Magazine

Moïse VS la fille sur le pont

Publié le 24 février 2026 par Alexcessif
Moïse fille pont

            Le protocole Moïse

Ceci est une fiction dont le personnage principal est imaginaire.Toute ressemblance...etc etc il ne s'agit pas de nuire à la réputation d'une jeune femme dans une réalité alternative et fantasmée. Ce n'est pas le couvent des oiseaux non plus 

Résumé : A l'époque je ne me serais pas baissé pour cueillir un trèfle à quatre feuilles. Toi, moi, la fille sur le pont et … Moïse ou son fantôme 

Nous nous étions rencontré sur un chemin de randonnée en Lozère et nous nous revîmes à Paris. Une fenêtre de tir de quatre fois 24 heures dans le 15 ème et ensuite chacun sa vie. Voilà pour les chiffres! Les lettres vinrent quelques jours plus tard: « vous avez un nouveau message » en forme de mail ci-dessous que je reproduis  in extenso 

«Je me suis enfoncée dans les entrailles du métro, sans me retourner, je n’aime pas les au revoir qui n’en finissent pas. Surtout quand on ne sait pas si revoir il y au(ra). Auquel cas ça s’appellerait plutôt un adieu, je ne t’apprends rien. Mais de toute façon, je ne crois pas en dieu, encore moins qu’en revoir. Donc je ne donne jamais rendez–vous à dieu, ce serait du foutage de gueule.

Revenons au sujet. A cet instant précis (celui où je m’enfonçai dans les entrailles etc,  fô suivre lecteur !), je me demandai si je te reverrais un jour. Je me demandai si je devais te revoir un jour. Je me demandai pourquoi te revoir un jour. Puis j’entendis distinctement un fusible griller entre deux de mes neurones à moins que ce ne fut un rat électrocuté sur le rail. Ne me raille pas stp ! Je déraille.

Flot de pensées dans ma tête, sans cohérence, sans enchaînement, sans queue ni tête, des si, des pourquoi faire, des peut–être et des non peut–être. En vrac. Quand on ne veut pas répondre à une question, le mieux est de passer à la suivante.

Je ne fais que ça depuis hier soir, passer à la suivante, qui est aussi la première, et  celle d’avant et même l’antépénultième.  Y en a pas tant que ça des questions. On est toujours sur la même. Celle dont la réponse donnerait un sens au revoir. Ou du sens à revoir. Ou du sens tout court. Ou du revoir sans aucun sens. Peut–être même du revoir dans tous les sens. Va savoir.

Sauf que j’arrive pas à y répondre à cette putain de question… je n’arrive même pas à la formuler clairement, alors… au fait, c’est quoi la question déjà ? tu vas bien ?

Pour faire diversion, pour me trouver des prétextes, et des excuses, je remplaçai alors la question non formulée sans réponse par des réponses négatives à des non questions formulées : pas fiable, pas confiance, pas pareil, pas d’avenir, pas facile, pas trop vite, pas besoin, pas d’mon’monde, pas pratique, pas envie et, de pas en pas, je faillis me convaincre qu’y avait pas d’raison d’ s’en faire puisque le pas était aussi infranchissable que la mer rouge et qu’il suffisait d’attendre sans bouger qu’il ne se passe… rien… et que ça ne se passe… pas…

Par miracle, comme Moïse avant moi (en toute humilité, cela va de soi), au moment où les roulements de tambour et la garde du pharaon arrivant au grand galop menaçaient de me donner une fichue migraine, je bénéficiai d’un wind setdown qui vint faire émerger une étroite et toute petite bande de pourquoi pas au milieu de l’abîme des pas sans pourquoi.

