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L'amour et la fureur, de Martin Suter

Publié le 19 janvier 2026 par Francisrichard @francisrichard
L'amour et la fureur, de Martin Suter

Je trouve injuste d'être belle et de ne pas avoir une belle vie.

Camilla da Silva est comptable, Noah Bach, artiste peintre: ce n'est pas une belle vie. Elle voudrait mener une vie où [elle n'aurait] pas à exercer un métier [qu'elle] hait pour permettre à quelqu'un d'autre d'exercer un métier qu'il aime.

Pour mener une belle vie, elle trouvera donc quelqu'un qui a de l'argentTant que je suis encore belle. Conclusion: elle quitte Noah, sans attendre le vernissage des oeuvres de cet homme qu'elle aime toujours. Ce n'est pas là la question.

Comme le dit l'adage: L'argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. Or, très vite, une opportunité d'offrir à Camilla une belle vie se présente à Noah. À la Tulipe bleue, il fait la rencontre de Betty Hasler qui a le double de son âge:

Vous êtes jeune.

- Trente-trois ans.

- Trente-deux ans de moins que moi.

Tous deux boivent pour noyer leur chagrin d'amour. Lui, parce que Camilla le quitte. Elle, parce qu'elle est veuve de Pat, que son associé Pete a tué à petit feu, cruel et douloureux. Alors, Betty cherche un pro pour le descendre:

À mes yeux, cela vaut la moitié de ce que Pat m'a laissé [...]. Un million.

Le lecteur n'est pas surpris que Camilla et Noah cherchent l'un comme l'autre à suivre le programme qu'ils se sont mis en tête: elle de se trouver un homme riche, lui, s'il ne perce pas, de devenir le pro qui débarrassera Betty de Pete...

Elle se confie à Liz, sa meilleure amie, lui à Bernard, son meilleur ami, à qui il ne parle toutefois pas de Betty, qui, cardiaque, est pressée de voir disparaître Pete, qui a exploité tant et plus Pat, mort après un troisième infarctus.

L'histoire ne se déroule pourtant pas comme prévu, même si chacun commence d'exécuter son programme. Les expressions il ne faut pas se fier aux apparences et on n'est jamais trahi que par les siens y prendront tout leur sens.     

Une autre expression résumera bien le propos de l'auteur, qui aura induit en erreur le lecteur jusqu'au bout du récit: Contre la fureur, il y a l'amour, préférable à celle employée par lui plus tôt: Quand on meurt, la fureur meurt aussi.

Francis Richard

L'amour et la fureur, Martin Suter, 288 pages, Phébus (traduit de l'allemand par Olivier Manonni)

Livres précédemment chroniqués:

Le Cuisinier, Christian Bourgois (2010)

Le Temps, le temps, Christian Bourgois (2013)


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