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Sillons, de Bertrand Schmid

Publié le 13 février 2026 par Francisrichard @francisrichard
Sillons, de Bertrand Schmid

Un labour, ça file droit à la limite du champ, où on fait demi-tour comme on peut...

[...]

Le temps d'une vie, ce n'est pas vraiment ça. Il file bien d'un début à une fin, mais pas tout droit.

Le narrateur tutoie son personnage. Ce qui le rend familier au lecteur. Ce qui lui permet d'employer, dans son récit, le langage parler, parfois trivial, qui y correspond.

Adolf, le seul prénom à ne pas donner à son mioche en octobre '39, habite avec ses parents en France. Ces derniers sont originaires de la Suisse et ont eu sept enfants.

L'aîné est un garçon souffreteux, Gabriel, Gabi pour la famille. Marthe est la soeur préférée d'Adolf. Un jour, elle a foutu le camp et lui a laissé un mot qui l'a fait chialer.

Ce jour de 1954, il est allé en forêt. À son retour, le patron de son père et celui-ci lui ont signifié qu'ils n'avaient plus besoin de lui à la ferme et il est parti pour la Suisse.

Là-bas, à Kandersteg, se trouve la famille. Il prend le train à Compiègne, destination Frutigen. Il emporte avec lui une caisse de transport avec... une poule dedans.

La poule est destinée à son futur patron, qui tient un hôtel. Adolf a pour tout bagage une valise contenant une paire de pantalons de rechange et un gros pull d'hiver:

Le boulot, à l'hôtel, ça n'était pas très difficile après celui aux champs.

Son oncle Godie lui rend visite quand il a congé, pour boire des coups dans la salle à manger de l'hôtel, aux frais de son neveu, ou pour se balader avec celui-ci:

Ainsi tes journées se déroulaient entre la cuisine et les montagnes, entre ton petit-déjeuner de gruau et le schnaps que tu commençais à apprécier en soirée.

Au bout de deux ans, la famille quitte la France pour s'installer à Frutigen. Par loyauté, il part les voir en autocar mais, arrivé sur la place du village, personne.

Finalement il se rend à leur appartement, dans une crouille bicoque. C'est Claudette, la petiote, qui lui ouvre. Son père est méconnaissable, il a payé de sa carcasse.

Le temps de la vie d'Adolf n'est pas tout droit comme l'est un sillon de labour, il est plutôt comme un sillon de disque sur lequel l'aiguille ... fait des bonds parfois.

Ainsi connaîtra-t-il la convocation militaire, l'école de recrues, la mort du père, les punitions, et, en attendant l'école des sous-offs, des boulots chez l'un ou l'autre.

Ainsi, après cette école, apprendra-t-il les gestes qui font l'amour avec Gislaine, les disputes, le déménagement à Belmont-sur-Lausanne, le théâtre, enfin, la musique...

Après avoir passé l'amorce toute rongée de l'histoire d'Adolf pour sauter droit dedans, le narrateur propose de faire de même avec la sienne, à l'amorce toute aussi rongée... 

Francis Richard

Sillons, Bertrand Schmid, 128 pages, Éditions La Baconnière

Livres précédents:

Ailleurs, Editions d'Autre Part (2011)

La Batrachomyomachie, traduction du grec ancien, Hélice Hélas (2016)

Saison des ruines, L'Âge d'Homme (2016)

L'aiguilleur, Inculte (2021)


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