Je n’ai que ça à t’offrir, ce tout petit pourquoi pas, fragile et précieux. Mais je te l'offre de tout mon cœur.
G….»
(Texte et typo d’origine)

J'étais à l'époque, et je suis redevenu, le vagabond de l'affect soluble dans le paysage,  un fantôme. Il fallait une attention particulière pour m'apercevoir et je n’ai retenu que ce « je te l'offre de tout mon cœur. » oubliant le mais et les pourquoi pas, le pas de mon monde restera longtemps un mystère — j’ignorais qu’il y en avait plusieurs — et le pas besoin un déni de mal-être. J'étais aussi dans cette posture du vague à l'âme qui succède à une belle rencontre où chaque protagoniste hésite à prendre l'initiative 

   Trois, six, neuf ans que je t’ai perdu de vue. En temps terrestre c’est l’unité de durée pour sortir d’un labyrinthe Ikéa ou de changer à Châtelet. En temps cosmique, c’était tout à l’heure 

Je suis qq part entre Saint Flour et Avignon sur la trace de Urbain V. La chanson de Cabrel me hante, je fais diversion en marmonnant les décimales de π c’est le moyen que j’ai trouvé pour occuper le vide mental de mon exil de marcheur. En impro totale, cette fois est pire que les autres. A telle enseigne qu'elle devient une signature: pas d’endroit où dormir, 7 kilos de bagage sans réchaud ni provisions ni vêtements de rechange. Je n’aime décidément pas les voyages organisés, se retrouver à heures imposées par des étapes calées sur le temps et le confort physiologique des gens raisonnables. Il faut être à l’heure des hôtes et des repas chauds quitte à rater la flânerie dans une forêt, la lecture lascive sous un chêne ou la rêverie devant le calme d’un lac. Trois ans plus tôt, sur le GR 20, j’avais suivi les conseils des pros: bâtons de marche et gites réservés incluant tentes et repas chauds sur des étapes formatées. Le matin il fallait s’astreindre à l’humiliante attente devant les toilettes sèches, puis son tour venu, subir les odeurs de latrines et le process rustique pour évacuer les étrons de N+1 déposés sur une planche en pompant 5 fois sur une pédale pour les faire glisser dans le scepticisme de la fosse éponyme. Cet isoloir était sans doute l’espace démocratique où les egos étaient tous égaux. J’en sortais en murmurant la phrase rituelle de l’appariteur: “A voté!“. C'était tout ce que je détestais de l’organisation très éloigné de l'aventure sur le chemin de grande randonnée où nous nous étions rencontré mais, au regard de la difficulté de ce chemin, faire différemment eut été suicidaire. 

La chanson de Cabrel c’est « Octobre »: Le vent fera craquer les branches, la brume viendra dans sa robe blanche, il y aura des feuilles partout couchées sur les cailloux, Octobre tiendra sa revanche. « Octobre » et « revanche »! J’ai décidé une fois de plus, peut-être une fois de trop, de confronter mon petit corps avec la nature au bénéfice de mon hygiène mentale. Tordre le cou à la routine,  résoudre le miam/miam/dodo plutôt que de chercher une télécommande entre les coussins d'un canapé était revenu en pole position dans mon existence. 

En octobre les nuits sont fraîches et elles tombent de bonne heure. A se retrouver au milieu de nulle part, dresser un bivouac et lire, en guise de dîner, un bouquin à la frontale dans une tente de 90 centimètres de haut sur 80 de large et 1.90 mètre de long, les nuits sont inter/minables. Accroupi pour qq étirements le reste du temps allongé, couché pas bougé comme un clébard dans sa niche attendant la gamelle et le lever du jour maître de ma distance et de ma direction pour décamper au sens premier du terme. 

