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Le Paris antipaludique

Publié le 09 septembre 2008 par Willy

Paludisme à plasmodium falciparum, derrière ce barbarisme scientifique se cache un parasite des plus mortels pour l’homme, puisque responsable à lui seul d’au moins un million de décès chaque année dont 90 % en Afrique. Un enfant de moins de 5 ans toutes les 30 secondes y succombe, imaginons quelques instants la réalité qui se cache derrière ce chiffre abominable, et mettons-nous à la place des familles qui perdent leurs enfants. Encore une fois, c’est le continent africain qui paye l’essentiel de cet impôt sur la vie, amputant les pays d’endémie palustre de ces forces vives chaque jour un peu plus. Ainsi, c’est le sujet qui occupera une semaine durant nombre de spécialistes réunis à Paris, à l’initiative de l’association les Amis du Fonds Mondial Europe, présidée par Michelle Barzach.


Le Paris antipaludique

Enfonçons le clou de quelques chiffres massue afin que chacun puisse mesurer les enjeux que nous impose cette pathologie transmise par l’anophèle femelle qui véhicule le parasite tueur. Le moustique ne fait aucune distinction, il fond sur les individus, poussé par la nécessité impérieuse de se reproduire, ce dernier devant ponctionner le sang indispensable à la nutrition des œufs.

Mais, ce processus vital pour le moustique induit un véritable fléau déjà identifié en 1880, la malaria sévissant à cette époque dans certains pays européens, notamment l’Italie et le sud de la France.

Ainsi, en Afrique subsaharienne, l’infection est responsable à hauteur de 18 % de la mortalité des enfants de moins de 5 ans, soit la quatrième cause de mortalité de ces derniers, donc largement devant le VIH ! Avec une fourchette allant de 350 millions à 500 millions de crises de paludisme par an, il est facile d’imaginer le coût économique de cette infection, les adultes victimes ne pouvant vaquer à leurs occupations professionnelles, notamment les travaux agricoles. 12 milliards de dollars par an, rien de moins, tel est le coût estimé de la maladie, comme si cela ne suffisait pas à l’Afrique qui cumule tant de handicaps faisant obstacle à son développement. Mais encore, dans les régions les plus touchées, le paludisme est à l’origine de 25 à 35 % des consultations ambulatoires ainsi que de 15 à 25 % des décès à l’hôpital, soit une charge insurmontable pour le système de santé desdits pays.

Comment rester indifférent à ces données brutes issues du premier rapport mondial sur le paludisme réalisé par l’OMS en 2005 ? L’organisation onusienne d’évaluer à 3,2 milliards de dollars les fonds nécessaires pour une lutte efficace contre le fléau, soit une goutte d’eau si on compare avec la somme des gaspillages qui sévissent dans les contrées les plus prospères !

Certes, des progrès indiscutables ont été réalisés grâce à la communauté internationale, mais les résultats demeurent largement insuffisants pour endiguer durablement le mal palustre, les données ci-dessus ne font qu’attester de cette réalité cruelle. Dans le sens des efforts déjà consentis, il faudrait multiplier les initiatives novatrices, notamment la distribution de moustiquaires imprégnées, véritable moyen qui a pu faire la preuve de son efficacité, et cela grâce à la mobilisation de nombreuses associations [1] particulièrement investies dans la lutte contre le parasite infernal. Certains pays, au rang desquels la Zambie et le Togo, ont réussi de véritables prouesses en matière de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticides, multipliant par dix le nombre de personnes protégées.

De plus, l’accès aux traitements associant différents médicaments devrait aussi se faire à plus grande échelle, le parasite étant devenu résistant à la chloroquine, ancêtre des traitements antipaludiques.

De plus amples financements sont donc indispensables si des progrès veulent être encore réalisés, les traitements actuels, à base d’artemisinine, étant dix fois plus onéreux. Quant au vaccin, les recherches ne devraient pas aboutir avant plusieurs années, aucune projection ne peut ainsi être faite dans ce sens.

Le rapport estimait en 2005 que les effets positifs pourraient être évalués d’ici trois ans, soit en 2008, mais les chiffres restent les mêmes, faute de nouvelles données épidémiologiques. Même si le recueil de données reste complexe, c’est surtout le manque de fonds qui empêche toute nouvelle avancée en matière de lutte contre la mortalité palustre. La marge de progrès est encore importante afin que cette maladie infectieuse devienne « une maladie du passé », soit le slogan de cette semaine parisienne consacrée au parasite.

Encore une fois, il faut insister sur le fait que c’est l’humanité tout entière qui est en fait victime de l’endémie fatale, même si dans les faits c’est l’Afrique subsaharienne qui voit ses enfants disparaître, représentant, selon l’OMS, 90 % du total des victimes.

Si « décider c’est vaincre », alors gageons que des décisions importantes pourront permettre d’envisager qu’à échéance relativement courte la maladie soit quasiment endiguée avec pour exemple le Vietnam, pays qui est parvenu en quatorze années à réduire d’un facteur cent l’incidence de l’infection, un « miracle » qui tend à démontrer le côté réaliste des objectifs les plus ambitieux [2].

Pour conclure, très prosaïquement, sachez qu’une moustiquaire imprégnée a un coût annuel tout à fait modique pour des bénéfices indiscutables, soit 1,9 euros par an ! A vos bourses citoyens...

[1] Associations investies dans la lutte contre le paludisme :
   Paludisme.Planfrance 
oravox.fr/puce.gif" alt="-" />   Plan mondial de lutte contre le paludisme


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