Regina me laisse mes caleçons, quelques chemises,
lorsqu'elle dit
dehors
tu habites plus ici...
Dès le début du roman de Claire Genoux, le titre, Départ, est explicite.
Le narrateur, se confie, en pensée, en langage parlé, le sien, à une autre femme, Christine, dans ce récit où elle est omniprésente.
Quand il pense à Regina, il ne sait que dire: Les mots m'aiment pas. Pourtant ils les aiment, les mots, puisqu'il lit. Regina lui reproche justement de s'évader d'elle dans ses livres ... et il est vrai qu'ils lui permettent de [se] retirer dans [sa] tête.
Il a quitté son emploi de bureau: il ne suffisait plus. Il travaille maintenant sur un chantier.
Regina l'a mis dehors, mais il devra envoyer l'argent selon la loiet lui présente l'addition:
Comment je me débrouille pour payer une somme pareille, moi.
En attendant, il s'interroge et se dévalorise:
Qu'est-ce qui te prend de vouloir m'aimer Christine
Très vite, Regina l'a remplacé par Geoffroi, qui, lui, au moins, ne lit aucun livre.
Alors il se souvient de leur histoire, à Regina et à lui. Il se rappelle le temps où elle le considérait comme un dieu, parce qu'elle aimait surtout ses épaules massives... C'était avant qu'ils en viennent à se disputer et que les enfants s'en plaignent.
Il a connu Christine au centre thermal où il emmenait les enfants. Elle était à la réception... et a fait le premier pas. En pensant à elle, qu'il idéalise, il se dévalorise. Il se dévalorise, ayant, en quelque sorte, bien assimilé tous les reproches que Regina lui faisait.
Christine a un petit, Paulo, qui s'amuse tout seul, ce qui lui permet de se consacrer à l'écriture depuis qu'elle a quitté le centre thermal et qu'elle y a laissé un poème à son intention... Mais, lui, il n'a que ses colères à lui offrir...
Une fois Christine lui a donné un baiser, le jour du lac, un baiser qui lui a laissé un souvenir impérissable, mais, parce qu'elle est une princesse et qu'il n'est pas un prince, il a préféré qu'ils en restent là... Alors elle s'est levée pour partir. De toute façon... elle méritait mieux que lui, elle qui écrit et qui aime tant vivre.
Une troisième femme, Clara, qui, depuis deux semaines, est cheffe d'équipe sur le chantier, le ressuscite par un baiser absorbant, mais c'est, bien sûr, à Christine qu'il aurait voulu rendre le baiser donné par elle le jour du lac...
Francis Richard
Départ, Claire Genoux, 72 pages, BSN Press
Livres précédents:
Chez Bernard Campiche Éditeur:
Faire feu (2011)
La barrière des peaux (2014)
Orpheline (2016)
Chez Corti:
Lynx (2018)
Chez BSN Press:
Giulia (2024)
L'écriture racontée à mon père et autres essais (2024)
