1 – 2025 : une année de reprise contrastée :
Boeing : retour en force sur les commandes
Boeing a connu en 2025 un rebond significatif sur le plan commercial, enregistrant environ 1 173 commandes nettes, soit plus que son rival européen — une première depuis 2018. Cette performance place Boeing en tête des commandes mondiales pour l’année.
Ce succès s’explique par une forte demande pour les monocouloirs 737 MAX et pour les longs-courriers comme le 787 Dreamliner, ainsi que par le soutien politique américain dans le cadre de grands contrats internationaux.
Cependant, Boeing reste encore en phase de consolidation après plusieurs années de crise : sécurité, qualité de production et limitations de cadence imposées par la FAA ont encore pesé sur ses résultats récents.
Airbus : livraisons record malgré les contraintes
Airbus a livré 793 avions en 2025, dépassant légèrement son objectif révisé et confortant sa place de leader en termes de livraisons. L’entreprise a également enregistré 1 000 commandes brutes (889 nettes) et un carnet de commandes record, avec près de 8 754 avions.
Cependant, ce chiffre reste en deçà du niveau record de 2019, où Airbus avait livré 863 avions à 99 clients. Cela traduit que, malgré la reprise, la production n’a pas encore retrouvé son rythme d’avant crise.
En parallèle, Airbus doit gérer des contraintes persistantes : supply chain tendue, retards sur certaines livraisons, saturation des créneaux de production.
En résumé :
- Boeing l’emporte sur le plan commandes
- Airbus domine sur le plan livraisons, mais encore sous le niveau record de 2019
Cette distinction est essentielle pour juger de la santé respective des deux groupes.
2 – Airbus : reprise post-COVID, production et R&D
Airbus a progressivement retrouvé sa dynamique après la crise du COVID‑19, mais certaines réalités industrielles et stratégiques persistent. En 2025, le constructeur a livré 793 avions, soit une amélioration par rapport à 2024, mais toujours en dessous du niveau de 2019, où environ 863 appareils avaient été livrés. Cette situation traduit non pas un manque de capacité ou de ressources, mais les effets combinés de la pandémie sur la chaîne d’approvisionnement, des ajustements de qualité sur certains modèles et la gestion prudente des livraisons.
En parallèle, Airbus a enregistré une hausse de ses résultats financiers, soutenue par un mix produit favorable, la valorisation de son carnet de commandes et une pression efficace sur les coûts. Cette combinaison a permis de générer plus de revenus avec moins d’avions livrés.
Dans ce contexte, il est probable que certains programmes de R&D ou initiatives à long terme aient été temporairement mis en pause. Ce n’est pas une question de manque de ressources, mais un choix stratégique visant à préserver la rentabilité et la stabilité financière à court terme. Autrement dit, Airbus a arbitré ses priorités, concentrant ses efforts sur la gestion des commandes existantes et l’optimisation financière, tout en décalant certaines recherches ou développements considérés moins urgents.
Ainsi, parler de “lenteur” serait trompeur : la firme n’a pas freiné par contrainte, mais a plutôt réorganisé ses priorités pour faire face à un marché en forte demande et à un environnement post-crise complexe, privilégiant la rentabilité court terme depuis plusieurs années, tout en gardant la R&D active, mais moins visible à court terme.
3. Airbus vs Boeing : qui a “gagné” 2025 ?
Une question trop simpliste
Comparer Airbus et Boeing sur une seule année est réducteur : cela ne donne pas une vision complète de leur trajectoire stratégique ou de leur position industrielle.
Un “vainqueur” statistique selon les commandes ou les livraisons ne suffit pas à refléter :
- la compétitivité technologique
- l’adaptation aux cycles économiques
- la gestion des crises
- l’horizon de développement des nouveaux avions
Performance 2025 en perspective
- Boeing a marqué des points sur les commandes, signe de confiance renouvelée des compagnies aériennes.
- Airbus a conservé son avance sur les livraisons et dispose d’un backlog record, garantissant une activité soutenue pour plusieurs années.
- Les deux constructeurs restent déficitaires de programmes réellement nouveaux : ni Airbus ni Boeing n’a lancé de programme majeur d’avion entièrement nouveau en 2025. L’industrie US / Europe mise plutôt sur l’évolution des gammes existantes.
4. Long terme : pourquoi seule une perspective chronologique compte
Les cycles de développement d’un avion commercial durent souvent 10 à 15 ans — bien au-delà d’un exercice fiscal. Comparer Boeing et Airbus sur une seule année masque donc des réalités plus profondes :
- Innovation technologique : capacité à lancer des avions plus économes et durables.
- Gestion des crises : supply chain, pénuries de pilotes, inflation des coûts.
- Position géopolitique : soutien des États, accords commerciaux, exportations.
- Durabilité et normes environnementales : réduction des émissions CO₂ et conformité aux régulations.
Mais il existe aussi des inconnues stratégiques : la Chine, via Comac, pourrait émerger dans les 15 à 20 prochaines années avec un avion innovant développé grâce à une R&D intensive et à une connaissance des besoins compagnies acquise avec le C919. Pendant ce temps, Boeing et Airbus sont concentrés sur les livraisons d’un gros backlog et la rentabilité à court terme, ce qui peut limiter leur capacité à investir massivement dans des technologies de rupture.
Un parallèle intéressant se trouve dans l’industrie automobile : pendant des années, les principaux constructeurs américains et européens se concentraient sur des voitures à carburant classiques, à l’exception de Tesla et de la Chine investissant massivement dans la R&D. Tesla et les voitures électriques chinoises sont maintenant leaders sur le marché automobile, que l’on croyait imprenable vu le niveau d’investissement demandé. Cela illustre bien comment un acteur en retard sur la production et la compétitivité à court terme peut, grâce à une R&D intensive, bouleverser un marché établi — un scénario possible pour Comac dans l’aviation.
C’est dans ces grandes lignes temporelles et stratégiques que se dessinent de véritables gagnants et perdants. Une année isolée ne suffit pas à juger de la compétitivité future.
Conclusion
2025 n’a pas “décidé” du vainqueur entre Airbus et Boeing, mais a révélé des tendances lourdes :
- Boeing confirme son retour commercial avec des commandes fortes.
- Airbus continue de dominer en livraisons malgré ses propres défis et malgré des volumes encore inférieurs à 2019.
- Les deux doivent encore relever des défis industriels et logistiques hérités de la pandémie et des contraintes du marché.
Plus qu’un duel bilatéral, l’enjeu pour les deux géants reste de préparer l’avenir : maîtriser leurs chaînes d’approvisionnement, investir dans de nouveaux avions et répondre aux exigences environnementales à long terme — des objectifs qui dépassent de loin un bilan annuel.
AeroMorning Mr John Smith 14 janvier 2026
