mais de manière non exclusive, et qui est pourtant fidèle à Vatican II:

Le rôle des évêques est de saisir le sens de cet attachement à la forme ancienne et d'aider les jeunes à ne pas vivre en vase clos.

- Il n'aurait pas réussi à équilibrer les finances du diocèse, mais c'est le cas beaucoup d'autres diocèses français...

Bien que surpris, il a obtempéré: Le critère ultime de discernement reste pour moi celui de l'obéissance au successeur de Pierre.

VIE

Les référents séculiers et catholiques étaient issus d'un même moule et donc compatibles, mais à partir des années 1960, sur les questions touchant à la sexualité, la famille, la procréation, le commencement ou la fin de vie, le fossé n'a cessé de s'accroître entre la doctrine catholique et la législation. 

Mgr Rey met notamment en cause le subjectivisme dominant:

L'homme choisit d'être ce qu'il veut. Il décide qui doit vivre; il décide où et quand il doit mourir; il choisit sa sexualité: d'être un homme ou d'être une femme. C'est l'absolutisation de la liberté. On comprend que cette attitude est incompatible avec le fait de se recevoir d'un Autre, de recevoir de Dieu ce que l'on est, et rend impossible le bien commun.

Il ajoute:

Vivre en tant qu'homme ou femme ne va plus de soi. Vivre tout court devient aussi problématique. Au point de remettre en cause la vie comme don. On veut aujourd'hui fabriquer sa vie. On veut s'exonérer de toute fragilité. Le Christ, en se faisant l'un d'entre nous, a assumé la vulnérabilité humaine. Notre fragilité a été portée et sublimée par son mystère pascal.

IDENTITÉ

Renouer avec l'identité chrétienne de notre pays, est la meilleure réponse à cette quête d'identité qui traverse nos contemporains.

L'identité chrétienne? Elle s'exprime par:

- La famille: La nation se construit et se reconstruit à partir de la famille, cellule de base de la vie sociale: c'est le premier lieu de transmission de la foi à partir du baptême.

- L'intelligence de la foi: La foi doit réhabiliter une raison qui est devenue de plus en plus technicienne et qui n'est plus, dans un contexte relativiste et médiatique, mobilisée par la quête de vérité.

L'universel: il permet d'éviter les errements du nationalisme, qui est repli identitaire sur soi, et du mondialisme, qui devient totalitarisme.

Le chrétien vit dans un corps qui est l'Église et dont la vocation est de rassembler toute l'humanité. C'est sa raison d'être et c'est sa mission. De la même manière, elle doit pouvoir accueillir en son sein, les dons, les charismes, les différentes sensibilités, à partir d'un commun attachement au Christ et au Magistère de l'Église.

POLITIQUE

L'Église doit s'impliquer dans la politique. Il est nécessaire qu'elle se prononce sur des choix de société, dans la fidélité à sa doctrine sociale et à une certaine vision de l'homme, et du bien commun:

Le chrétien lutte pour l'harmonie de trois corps: le corps individuel de la personne, le corps social et le corps environnemental. La personne est le premier maillon de cette unité.

Mgr Rey considère que sa mission de prêtre et d'évêque est aussi d'être au contact de personnalités publiques, non pas en raison d'affinités politiques, mais bien parce qu'elles ont choisi d'oeuvrer au bien commun.

Aussi a-t-il rencontré tout l'éventail des tendances politiques, de la droite nationale à la gauche radicale. Son but étant d'être à l'écoute des différents points de vue pour exercer son discernement sur la base de l'enseignement de l'Église.

(Oui, mais il aurait dû exclure la droite nationale: À écouter la presse, avoir des contacts avec un parti politique signifierait avaliser l'intégralité de leurs propos, de leurs opinions.) 

Il précise: La justice est la tâche propre du politique, la charité celle de l'Église. Mais l'Église ne se désintéresse pas de la politique, puisqu'elle ne peut ni ne doit rester à l'écart dans la lutte pour la justice, conjuguant ses efforts avec ceux de bien d'autres, croyants ou non.

CONCLUSIONS

En fin d'ouvrage Mgr Rey s'exprime sur:

- l'avenir de l'Enseignement catholique sous contrat, qui devrait se bâtir sur la personne, la foi, la culture, et auquel les écoles catholiques hors contrat devraient servir d'aiguillon.

- la mission du prêtre et de l'évêque, qui suivent le chemin de vie de Jésus:

Bethléem, c'est l'enfantement et la naissance.

. Nazareth, c'est l'éducation à la foi.

. Tibériadec'est la mobilisation autour de la mission.

Jérusalem, c'est la ville du sacrifice: il s'agit de placer la liturgie au sommet de la vie de l'Église et du contenu de la foi.

- le rôle des laïcs dans l'Église: je crois fondamentalement à l'apport positif des laïcs, sans pour autant remettre en cause l'identité sacerdotale et la place du prêtre.

le pape Léon XIV: un des enjeux majeurs de [son] pontificat [...] sera de relancer à travers le monde, et particulièrement dans une Europe essoufflée spirituellement, l'élan missionnaire.

Il termine en disant:

Après vingt-cinq ans d'épiscopat, je continue de m'émerveiller chaque jour de l'actualité du christianisme pour notre temps, de la pertinence du message évangélique que l'Église porte, qui est un trésor d'espérance dont le monde a soif. Nous devons être les témoins libres, courageux et audacieux de cette espérance.

Francis Richard

Mes choix, mes combats, ce que je crois, Dominique Rey, 272 pages, Artège


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