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Dans un livre, Bob Woodward relance le débat sur l'Irak

Publié le 09 septembre 2008 par Theatrum Belli @TheatrumBelli

Dans les révélations du journaliste américain, célèbre par son enquête sur le scandale du Watergate, les candidats à la Maison-Blanche trouveront du grain à moudre.

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Le silence de la Maison-Blanche en dit long. Conseiller à la Sécurité nationale, Stephen Hadley a bien signé dès vendredi dernier un communiqué en 7 paragraphes répudiant certaines thèses du livre de Bob Woodward mis en vente lundi sous le titre La Guerre de l'intérieur : une histoire secrète de la Maison-Blanche, 2006-2008.

Mais pas un mot sur l'information majeure des bonnes pages publiées dans le Washington Post sous la plume de l'auteur et journaliste rendu célèbre par son enquête sur le scandale du Watergate : pendant des années, le gouvernement américain a espionné le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, et ses collaborateurs. "Nous savons tout ce qu'il dit", écrit Woodward en citant une source anonyme, dans le dernier tome de son quatuor sur les années Bush.

Porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino n'a pas catégoriquement démenti. Mais pourquoi épier, puisque la communication entre les deux gouvernements fonctionne quotidiennement, a-t- elle insinué : "Nous avons une bonne idée de ce que pense le premier ministre Maliki parce qu'il nous le dit, très franchement et sincèrement, aussi souvent que possible." Interrogée au cours de sa tournée en Afrique du Nord pendant le week-end, la secrétaire d'État Condoleezza Rice s'est contentée d'évoquer "une relation diplomatique et politique avec les Irakiens qui est ouverte et basée sur la coopération". Mais Bagdad a réagi différemment.

Le gouvernement irakien attend des explications de Washington, a indiqué un porte-parole, Ali al-Dabbagh : "Si c'est un fait avéré, cela traduit un manque de confiance et montre que les institutions des États-Unis ont l'habitude d'épier leurs amis et leurs ennemis de la même façon." L'affaire, a-t-il ajouté, "projette une ombre sur les relations futures avec de telles institutions". Elle risque notamment de compliquer les négociations en cours sur le prolongement de la présence des troupes américaines en Irak, qui ont déjà largement dépassé le délai initial du 31 juillet.

Indirectement, elle pourrait relancer le débat sur l'Irak dans la campagne présidentielle américaine. L'insistance des Irakiens sur un calendrier précis pour le retrait militaire des États-Unis ne fait pas le jeu de John McCain, qui s'est toujours prononcé contre un échéancier, à l'image de George W. Bush. Or, il apparaît que la position de l'actuelle Maison-Blanche a dernièrement évolué sur ce point, comme s'est plu à le souligner Barack Obama.

En revanche, le livre de Woodward apporte un peu d'eau au moulin du candidat républicain en examinant le changement de stratégie opéré fin 2006 et la stabilisation qu'il a apportée sur le terrain. McCain ne cesse de vanter le succès de l'opération "Surge" qu'il avait plébiscitée. Mais les 30.000 soldats appelés en renfort ne sont pas la cause principale de l'amélioration, écrit Woodward qui, bénéficiant d'une facilité d'accès gouvernementaux inégalée grâce à sa réputation, a interviewé 150 responsables divers pour son livre. La baisse de la violence tiendrait plus à de nouvelles techniques d'opérations secrètes, aux ordres de retenue donnés par al-Sadr à sa milice chiite et à la coopération des sunnites contre al-Qaida dans la province d'Anbar.

Aucun de ces autres facteurs n'aurait été possible sans le "Surge", s'insurge Stephen Hadley, le principal artisan de la nouvelle stratégie. "C'est Hadley qui a fait passer ça", confie Bush à Woodward dans le livre où le président est dépeint comme détaché de la réalité, et son gouvernement, déchiré par les luttes intestines, longtemps incapable de prendre une décision jusqu'au lendemain des législatives de mi-mandat en novembre 2006. McCain oubliera le Bush qui a précédé et invoquera celui qui a préféré l'escalade au repli.

Source du texte : FIGARO.FR

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