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A pied d'œuvre

Publié le 07 février 2026 par Alexcessif
pied d'œuvre

Film de Valérie Donzelli tiré du livre de Franck Courtès

Version courte: promesse narrative tenue. L’écrivain écrit pour un seul et n’en émouvoir qu’un est sa seule récompense. Montée de l’ascenseur émotionnel un peu longuette avec la voix off du protagoniste principal. C’est un film que l’on pourrait suivre comme un postcast “Audible“ à la frontière de l’endormissement. La valeur ajoutée de l’image c’est Bastien Bouillon et Virginie Ledoyen ainsi que le reste du casting

Sinon…

Lors de la précédente immersion les barreaux étaient solides et les télés protégées par du grillage à poules, je le sais car j’avais bossé chez un spécialiste de la clôture. Ma dernière évasion fut plus rock’n roll, complètement stone à coup de médocs, sanglé sur un fauteuil dans un cube sans autre issue qu’une porte blindée, seul le transfert de mon ADN dans une araignée m’avait permis de sortir par la ventilation. Les gardiens qui m’avaient séquestré étaient spécistes, il leur était impossible de théoriser le transfert moléculaire humain/animal, incapable d’expliquer rationnellement la cellule vidée de moi. Mais ce n’est pas le sujet. ( et surtout je venais de voir et revoir “l’armée des douze singes“)

Enfin libre mais encore un peu sédaté, j’avais retrouvé la station debout, des pouces opposables et un ordi. Ici, le seul moyen de s’évader était d’écrire un roman. 

Mais il ne “suffit pas d’écrire pour être publié, d’être publié pour être lu, d’être lu [pour être aimé]". Loin des amours obsolètes qui n'intéressent plus personne mon cœur de cible, ou plus exactement celui de mon éditrice, était au quatrième étage de la richesse celui qui permet un niveau de culture chez le libraire pour le livre qu’il faut avoir lu avant que le produit ne passe en mode éco. Il fallait faire vite! L’existence commerciale est limitée jusqu’à la date de sortie du prochain livre avec une seconde chance pour le film tiré du bouquin, qu’il faut avoir vu, avant qu’il ne passe en streaming. Ceux qui ont lu le livre iront voir le film et ceux qui ont vu le film achèteront le livre avec une légère entropie entre deux actes de consommation mais c’est toujours ça de pris

Le thème de la misère était une bonne idée. Au 4ème étage de la richesse pour celui qui se loge et se nourrit convenablement avec un niveau de culture, de divertissement et de séduction debout encore attractif, la misère potentielle est une peur rentable. La suppression sommaire des liens logiques de la propriété et de la consommation occupait la majeure partie de mon récit.

Le protagoniste est des leurs — la fibre écolo, Il trie ses déchets mais voyage en avion, indigné il signe des pétitions mais il met juste une étoile, sans préciser que l’ascenseur est en panne, car le Uber Eat sentait la sueur— et il a conservé son IPhone. Cela permet de garder le contact. On ne sait jamais si les enfants se souviennent qu’ils ont un père. Il y a une appli qui permet d’être un esclave consentant. Elle permet de mettre sa puissance de travail aux enchères. Ainsi le bobo qui rouscaille contre le coût du travail encourage le libre entrepreneuriat du bobo qui croit en une vie meilleure. Ménage, manutention, travaux en tout genre, l’homme libre entrepreneur dépend d’une note, de son ancien monde, qui le fera plonger dans l’algorithme et la précarité. L’histoire a oublié la période des dénonciations pour spolier son voisin et celle du travailleur de la crise de Wall Street avec un panneau autour du cou mentionnant compétence et tarif de l’ouvrier. Avec un IPhone, une appli et la start up si innovante c’est plus moderne. Le “c’est pas moi, c’est l’algorithme“ variante la lettre anonyme signée d'un pseudo et autres ambiguïtés attributionnelles qui nous permettent de traverser la vie sans trop de culpabilité des lâchetés ordinaires 

Un livre, un film, un spectacle, un orgasme sur 3 est satisfaisant, dans cette proportion plus au moins variable, mais chaque tentative prouve que nous sommes vivants. En matière d’orgasme classique à minima deux sont vivants.Sauf sur la table du légiste mais chacun prends son pied comme il peut 

Final cut. Foin de likes et de tirages utopiques l’écrivain écrit pour une seule et n’en émouvoir qu’une seule est sa seule récompense...

...ou sa seule consolation 


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