Gjóv. Un village de carte postale au toponyme imprononçable.
Comme ce village invite le lecteur à le faire, pour mieux le connaître, ce dernier demandera à un moteur de recherche, non pas de lui en montrer une image, mais de lui en dire plus:
Gjógv est un village des îles Féroé qui se trouve au nord-est de l'île d'Eysturoy.
C'est dans ce village que se déroule l'histoire que raconte Aurélien Gautherie. Et c'est une histoire tragique... dont on peut dire qu'elle commence en 1902 et se termine en 1953.
Mais, au préalable, il convient d'en présenter les personnages, dans l'ordre d'apparition, Jonas, l'Étranger, Anna, Olga, qui lui deviendront bientôt familiers et... attachants:
- Jonas Kristiansen, qui a une grande soeur, Elin, veuve.
- L'Étranger, qui vient de France et qui, ici comme ailleurs, a une manie: il arpente les allées des cimetières et a une dilection pour le carré des Anges, car cela lui permet de ressentir l'histoire des lieux.
- Anna, qui est la fille de Jonas, née le 26 juillet 1902, le jour de la Sainte Anna.
- Olga Holm, qui est la femme de Jonas, une beauté qui a l'intuition d'une mère.
Dès le début le lecteur apprend que Jonas est mourant: le 21 mars 1953, il attend le surlendemain pour mourir, soit le 23 mars, le jour où l'Ange Anna les a quittés, il y a cinquante ans.
Dans les jours qui suivent la naissance d'Anna, le vieil Hansen rend visite à ses parents, curieux de découvrir "la relève". Comme il n'a pas sa langue dans sa poche, il leur dit tout de go:
- Elle est bizarre, non ? Vous êtes sûrs qu'elle va bien ? Elle a trois semaines et on dirait qu'elle vient à peine de naître. Jamais elle ne survivra ici !
Ce qu'il leur dit est, hélas, prémonitoire, mais le lecteur ignore à ce stade du récit le pourquoi de ce terrible diagnostic. L'auteur se garde bien de le lui dire tout de suite. Il devra patienter.
Peu à peu l'auteur apprend donc au lecteur de quelle bizarrerie il s'agit, quelle en est l'origine, quels liens vont se tisser entre Jonas et Anna, un amour filial, exclusif de l'amour conjugal.
L'originalité, et étrangeté, du récit est qu'un personnage, l'Étranger, un lieu, Gjógv, un objet, le bonnet tricoté par Elin qui a coiffé la petite tête d'Anna, s'expriment à la première personne.
De plus, des intermèdes poétiques sur les Vents, qui soufflent non seulement sur l'archipel danois des Féroé, apportent une respiration intemporelle à ce récit dont le lecteur sort fasciné:
Nous soufflerons encore de toute éternité
quand les élans lumineux de l'aube
de toute immensité
n'arroseront plus les jours des hommes
mais l'aube
seule
lumineuse pour elle-même
Francis Richard
L'enfant du vent des Féroé, de Aurélien Gautherie, Notabilia
