Magazine Journal intime

Course échevelée

Par Pierre-Léon Lalonde
Samedi, trois heures du mat, les bars déversent des milliers d'âmes sur les trottoirs du centre-ville. L'heure de toutes les possibilités pour certains, l'heure de la dernière chance pour d'autres. L'heure où tout peut arriver, du coup de foudre au coup de couteau. Pour moi, c'est le coup de feu. Faut que ça chauffe et vite. C'est l'heure qui va faire la différence. L'heure qui peut mettre un extra devant l'ordinaire.
Pour le moment, je suis arrêté sur la rue Crescent et mon regard va du sourire hébété d'une passagère assise derrière moi à sa copine en train de se faire peloter sur le trottoir à côté du taxi. Entre les deux, une portière grande ouverte qui met ma patience à l'épreuve. Je devrais mettre le compteur, mais je lance plutôt un sourire forcé à « l'hébétée » qui sort de sa torpeur pour enfin convaincre sa copine qu'il est grand temps d'y aller. Cette dernière qui semble plus encline à répondre à la pelle de son copain me force à me manifester par klaxon interposé. Le charme est rompu. La portière se referme enfin. Le mouvement est rétabli.
Le taxi est à peine en mouvement que celle qui attendait à bord s'exclame :
— Je suis tellement contente!
Je sens dans sa voix une telle expression emphatique que je ne peux m'empêcher de prêter l'oreille. J'imagine déjà les effusions de joies ayant trait à l'amour naissant de sa copine. Au bonheur qu'elle ressent pour elle.
— Je suis tellement contente que ma coiffure ait tenu le coup ce soir! Ajoute-t-elle.
Je suis venu à un cheveu de m'étouffer. L'ordinaire sans extra s'il vous plaît.
Une dizaine de kilomètres où le poil, la mise en plis, le revitalisant et le shampooing seront à l'honneur. J'en suis venu à me demander si l'abus de teinture avait quelque chose à voir avec l'hébétude de cette passagère. Elle ne se rendait même pas compte que sa copine faisait semblant de l'écouter, l'encourageant à poursuivre en faisant des sons appropriés.
Moi je suis retourné à mes pensées. Songeant à ce que j'écrirais comme prochain billet. Sûrement un texte qui décoiffe.
Je continue d'y penser...

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