Hadrien Canter est le directeur général de la société Alta Ares, une entreprise française, née en Ukraine il y a deux ans. De la rencontre avec les groupes de combat, sur le front de l’Est, a germé l’idée d’imaginer des drones intercepteurs précis et boostés à l’intelligence artificielle. AeroMorning a rencontré l’équipe de cette startup, qui a aujourd’hui gagné ses galons, après le baptême du feu.
« Il y a deux ans, nous avons constaté une usure cognitive chez les militaires ukrainiens en matière de lutte anti-drone, notamment contre les Shahed, » explique le trentenaire, à la tête d’une équipe de 32 employés. C’est justement cette connaissance fine des besoins, au plus près des combattants, qui l’a convaincu de la nécessité d’embarquer de l’IA dans les drones afin d’automatiser certaines actions réalisées quotidiennement en Ukraine. « L’IA permet d’automatiser, avec des puissances de calcul folles, les tâches de détection, d’identification ou encore de renseignement ». Depuis, plusieurs brigades ukrainiennes et l’armée française s’y intéressent à la vue des résultats positifs obtenus. Aujourd’hui, Alta Ares est présente tout autour du globe avec des bureaux à Paris, New-York, Athènes et Kiev, d’où elle puise son expertise tirée directement sur le terrain de guerre.
Alta Ares a ainsi développé un logiciel (Pixel-Loc) dopé à l’intelligence artificielle permettant d’intercepter, en mode tout automatique, des cibles comme les munitions rôdeuses Shahed. Partant du constat qu’une interception en mode uniquement piloté par un humain n’arrive à toucher sa cible que dans 30 % des situations rencontrées, il fallait trouver une solution technique plus efficace. Dans le dispositif développé, un radar au sol détecte la cible, transmet les informations de la position de celle-ci au drone d’interception et prend le contrôle de ses moteurs pour donner la bonne direction afin de l’abattre. Pour cela, le travail au sein du bataillon se fait en équipe constituée d’un télé pilote, d’un navigateur et d’un transmetteur d’informations. L’ensemble prend vie par un système de contrôle, composé de deux moniteurs, complètement nomade. Aujourd’hui, selon les retours de la société, ce logiciel a permis d’atteindre un niveau de l’ordre de 60 % de réussite dans les interceptions. « Ce n’est qu’un début. Un missile Patriot atteint un niveau de l’ordre de 80 %…mais il coûte 1,5 millions de dollars ! » explique Adrien.
« Sur le front de l’Est, la quantité devient une qualité »
Reconnu, ce système l’est aujourd’hui par la communauté des dronistes et des militaires. Le point de bascule a été marqué lorsque Alta Ares a gagné le prix de l’OTAN en Pologne, au centre JATEC : une organisation conjointe OTAN-Ukraine activée par ordre du Conseil de l’Atlantique Nord le 16 décembre 2024. Pas de quoi se gargariser pour l’entrepreneur, dont seul le sens de « la mission » compte. C’est d’ailleurs ce qui motive et attire les talents de l’entreprise assure t-il. « Sur le front de l’Est, la quantité devient une qualité », argumente t’il. Depuis le début de la guerre, le high tech laisse place au low tech. Sur le front de l’Est, il est maintenant acté que l’utilisation d’essaims de drones, peu coûteux et parfois même achetés dans le commerce, sont en mesure de saturer les systèmes de défense aérienne. Il faut donc réinventer de nouveaux modèles et de nouvelles manières de penser.
En Ukraine, de plus en plus d’entreprises créent des logiciels boostés à l’IA, similaires à celui proposé par Alta Ares. On estime que 28 sociétés ukrainiennes ont tourné leur effort de guerre vers cette technologie, à l’heure où nous écrivons. Pour une majorité, il sont utilisés dans des applications d’interception en mode automatique. Le système d’Alta Ares laisse malgré tout la décision à l’humain qui peut visualiser, sur un écran, la cible verrouillée par le drone kamikaze. « Chaque cible est enregistrée par les caméras afin d’entraîner notre IA de la défense. » dit Hadrien
Côté marché, il a été estimé que les ukrainiens auront besoin de 20 000 drones intercepteurs. Dans cette logique, Alta Ares souhaite passer à la vitesse supérieure et vise 20 millions de chiffre d’affaires en 2026 pour 1000 drones produits par mois en 2026. Pour l’heure, Alta Ares a levé 2, 5 millions d’euros en 6 mois. Par nécessité, ils ont développé leur propre drone intercepteur, le X-Lock, créé en partenariat avec la société ukrainienne Bagnet. Il est produit à la fois en Ukraine et en France. Il y a aussi, sur la planche à dessin, le Blackbird en capacité de voler à plus de 670Km/h.
Face à cette nouvelle guerre asymétrique, l’Ukraine devient depuis février 2022 un véritable laboratoire technologique à ciel ouvert, au prix du sang.
