Magazine Amérique du nord

Un été à New York (1) Labor Day

Publié le 09 septembre 2008 par Olivier Beaunay
Pour la fête du travail, qui tombe d'ailleurs le même jour aux Etats-Unis et au Canada et fait, dans les deux cas, un grand week-end qui marque traditionnellement la fin de l'été, commencer la journée dans l'appartement (temporaire) de Chelsea par un petit déjeuner que, pour une fois, l'on n'ira pas prendre au Pain quotidien (celui de la 17ème ou de Washington Square et, bientôt, de la 90ème, sont tout à fait bien) mais à la maison, autour de quelques viennoiseries ramenées de chez Bruno, le pâtissier d'Union Square.
Puis, travailler.
Vers 13h00, remonter en voiture, une confortable Chrisler de location, la 7ème jusqu'à Broadway. Une fois arrivé, prendre en passant au Café qui fait l'angle avec la 86ème de quoi alimenter un pique-nique sur le pousse : salade de thon, sandwiches au saumon et aux légumes, eaux minérales, que l'on savourera, un peu au-delà de la synagogue - mesurer au passage, d'un quartier l'autre, combien New York est une ville juive, ce qui lui vaut sans doute une bonne partie de sa prospérité et de son intelligence -, au bord de l'allée qui borde la zone naturelle protégée de Central Park Ouest.
Bouquiner, s'assoupir.
Oscillant entre l'ombre des larges allées et le soleil du milieu de l'après-midi, traverser ensuite le parc en contournant le Jacqueline Kennedy Onassis Reservoir jusqu'à l'Upper East Side entre les joggeurs, les tennismen et les badauds. Là, longer le musée de l'illustration - on peut aussi prendre un rafraîchissement en passant dans le jardin de cette sompteuse demeure, miraculeusement inconnue des touristes - et descendre la 5ème jusqu'au Guggenheim pour y jeter un oeil sur l'exposition Louise Bourgeois.
Là, déambuler.
Se souvenir de l'exposition photographique consacrée à l'artiste, il y a quelques mois, au dernier étage de la Tate Modern, et ne pas se retrouver, ici, dans cette accumulation de trouvailles désarticulées. Se perdre dans les sculptures vaguement ethniques, les variations trans-genres, les cellules obsessionnelles, etc. Réaliser, chemin faisant, sur l'élégante rampe continue dessinée par Wright, qu'une partie du goût populaire pour l'impressionnisme vient sans doute d'une sorte de refus non dit de l'art contemporain, comme s'il en était en quelque sorte la dernière buttte-témoin, l'ultime rempart qu'il faudrait célébrer infiniment du Luxembourg au Met et jusqu'à Columbus, contre l'ère insupportable de l'incertitude et du désordre.
Sortir, retraverser le parc.
Revenus sur la 88ème, faire un nouveau saut avant l'heure à la maison - une row house de style Queen Ann, début du siècle, avec une façade où alternent briques, pierres et terracotta, un grand escalier surélevé, des pignons plus ou moins excentriques et de larges bow-windows. Y déposer, comme en une coutume au lieu, un début de cave - quelques bouteilles achetées en passant chez Mitchell - ainsi que deux ou trois livres d'art - le catalogue de l'exposition Bourgeois, malgré tout, et surtout un bel album sur Rothko. Y deviser, au milieu du grand salon, avec la propriétaire.
Traîner, encore un peu.
Redescendre jusqu'à la 27ème, faire une pause à Chelsea, avant de repartir dîner sur Soho. Pour la terrasse et deux ou trois plats - dont une Putanesca et du vin sicilien -, se décider pour un italo-cubain, lent mais passable. Flâner un peu vers Sullivan et Prince, repérer au passage quelques adresses prometteuses.
Rentrer, tard.
Au petit matin - presque au milieu de la nuit - filer de nouveau en cab, vitre grande ouverte, à toute allure à travers la ville vers La Guardia pour Toronto.

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