La Jeep Willis et la Citroën jaillissent en trombe du chemin creux en forêt de Rambouillet derrière le fourgon de la banque de France. La moto du gendarme qui vient de se faire assaisonner par la rafale de mitraillette part en travers, dérape et chute. On a à peine le temps d’apprécier la reconstitution soignée de la 500 Terrot, du costume casque bol-baudrier par dessus le cuir caractéristique du gendarme d’époque que le second motard de l’escorte chute pour les mêmes raisons. Reda Kateb jaillit de la Traction, expertise la qualité du papier et les rames changent de véhicule. Si on n’a pas lu le script on ignore que l’acteur à la fine moustache va incarner Jan Bojarski faussaire bien réel dans la France des années cinquante. Le charme de la belle lumière dans un univers sépia d’après guerre tu aimeras si tu aimes les pantalons à pince avec la ceinture sous les aisselles et le jazz/rock qui fait voler les robes légères dans un sous sol à Pigalle avec les ailes du Moulin rouge au bout de la rue. Un film de bonne facture et de Jean Paul Salomé à qui on pardonnera le seul flash back du début comme on me pardonnera le zeugme du début de cette phrase. Pendant que Reda/Bojarski patine à la cendre de cigarette le tampon qu’il vient d’apposer sur les faux papiers, on aperçoit le petit sein en pomme dénudé et un peu de la frisette de Sara Giraudeau éclairée comme dans un tableau de Georges de La Tour mais c’est très furtif, faut pas cligner des yeux. Ces deux-là s’aiment au delà du charnel.L’embuscade en forêt de Rambouillet sera l’unique scène rétro active dans une structure causale et une architecture narrative qui maintient chaque événement à sa place dans la trame de la réalité. Personne ne bouge dans la salle comble du ciné de la rue Delambre collé au fauteuil parce que c’est une histoire vraie bien racontée et Pierre Lottin, le second imigré polonais de l’histoire, rassure de sa carrure comme le greffier devant le poèle à mazout dans un rade du 14 ème.Tout ce petit monde végète quand le futur accessible d’un ailleurs absolu devient attrayant. Le ventre de Mme Bojarski s’arrondit. Papa, maman, l’enfant, la famille mais les humiliations s’entassent devant chaque porte claquée sur le refus des inventions du futur père. Il a pensé et réalisé les prototypes du stylo bille, de la machine à expresso et du fauteuil à piston de dactylo mais, dans les bureaux des brevets comme dans les petits boulots alimentaires, les humiliations s’enchaînent et il faut bouffer. Dans les années d’après guerre le boulot est prioritairement réservé aux bons français. Gravure à taille douce, papier, filigrane, encre, Bojarski sait tout faire et il passera des faux fafs de la résistance aux faux talbins de la libération dans la cabane au fond du jardin. Pendant ce temps la carrière brillante du commissaire Mattei/ Bastien Bouillon, son alter ego dans une rivalité et une interprétation de qualité coule dans un bureau sous les toits et la Banque de France en échec change tous les deux ans la valeur faciale de ses billets menacés par la contrefaçon. La nouvelle coupure à peine sortie est déjà contrefaite. Le faussaire devient invulnérable! Pas comme sa vie privée. Madame Bojarski, lucide comme une femme amoureuse, désapprouve et l’homme seul, démoli, perdra son invulnérabilité.
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La Jeep Willis et la Citroën jaillissent en trombe du chemin creux en forêt de Rambouillet derrière le fourgon de la banque de France. La moto du gendarme qui vient de se faire assaisonner par la rafale de mitraillette part en travers, dérape et chute. On a à peine le temps d’apprécier la reconstitution soignée de la 500 Terrot, du costume casque bol-baudrier par dessus le cuir caractéristique du gendarme d’époque que le second motard de l’escorte chute pour les mêmes raisons. Reda Kateb jaillit de la Traction, expertise la qualité du papier et les rames changent de véhicule. Si on n’a pas lu le script on ignore que l’acteur à la fine moustache va incarner Jan Bojarski faussaire bien réel dans la France des années cinquante. Le charme de la belle lumière dans un univers sépia d’après guerre tu aimeras si tu aimes les pantalons à pince avec la ceinture sous les aisselles et le jazz/rock qui fait voler les robes légères dans un sous sol à Pigalle avec les ailes du Moulin rouge au bout de la rue. Un film de bonne facture et de Jean Paul Salomé à qui on pardonnera le seul flash back du début comme on me pardonnera le zeugme du début de cette phrase. Pendant que Reda/Bojarski patine à la cendre de cigarette le tampon qu’il vient d’apposer sur les faux papiers, on aperçoit le petit sein en pomme dénudé et un peu de la frisette de Sara Giraudeau éclairée comme dans un tableau de Georges de La Tour mais c’est très furtif, faut pas cligner des yeux. Ces deux-là s’aiment au delà du charnel.L’embuscade en forêt de Rambouillet sera l’unique scène rétro active dans une structure causale et une architecture narrative qui maintient chaque événement à sa place dans la trame de la réalité. Personne ne bouge dans la salle comble du ciné de la rue Delambre collé au fauteuil parce que c’est une histoire vraie bien racontée et Pierre Lottin, le second imigré polonais de l’histoire, rassure de sa carrure comme le greffier devant le poèle à mazout dans un rade du 14 ème.Tout ce petit monde végète quand le futur accessible d’un ailleurs absolu devient attrayant. Le ventre de Mme Bojarski s’arrondit. Papa, maman, l’enfant, la famille mais les humiliations s’entassent devant chaque porte claquée sur le refus des inventions du futur père. Il a pensé et réalisé les prototypes du stylo bille, de la machine à expresso et du fauteuil à piston de dactylo mais, dans les bureaux des brevets comme dans les petits boulots alimentaires, les humiliations s’enchaînent et il faut bouffer. Dans les années d’après guerre le boulot est prioritairement réservé aux bons français. Gravure à taille douce, papier, filigrane, encre, Bojarski sait tout faire et il passera des faux fafs de la résistance aux faux talbins de la libération dans la cabane au fond du jardin. Pendant ce temps la carrière brillante du commissaire Mattei/ Bastien Bouillon, son alter ego dans une rivalité et une interprétation de qualité coule dans un bureau sous les toits et la Banque de France en échec change tous les deux ans la valeur faciale de ses billets menacés par la contrefaçon. La nouvelle coupure à peine sortie est déjà contrefaite. Le faussaire devient invulnérable! Pas comme sa vie privée. Madame Bojarski, lucide comme une femme amoureuse, désapprouve et l’homme seul, démoli, perdra son invulnérabilité.