J’ignore quel jour nous sommes mais c’est mon 7ème bivouac, la troisième épicerie mais toujours pas de douche ni d’hôtel. 7 comme la durée de vie d’un slip, 7 comme 7 Bisoprolol et 7 Résitune le matin et 7 Atorvastatine du soir car désormais mes étapes sont calées sur des pharmacies puisque je suis devenu cardiaque. En Corse je ne l’aurais pas tenté. Même si entre Vizzavonne et Conca j’ai commis qq bivouacs sauvages, en altitude certes et en Juillet à qq heures de marche d’une bergerie et d’un café chaud je me suis « organisé » pour ne pas être fait prisonnier par la nature. Ici, je suis plus proche du clodo que du randonneur, les flics m’ont déjà intercepté lorsque mon bivouac était visible mais je n’ai pas rencontré un Brian Dennehy le shérif chassant Rambo de “sa“ ville pour me ranger dans un placard. Je joue au con méprisant confort et  sécurité avec un bâillon sur l’instinct de conservation car je viens d’identifier une présence dans ma tête: la peur! J’ai pas mal triché avec les mots avant de la nommer à coup de métaphores. Une silhouette au pied du lit, immense, large d’épaule, raté je me suis aperçu que c’était une armoire juste avant de lui inventer une capuche et une vraie faux sur l’épaule! Un Minotaure prêt à me dévorer dans le labyrinthe de mon cerveau? C’est Ronronnette qui trouvait la sortie en me tirant de mon sommeil! Comme souvent c’est grâce ou à cause d’une chatte que la lucidité me trouve. Dans l’appartement, elle tourne en rond, elle s’ennuie — Tiens je suis déjà passée par là, cette table de salon me dit qq chose, ce piano est muet encore un jour de trop, ces fleurs sont fanées, il faudrait que je fasse la poussière, j’en ai marre de ces croquettes, où est passée la télécommande, t’as pas vu ma carte vitale? … de sorte que moi aussi je suis le personnage perplexe d’Aurore Dupin faisant des ronds autour de la mare au diable d’une décision. Il était temps de fuir, avec ou sans moi toutes les chattes s’ennuient. L’ennui, c'est mortel mais c’est le deal, on va tous y passer. Tellement évident que l’on n’y pense pas ou plus mais à qq indices on constate que l’on ne fait que ça, y penser. La mort est tonitruante. Elle nous envoie les faire part d’inconnus célèbres dont la disparition nous affecte ou pas mais nous rappelle qu’elle rode. Tiens, j’ai tenu plus qu’Ardisson et moins que Badinter, plus fort que Elkabach mais moins que ce tricheur de Romain Gary et les frères Bogdanov. Johnny c’est fait mais Hardy, Dutronc, Mitchell, mourus, pas mourus? J’ignore depuis quand mais je sens qu’Elle approche. Le père est sur la liste mais j’ai bien failli lui piquer sa place avec cet infarctus venu de nulle part, impossible à prévoir et à omettre à cause de cette putain d’ordonnance du cardiologue. Le respect, ou la trouille, me sont venues tardivement, je ne dis plus « le vieux » de peur de dire « le mort ». Je me souviens du randonneur à cheval désormais incapable de marcher et se pissant dessus, même pas malade, juste épuisé, au coucher souhaitant que demain lui épargne de se lever pour une humiliante journée inutile. Je vis comme un privilège et ne me lasse pas de lacer mes souliers tout seul et de marcher des heures sans claudiquer, je suis curieux de l’aboutissement des dossiers en cours. — Elon, Mars, c’est pour aujourd’hui ou pour demain? Sommes-nous seuls dans l’univers? Combien de temps tiendra ce gouvernement? Le petit Manu retrouvera-t’il les joyaux de la couronne? Je veux vivre encore et savoir qui a tué Kennedy, où est passé le petit Emile, que devient Xavier Dupont de Ligonés, qui a tué Laura Palmer…

Qu’est - ce qui me/nous re.tient? La curiosité, sans aucun doute! Concept qui indiffère les chattes de compagnie

C’est pour cela que j’attends le lever du soleil affamé et transi de froid qq part entre Saint Flour et Avignon. Je ne connais pas d’autre moyen de me sentir vivant et de m’extraire de cette actualité toxique pour mon système immunitaire, nuisible à ma zénitude

Pendant ce temps, là-bas vers le nord, le petit Nicolas entre à la Santé sous les applaudissements

