J'aurais aimé te confier
La douceur de l'aurore
Saisir le vol d'une hirondelle
Et toutes les nuances du ciel.
Ce deuxième quatrain du premier poème de ce recueil indique déjà au lecteur l'esprit poétique que l'auteure veut lui insuffler. Il y trouvera du regret, de la douceur, du rêve, de la couleur.
Le dernier quatrain, de ce poème, suivi d'un distique, permet de comprendre qu'elle ne renonce pas face au monde réel, mais qu'il s'agit pour elle de trouver une voie d'accomplissement:
Le monde est là, vois-tu?
Il va falloir l'apprivoiser
Réaliser tes idéaux
Et ne jamais y renoncer.
Où s'endorment les rêves
Si on les abandonne?
Car, dans ce recueil, par lequel Maëlle Rérat fait son entrée publique en poésie, le monde réel n'apparaît pas seulement sous le meilleur jour: dictatures, guerres, colères, larmes, misères etc.
Elle ne se résigne pas, n'invite pas à d'autres solutions que l'amour, la confiance et la vie, qu'elle a apprises d'un détenu, son ange gardien, comme remèdes à tous les fléaux1 qui le touche:
Ainsi, plus loin, cohérente avec ces préceptes, prescrira-t-elle à Petit Trésor, perdu entre les biens et les maux du monde qui se dessine, devenu messager vagabond, de conter aux hommes:
Qu'il faut oser aimer
Oser se l'écrire
Et se le dire enfin.
L'univers peut apporter du réconfort à condition d'en faire la quête. Comme d'autres poètes avant elle, elle voit dans l'aurore une promesse et, dans la nuit, son étoile pour la guider ici-bas:
Lorsqu'elle se blottit contre mon coeur,
Je distinguai les couleurs de la vie
Puis j'écoutai les rires des enfants
Et enfin, je souris
Vingtenaire, elle distingue déjà quatre étapes de la vie humaine: deux ans, six ans, quinze ans, vingt ans. À cette dernière étape, alors que la vie est devant soi elle pourrait s'interroger:
Rêves égarés, songes envolés,
Que reste-t-il de l'enfance?
Mais, comme remarqué plus haut, l'auteure n'est pas du genre à renoncer, du moins est-ce la leçon de vie qu'elle a retenue. Elle ne doit pas la craindre, la vie; elle sait ce qu'elle se doit:
Se brûler les ailes; dix fois, cent fois, tomber
Et recommencer pour ne rien regretter.
Que retenir de ces poèmes? Qu'ils sont, d'une façon ou d'une autre, des messages d'amour et de paix à tous ceux qui, en ce monde, souffrent, connus ou inconnus, proches ou lointains:
S'il ne restait qu'une seconde
Pour esquisser l'instant d'après
Poser les armes et avancer
Saisir l'urgence de s'aimer...
Francis Richard
1 - Tous les fléaux ne sont pas dus à l'action des hommes, comme elle le suggère. La nature, ni bonne, ni mauvaise, apporte son lot et c'est souvent l'action humaine qui permet d'en atténuer les effets...
Saisir le vol d'une hirondelle, Maëlle Rérat, 80 pages, Éditions d'en bas
