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Je suis Romane Monnier, de Delphine de Vigan

Publié le 28 janvier 2026 par Francisrichard @francisrichard
Je suis Romane Monnier, de Delphine de Vigan

Il aimerait que quelque chose survienne dans sa vie, se produise - quelque chose qui en infléchirait le cours, et derrière ces mots il perçoit l'illusion expectative, et son incapacité à créer lui-même du mouvement.

Le soir même, malgré qu'il en ait, Thomas se rend à La Malice retrouver son ami Nathan, marié à Nour, comme à peu près une fois par mois. La Malice ? Un bar à l'ambiance détendue, avec sièges au comptoir et tables partagées, sis 105 rue de la Corderie à Paris.

Le lendemain, il se réveille et cherche son téléphone: il dort à côté de son téléphone, pour ne pas dire avec, et ce, depuis pas mal d'années. Sauf qu'il n'est pas là. Il finit par le dénicher dans la poche de son manteau. Sauf que ce n'est le sien, bien que ce soit le même...

Voilà quelque chose qui va infléchir le cours de sa vie. Il se rend à l'évidence que son téléphone a été interchangé avec un autre, peut-être avec celui de sa voisine à La Malice, assise à sa droite, une jeune femme d'une trentaine d'année, dont il a oublié le visage.

C'est en composant son propre numéro avec le téléphone de Mylène que la jeune femme en question lui répond et lui propose de déposer son portable où il le souhaite. Pour ce qui est du sien, elle lui dit de le garder, pour la bonne raison qu'elle n'en a plus besoin...

À sa boutique, en fin d'après-midi, un garçon d'une quinzaine d'années remet à Thomas une enveloppe kraft, à la demande de la jeune femme qui s'est empressée de disparaître après lui avoir donné 5€. Son smartphone s'y trouve emballé dans une sorte de papier de soie.

Dans l'enveloppe la jeune femme a glissé une carte sur laquelle il découvre deux successions de chiffres sans autre indication. Il comprend qu'il s'agit du code de la carte SIM du téléphone et de son code PIN. Elle voulait donc qu'il le garde et ... qu'il le regarde. 

Alors il commence à explorer le smartphone de la jeune femme, qui contient une grande partie de sa vie, via toutes les applications qu'elle a utilisées. Dans Réglages, il apprend ainsi qu'elle s'appelle Romane Monnier et se dit qu'elle lui a confié sa vie par hasard.

Le téléphone de Romane devient l'une des occupations principales de Thomas quand il ne travaille pas. Il l'emmène ailleurs, vers d'autres souvenirsil a parfois l'impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire. Alors l'auteure confie sa vie au lecteur.

Aussi Je suis Romane Monnier est-il le roman de deux vies, de Thomas et de Romane, qui ne sont pas de la même génération, Romane étant à quelques années près de la génération de sa fille Léo, qu'il a élevée seul, sa mère Pauline ayant disparu, comme Romane...

Le lecteur, avec l'auteure, s'interroge: Est-il important de laisser une trace? Ne laisse-t-on pas une abondance de traces avec le smartphone qu'on utilise, où il sera difficile d'isoler ce qui importe, ce qui fait sens, ce qui tient lieu de souvenir et mérite d'être transmis.

Francis Richard

Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan, 336 pages, Gallimard

Livres précédents:

Rien ne s'oppose à la nuit (2011)

Les loyautés (2018)

Les gratitudes (2019)

Les enfants sont rois (2021)


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