J’ignore quel est le pire parmi les soucis domestiques basiques en milieu urbain. Ici, pisser est un problème. Cependant, personne n’est dupe, c’est bel et bien une fuite. Ou peut-être une évasion. Ici il plus facile de prendre un chemin qu’une décision. Deux traits de peinture sur un arbre ou une pierre l’un rouge, l’autre blanc et on sait où on va sans trop savoir comment. Le froid, la faim, la pluie prennent de l’importance depuis qq jours. J’ignore si j’irai au bout de cette dinguerie. Une bataille après l’autre, je sais que je vais flancher mais ce ne sera pas aujourd’hui. A Paris je sens le parquet, l’interrupteur, la porte — un petit pipi « on » ne tire pas la chasse selon le règlement intérieur, il doit bien y avoir un truc dans le frigo, un peu de télé et re-dodo. Morning routine. Je suis en train de t’oublier. Je sens la toile humide de la tente sur mon crâne, je cherche la fermeture éclair, je sors dans la forêt, la pluie fait une pause, de toute façon, pluie ou pas, l’herbe serait humide de rosée. Normalement c’est poétique, la rosée, mais là non, je cherche le machin qui permet de pisser debout pour une généreuse miction signe d’une prostate encore jeune puis je le range et me roule dans le duvet en attendant le jour. Je vis au rythme naturel de la météo. Tu es peut-être à Paris tu n’es certainement pas dans les Cévennes mais je sens ta présence. Rien à voir avec la proximité. J’ai la certitude que tu es heureuse où que tu sois. Cela ne m’affecte en aucune façon car cela ne me regarde pas. Un matin confortable j’eu le sentiment de t’oublier en faisant le café pour une autre tête qui ronronne sur l’oreiller d’à coté et je suis ici dans l’ailleurs et le maintenant ni pour me souvenir ni pour oublier. Irrationnel, je suis bien conscient de me mettre en danger avec un au secours en travers de la gorge que personne n’entendrait. Les sangliers et les écureuils se moqueraient d’un mec qui hurlerait un prénom de quatre syllabes qui commence par G la nuit en forêt la bite à la main mais je suis persuadé que cela pourrait me faire du bien d’hurler un bon coup. Mon courage ne va pas au delà de la raison et je suis sûr que la folie me traque ici moins qu’à Paris. En cela, je ne suis même pas semblable aux migrants qui se foutent à l’eau dans l’espoir d’une vie meilleure, la mienne ne peut plus l’être. 

« Ne plus penser à des choses qui ne sauraient exister et qui n’existerons jamais »

Phrase, qui tombe à pic, d'Evariste Galois fourvoyé dans une histoire d’amour fantasmée. Evariste, matheux issu du même lycée que toi, héros historique et romantique, d'un bouquin trouvé par hasard dans une boîte à livre. Un bizarre qui abandonne les humanités au profit des mathématiques refusé à Polytechnique élève supérieur à ses maîtres ignorant des fonctions elliptiques car pas encore par lui découverte.

Les couleurs de l’automne comblent le randonneur jusque là bêtement estival. La vue imprenable sur le viaduc de Garabit, les méandres de la Truyère, je suis tombé encore dans le piège de l’ami imaginaire, le randonneur paisible des catalogues de voyage. La photo est belle, la silhouette se détache sur fond de paysage aux couleurs chatoyantes omettant  thermomètre et fatigue. Au bout de 7 nuits mon corps ne trouve pas le repos dans le sommeil mais le dédain du confort est devenu désir, mon estomac a perdu le rythme des repas chauds, je vis de peu et mes besoins physiologiques trouve satiété dans l’hydratation. La nature pourvoi à mes besoins en eau que je rends potable avec les pilules désinfectantes, pratiquement sans nourriture  solide autre que des gels et des barres vitaminées, j’évacue très peu ce qui réduit les problèmes d’hygiène. 

