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Corruption en France : La 27e place de la honte (ou l’art de planquer la poussière sous le tapis)

Publié le 11 février 2026 par Guy Deridet


Le verdict est tombé, et il a le goût amer d’un camembert oublié trop longtemps au soleil. Dans le dernier classement de Transparency International, la France s’offre une piteuse 27e place. Un article de France 24.



Image Gemini 3.0 Image Gemini 3.0 Image Gemini 3.0 Pour un pays qui se gargarise d’être la patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, cela ressemble furieusement à une extinction des feux. Avec un score de 66/100, nous voilà désormais devancés par des nations que nos élites regardaient autrefois avec une condescendance polie.

Mais le plus fascinant dans cette dégringolade, ce n’est pas tant le chiffre, c’est le génie déployé pour faire croire que tout va bien.

Le grand malentendu de la "perception"

Il faut d’abord tordre le cou à ce mot qui fâche : la "perception". Les sémanticiens du pouvoir adorent ce terme. Il suggère que la corruption ne serait qu’une sorte de mirage collectif, une mauvaise humeur des citoyens ou une "impression" de Français forcément râleurs. On nous ferait presque croire que si nous fermions les yeux très fort, le problème disparaîtrait.
 

Soyons sérieux : on ne parle pas ici d’un ressenti météorologique. Ce classement s’appuie sur des données de terrain, sur l’opacité du lobbying, sur les conflits d’intérêts et sur la porosité croissante entre les hautes sphères de l’État et les intérêts privés.

La "perception" n’est pas une hallucination, c’est un diagnostic. Quand un patient a de la fièvre, on ne dit pas qu’il a une "perception de la chaleur" ; on dit qu’il est malade.

 

 


 

L’art français de la protection systémique

Ce qui frappe dans l'ère actuelle, c’est la mise en place d'une véritable ingénierie de l'impunité. On ne se contente plus de nier la corruption, on organise techniquement son invisibilité.
 

Première technique : l'asphyxie lente des chiens de garde. Le Parquet National Financier (PNF), cet organe créé après le traumatisme de l'affaire Cahuzac, est régulièrement maintenu dans un état de famine budgétaire. On lui demande de traquer les baleines de la finance avec une épuisette et trois rames. En limitant les effectifs et les moyens techniques, on s'assure mécaniquement que les dossiers complexes prendront dix ans à sortir. Et dix ans en politique, c’est une éternité qui permet d’attendre sereinement la prescription ou l'oubli.
 

Deuxième technique : la culture du "flou artistique". Sous couvert de simplification administrative ou de "modernisation", on assiste à un relâchement des contrôles sur la commande publique. Plus c’est flou, moins ça se voit. Le pantouflage — ce va-et-vient entre ministères et grands groupes privés — est devenu le sport national, créant une toile d'araignée où l’intérêt général finit toujours par se faire dévorer par le réseau.
 

 


 

Une démocratie en mode "maquillage"

Caractéristique suprême des systèmes foncièrement corrompus : la réaction face au scandale. En France, la réponse n’est plus la démission ou la réforme radicale, mais le storytelling. On crée des commissions, on rédige des rapports qui finiront par caler des armoires, et surtout, on discrédite ceux qui pointent du doigt les failles.
 

Le fait que la France glisse derrière l'Estonie ou l'Uruguay devrait provoquer un séisme à l'Élysée. Au lieu de cela, on observe un haussement d'épaules poli. Cette indifférence au sommet est la forme la plus aboutie de la corruption : celle qui ne se cache même plus parce qu'elle sait qu'elle a verrouillé toutes les issues de secours.
 

En restant 27e, la France envoie un message clair au monde : nous ne sommes plus un modèle, mais un cas d'école. Un pays où la corruption ne se mesure plus aux enveloppes sous la table, mais à la sophistication des lois qui permettent de ne jamais les trouver.
 

 


 
 

Références pour approfondir le sujet :
 

France 24 : La France s'enfonce encore dans le classement mondial sur la perception de la corruption
 

Transparency International France : Indice de perception 2025 : une ultime alerte
 

Transparency International (Global) : Corruption Perceptions Index 2025
 

Le Monde : Corruption : pourquoi la France stagne ou recule
 



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