Au-delà du point de bascule du HEFA pour le SAF : que réserve l’avenir aux biocarburants ?
*HEFA = Hydroprocessed Esters and Fatty Acids.
IDTechEx – Cambridge, Royaume-Uni – 4 février 2026 –La production de carburants d’aviation durables (SAF – Sustainable Aviation Fuel) doit changer d’échelle afin de décarboner l’aviation à l’échelle mondiale. La filière HEFA — qui implique l’extraction d’huiles, suivie de procédés d’hydrotraitement, d’isomérisation et d’hydrocraquage similaires à ceux du raffinage pétrolier — offre une voie (relativement) peu coûteuse pour produire du SAF. Toutefois, les matières premières utilisées dans les procédés HEFA/HVO sont limitées. À un certain moment après 2030, la demande mondiale de SAF dépassera la disponibilité de SAF issu du HEFA : ce phénomène est qualifié par l’industrie de « point de bascule du HEFA » (HEFA tipping point).
Le rapport d’IDTechEx « Sustainable Biofuels & E-Fuels Market 2026-2036: Technologies, Players, Forecasts », qui prévoit les capacités mondiales de SAF jusqu’en 2036, analyse les technologies alternatives émergentes de production de SAF.Le rapport d’IDTechEx « Sustainable Biofuels & E-Fuels Market 2026-2036: Technologies, Players, Forecasts », qui prévoit les capacités mondiales de SAF jusqu’en 2036, analyse les technologies alternatives émergentes de production de SAF.
Filière alcool-vers-kérosène (Alcohol-to-Jet) pour les SAF
Le procédé ATJ (alcohol-to-jet) transforme l’éthanol ou le méthanol en carburants hydrocarburés compatibles avec un mélange avec le kérosène pétrolier. Une déshydratation, suivie d’une oligomérisation, d’une hydrogénation et d’une isomérisation, puis d’une distillation, permet de produire du kérosène ainsi que des coproduits tels que le diesel renouvelable et l’essence. Bien que cette technologie soit actuellement plus coûteuse que la filière HEFA, elle deviendra de plus en plus attractive à mesure que l’on se rapprochera du point de bascule du HEFA. Parmi les acteurs développant des technologies pour cette filière figurent notamment ExxonMobil, Honeywell UOP, LanzaJet et Axens.
Un autre élément à prendre en compte est que l’éthanol lui-même est un biocarburant de première génération, dont les bénéfices environnementaux sont souvent débattus, notamment en raison des changements d’affectation des sols. Cela conduira à un abandon progressif du bioéthanol conventionnel dans des régions clés telles que l’Union européenne. Toutefois, la filière alcool-vers-kérosène restera viable par d’autres voies. Selon le rapport « Sustainable Biofuels & E-Fuels Market 2026-2036: Technologies, Players, Forecasts » d’IDTechEx, le bioéthanol peut également être produit à partir de matières premières à faible empreinte carbone, telles que le dioxyde de carbone capté et la cellulose.
La production d’éthanol cellulosique est un procédé complexe et coûteux par rapport à la production conventionnelle d’éthanol. En conséquence, plusieurs projets notables ont échoué au cours des douze dernières années, bien que certains succès aient également été enregistrés. Il existe désormais plusieurs installations dans le monde produisant de l’éthanol cellulosique à une échelle d’environ 10 000 tonnes par an, portées par des acteurs tels que Raízen et Versalis. L’augmentation attendue de la demande mondiale de SAF pourrait bien stimuler la demande d’éthanol cellulosique via la filière alcool-vers-kérosène.
Filière de gazéification pour les biocarburants
La gazéification de la biomasse produit un gaz de synthèse (syngas), qui peut être utilisé pour la production de bio-hydrogène, de méthanol ou de carburants hydrocarburés à chaînes plus longues (tels que le diesel ou le kérosène/carburant aviation). Les marchés du biométhanol présentent le plus fort potentiel à court terme. Bien que le reformage du biogaz ait historiquement été la principale technologie de production de biométhanol, celle-ci sera bientôt dépassée par le nombre de nouveaux projets de gazéification, car la production de biométhanol par gazéification de la biomasse présente des coûts d’investissement initiaux plus faibles et un retour sur investissement plus rapide.
La demande mondiale de méthanol bas carbone est tirée par les besoins en carburants marins propres, la décarbonation du secteur chimique et son utilisation comme matière première pour les SAF (via la filière méthanol-vers-kérosène).
Il existe moins de développeurs de projets visant la production de SAF via la filière gazéification/Fischer-Tropsch. IDTechEx souligne que des enseignements clés doivent être tirés des échecs passés, notamment des problèmes techniques ayant conduit à la fermeture de l’usine de Fulcrum BioEnergy dans le Nevada.
Autres voies alternatives de production de biocarburants
D’autres filières de biocarburants sont à l’étude, mais elles se situent généralement à un niveau de maturité technologique (TRL) plus faible. La liquéfaction hydrothermale et la valorisation des huiles de pyrolyse sont prometteuses, mais le nombre d’entreprises actives dans ce domaine reste relativement limité. Par ailleurs, les biocarburants de troisième génération à base d’algues présentent un potentiel significatif, mais une production commerciale à grande échelle ne devrait pas se généraliser avant plus d’une décennie.
Perspective
Pour les carburants d’aviation durables et le diesel renouvelable, la filière HEFA/HVO continuera de dominer la production. Toutefois, la réussite à long terme de la décarbonation des transports mondiaux nécessitera des voies alternatives. Celles-ci incluent d’autres filières de biocarburants de deuxième génération, telles que l’alcool-vers-kérosène et la gazéification, mais aussi des technologies comme les e-fuels et les carburants à base d’algues.
Le rapport d’IDTechEx « Sustainable Biofuels & E-Fuels Market 2026-2036: Technologies, Players, Forecasts » analyse les technologies émergentes d’e-fuels et de biocarburants, identifie les principaux acteurs, ainsi que les moteurs et les freins à la croissance du marché des carburants durables.
Source: IDTechEx