Mais ce jour là le piège n’était dans aucun guide de voyage et n’en était pas un. C’est lorsque je bouge qu’il m’arrive des trucs et la fille sur le pont fut une jolie intersection

Viaduc de Garabit

— Vous en avez pour longtemps ? Déconcertée  elle m’a laissé sa place sans sauter du viaduc dans la Turbaye mais elle vit dans mes yeux la possibilité plus attractive  que d’aller voir si les ragondins attendaient en bas. Un ange passa pesant le pour et le contre à moins que ce ne fut une buse, c’était l’heure de la bouffe. Faut croire que l’amour et son simulacre valent  mieux que la mort et son coté irréversible. L’homme sait qu’une pièce jetée en l’air n’a que deux options: pile ou face! Le probabiliste, lui,  évoquera la possibilité qu’elle retombe sur la tranche. 

Aucune de ces hypothèses ne s’avéra. 

La pièce resta en l’air. 

Le temps qu’elle désobéisse à la loi de Newton nous avions de la marge. Elle s’agenouilla tandis que je baissais mon froc. Le mal que l'on se donne pour oublier, agréablement, que nous sommes des mammifères soumis à qq rituels hormonaux. On ne fait que ça remplacer le mémento mori par le carpe diem.

Il faut croire à la supériorité intellectuelle du langage universel non verbal. J’ignorais tout d’elle et c’était une bonne chose car je me sentais mieux dans une shampouineuse que dans une BAC + 6. Inutile d’invoquer l’imposture de la poésie pour mettre une pièce dans une tirelire. Sa présence sur ce parapet pouvait induire la théorie que  se foutre en l’air ou s’envoyer en l’air était assez proche du projet initial. Il est de ces instants où peu importe que les humains de la planète épuisent l’énergie fossile et gaspillent les terres rares, il nous fallait de la chaleur humaine sur quelques centimètres de deux protagonistes,  concave pour l’une, convexe pour l’autre. 

Un autre candidat au suicide eut besoin du pont 

— #@&)ù%$*§ *$^€ (*) dit-il

C’est du chinois! (* Toi dégager, moi sauter. Mao Zédong) Le mec réalise le rêve de sa vie dans une vie de Ouïgour: finir en beauté sur l’œuvre de ce français universel célèbre jusqu’aux lointaines provinces: Gustave Eiffel! 

Mais la Tour éponyme n’était pas dispo et surtout il en avait soupé de la figurine souvenir qu’il fabriquait H 23 sur 24 dans son goulag.

Je fis semblant d’être en mode avion mais il insista. Le sur-tourisme est vraiment une plaie

— Vous permettez  que je termine ma levrette? 

Après nous être emboité comme des tables gigognes nous avons pu communiquer  la fille sur le pont et moi. Si après mon intrusion dans sa …vie elle avait encore envie de se foutre à l’eau j’aurai une bonne raison moi aussi de sauter du pont.

De toute façon la pièce était retombée. Fin de la parenthèse alors autant causer un peu 

Ainsi elle se raconta

Elle était sorti du dispositif pour la seconde fois. Deux fois comme deux maternité/deux géniteurs, elle ne faisait rien comme les autres si l’autre est une mère du genre de celle décrite dans le livre d’Amélie Nothomb « Frappe-moi le coeur ». Étudiante en gésine, rebelle mais pas folle, c’est elle qui faisait bouillir la marmite dans sa période fourmi mais cigale une fois libérée d’un artiste irresponsable puis d’une brute immature. Femme de personne l’amour, elle avait donné. Elle fut longtemps la femme d’à côté puis, quand son amant fut libre, il devint l’époux d’une autre épouse. Au ciné un remake peut être instructif et en dendrologie un olivier est le seul arbre qui résiste après un incendie mais elle n’avait plus envie de se brûler. Depuis elle faisait son marché en été puis remettait à la flotte le poisson qui n’était pas à la taille réglementaire après un essai où elle donnait sa chance au produit sans vraiment y croire. Le hors norme l’attirait mais les aventuriers sont toujours décevant. Toute ressemblance... Je profitai d’un virgule pour placer l’argument du hasard, la pièce de monnaie  qui se dérobe au pile ou face, tombe sur la tranche ou reste en l’air 

