À New York, une initiative portée par l’Union africaine et soutenue par plusieurs capitales africaines pour sécuriser un financement plus stable des opérations de paix s’est heurtée à un mur américain. Au cœur du bras de fer, le mécanisme ouvert par la résolution 2719 du Conseil de sécurité, adoptée en décembre 2023, qui permet en théorie de financer jusqu’à 75% du coût d’une opération africaine autorisée par l’ONU grâce aux contributions obligatoires des États membres.
Dans les faits, près de deux ans après, le dispositif reste bloqué et n’a toujours pas été activé pour une mission concrète. La tentative la plus emblématique concerne la future mission de l’Union africaine en Somalie, l’AUSSOM, présentée comme le test grandeur nature de ce nouveau modèle. Washington s’y oppose, estimant que le montage discuté ferait dépasser la limite des 75% de participation onusienne en combinant l’appui de l’ONU en Somalie et le financement de la mission africaine.
Ce coup d’arrêt inquiète sur le continent car il renvoie à une réalité simple. Sans financement prévisible, les missions africaines continuent de dépendre de bailleurs volontaires et de décisions politiques changeantes, au risque d’être fragilisées au pire moment sur le terrain. Et le contexte n’aide pas, avec la crise de liquidités de l’ONU et la bataille des budgets qui rendent chaque engagement plus explosif au Conseil de sécurité.
Derrière ce blocage, c’est aussi une question d’influence qui se joue. L’Afrique réclame un partenariat plus équilibré et un mécanisme automatique pour agir vite face aux crises. Les États Unis, eux, veulent garder la main sur le niveau d’engagement financier et les garanties de contrôle. Résultat, une initiative pensée pour renforcer l’autonomie sécuritaire africaine se retrouve suspendue aux rapports de force entre grandes puissances.
