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La soupe des pauvres, de Jean-François Haas

Publié le 04 janvier 2026 par Francisrichard @francisrichard
La soupe des pauvres, de Jean-François Haas

La ville où j'ai passé mes trente premières années - je l'ai quittée voici vingt ans - s'est bâtie sur les berges d'une rivière.

Le narrateur, Caleb - c'est ainsi qu'il se prénomme -, y retourne le dimanche 19 avril 2020, sur la Toile. Il a d'abord tapé Le Jardin et le nom de la ville, puis il a ajouté Carrousel.

Quatre jours plus tôt quelqu'un avait posté un film de quelques minutes. Dans Le Jardin, il a la surprise d'y voir un type qui tient un couteau et qui se dirige vers un jardinier:

Brusquement, le type se jette aux genoux du jardinier, lui tend son poignard en lui offrant sa gorge. Une femme arrive en courant près de l'homme agenouillé, s'agenouille près de lui, entoure d'un bras ses épaules. Lui prend son couteau. Le jardinier se penche sur l'homme, le relève, aidé par la femme.

Caleb reconnaît cet homme qui s'offre en sacrifice : Nous nous connaissons, lui et moi. Au temps de notre amitié, j'aurais dit: "Nous nous co-naissons." Angelo. Angelo Francesco.

Les prénoms donnés à la naissance peuvent être une charge pour celui qui les porte. En l'occurrence ce ne sera pas tant Angelo que Francisco qui pèsera sur l'ami de Caleb.

François d'Assise voulait vivre comme Jésus avait vécue, être pauvre comme lui. Un jour qu'il était en prière, il avait reçu de lui les stigmates, ses blessures infligées sur la croix.

La grand-mère d'Angelo le lui avait raconté et celui-ci avait voulu l'imiter. Avec une loupe et le soleil, il avait brûlé la paume de sa main gauche pour la percer, et menti à sa mère:

J'ai dit à ma mère que je m'étais brûlé avec des allumettes. Elle m'a donné une claque. [...] J'avais trop peur que ma grand-mère se fasse engueuler et qu'on lui dise une fois de plus qu'elle était devenue folle.

La mère du narrateur a voulu qu'il s'appelle Caleb. Son géniteur n'a jamais voulu qu'il porte son nom. Elle n'a voulu ni avorter, ni l'abandonner à la naissance. Elle l'a donc confié.

Les parents de son amie Madeleine se sont occupés de lui, ne lui ont rendu que lorsqu'elle a été libérée sous conditions après avoir attaqué une station-service avec un compagnon...

La soupe des pauvres est le récit de l'amitié entre Caleb et Angelo, de leur enfance jusqu'à la pandémie, le premier en quête de sa mère disparue, le second de plus de pauvreté:

Je veux vivre en pauvre pour manifester cette pauvreté qui est en moi, qui est mon besoin de recevoir la beauté d'autrui. L'autre est ma joie. Être dépossédé par tout ce qui nous est fraternel. Recommencer à partir de cela: tout m'est frère et soeur. Rien ne m'appartient. Tout m'est confié.

Comment une telle histoire pourrait-elle bien finir? Aussi le lecteur ne s'y attend-il pas. Elle lui aura donné matière à réflexion sur la pauvreté, qu'elle soit matérielle ou spirituelle.

La première peut se résoudre par la création de richesses à condition que soit laissée libre l'ingéniosité humaine, la seconde par l'éducation aux vertus: courage, justice, tempérance.    

Francis Richard

La soupe des pauvres, Jean-François Haas, 448 pages, Bernard Campiche Editeur

Livres précédemment chroniqués:

La Folie du pélican (2022)

Le brochet de l'empereur Barberousse et autres nouvelles (2024)


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