— C’est ça, me dit-elle! Dans la gangue d’un profond ennui, l’intranquille teste les lois de la pesanteur. Ton intervention, c’est la pièce qui reste en impesanteur. Tu tombes bien, enfin non bafouilla-t- elle. Le mot — tomber prononcé au bord du vide pouvait passer pour de l’humour grâce à ce moment de détente 

— On peut faire un bout de chemin, si tu veux ajouta-t-elle dans la dynamique de l’extase

Le hasard tu parles que ça me parle! J’aurai pu être « L’homme dé » comme Luke Rhinehart celui qui décide sur un coup de dé. Chacune de mes décisions était une connerie de sorte que j’étais sur ce chemin, nonobstant les prétextes évoqués plus haut, parce que j’avais décidé de ne plus rien décider. Définitivement, je m’en remettais au hasard devenu stratégie évitant ainsi d’augmenter le poids de la décision à celui de mon sac à dos. A moins que je ne fus victime d’un coup de foudre. Un pic d’adrénaline dû à la proximité de la mort, celle que l’on obtient en faisant un pas en avant sur l’œuvre d’Eiffel et laisser Newton faire le reste. J’étais plus probablement la victime opportuniste en flag d’abus de faiblesse d’avoir manquer trop longtemps du féminin sacré et son imparable intimité. 

Lorsqu’elle cessa sa génuflexion, judicieusement avant mon point de non-retour, bien incapable de réfléchir j’ai souscris tacitement à son

— Tu veux que je me tourne? 

Trop tard! Elle était déjà en position, cambrée, les coudes sur la rambarde guidant mon chybre victorieux avec ses mains. J’étais dedans par atavisme de primate pensant comme le mec qui prends la confiance — normalement, si je fais pas le con, ça devrait aller au bout.  Nous sommes passé sans transition de l’épiderme aux muqueuses avec cette brutalité capiteuse et la sensation d’entrer dans un fondant moelleux, onctueux à point genre mi cuit. Le taux d’oxygène bien insuffisant pour alimenter simultanément le cerveau et l’autre organe à la manœuvre, j’ignore tout de la sensation correspondante dans le camp d’en face faute de débat après le film. Il y a dans l’après de quoi subir l’influence des sens en carence d’échange thermique. Dans ce cas le sentiment est nul et non avenu.  Castrateur même. En attendant, je poussais mon truc avec le bassin  au plus loin d’elle  comme pour avancer les chevilles entravées par le pantalon sur l’air de laisse mes mains sur tes hanches sans penser plus que ça à Adamo quand ma lave envahit son sillon. On n’est pas bien, là? S’il fallait démontrer que si l’amour est nécessaire au bonheur, il n’est pas indispensable au plaisir

— Un bout de chemin! Pourquoi pas! 

Cette fois c’était elle le pourquoi pas 

L’Aubrac a tenu ses promesses de dénivelé et de grands espaces, de cascade et de torrents, de forêts rousses d’automnes où les feuilles mortes se ramassent à la pelle si j’avais une pelle et moins mal aux genoux. Dans les fragrances champignons/fougères, je prends soin à l’étape de mes pieds endoloris, je lave aussi souvent que faire se peut une de mes paires de chaussettes et les remets parfois humides le lendemain matin. Je masse mes pieds avec une lingette humide, les sèche soigneusement et les masse à nouveau avec un baume de chez Akiléine que j’utilisais au bon temps des marathons. J’ai choisi des chaussettes cinq doigts qui évitent les frottements des orteils entre eux que la déformation tarsienne font se chevaucher, étirements de chats, hydratation, respiration et longue attente du lever du jour. En prenant soin de saupoudrer de talcs chaque phalanges je me chausse au matin en ajustant les chaussettes précautionneusement tout en veillant au laçage, souple au pied, ferme aux chevilles. Après qq heures de marche j’adapte le laçage au volume changeant du pied.

La météo était peu ou prou la même mais le soir, sous ma tente prévue pour un seul, la présence de la fille sur le pont un climat tropical chaud et humide changeait l’ambiance

— Je ne comprend ce qui m’a pris. J’aime trop les garçons pour me foutre à l’eau

— Ta préférence c’est quoi, la taille, la durée…

— Le goût! Parce que la durée… j’espère que tu peux tenir plus longtemps qu’une pièce qui retombe

— ... ou une porte qui claque! Ce qu’il faut de chaos dans la moindre organisation tac-au-tac ai-je. Pourquoi le saut dans le vide?

— J’en avais marre d’être celle qui décide, qui fait jouir ou souffrir, qui rompt, qui rappelle, marre d’être jolie, d’être intelligente, d’être une femme, d’être bien coiffée, de bonne humeur, disponible, marre des fleurs fanées et des charmes rompus, j’en ai marre de la poubelle verte, de la bouffe bio, d’être celle dont on ne demande pas l’opinion sur l’imposture de la gauche, des tarmacs et des au revoir pour ne pas dire adieu, marre de la ligne 6,  des feuilles qui rouillent non, pas les feuilles qui rouillent, des quais,  des gares, de l’épilation,  des enfances volées, marre de courir sur un tapis pour aller nulle part…

— Oui mais par tous les temps! On dort?

—  Vazy, fais toi plaisir!

J’entrai dans son blason comme on entre dans un temple. Un mec assis par terre comm’ ça il fait quoi à ton avis quand on lui jette une pièce? Il profite comme une offrande intime de ce climat tropical chaud et humide et il va la remettre au tronc commun du denier du culte parce qu’il y a plus démuni que lui! 

— Tu es si improbable! A Paris je t’aurais même pas donné l’heure et tu es là, entre mes cuisses.

— Hasard, synchronicité Jungienne, algorithme! Ne crois jamais à ton libre arbitre répondis-je

Elle me regarda, surprise. Ce qui me prouva instantanément qu’elle me prenait pour un con entre le Pangloss de Voltaire et le François Pignon de Francis Veber. 

Bien sûr tout cela fut rendu possible grâce aux liaisons  covalentes de mon atome de carbone dans ton univers aqueux à température stabilisée. A Paris tout est plus facile, tu deviens riche et célèbre avec un “Allo, quoi t’es une fille et t’as pas de shampoing?“ ou milliardaire en short avec juste la compétence d’une reprise de volée contre le Bayern Leverkusen. Je te parle en direct de la tombée de la nuit à l’enterrement de Victor Hugo ou aux funérailles nationale de Johnny, j’sais plus. 

Le flux du temps n’est qu’une illusion néanmoins j’essaie de croire en lui et à sa structure de bloc statique où tout existe simultanément car c’est la seule option qui me garantie la séquence causale appropriée des  événements et de leurs conséquences. Quitte à te perdre je me dois de conserver la cohérence d’une version acceptable aux frontières de la réalité dont le temps n’est qu’un dimension parmi d’autres évitant ainsi le chaos et la déconnection. Lorsque je ne peux agir sur la séquence des évènements je feins de les avoir agencés. 

Sinon toi ça va? Qu’est-ce que tu deviens?

Tu vas où exactement ?

— A vrai dire il serait plus judicieux de me demander quand je vais

— ???

— Le temps est la seule dimension. Taille, poids, seul compte l’âge, je vais dans qq jours de mon futur accessible.

— Tu as raison il faut un aparté comique dans une conversation. Tu ne te trouve pas assez vieux, c’est ça?

— C’est l’inverse! Je m’entraîne à franchir la mer Rouge! Sur l’autre rive qui se trouve dix ans plus tôt, à vu de nez

— Tu joues le temps cosmique versus le temps terrestre c’est ça?

— Voilà! Un an qui en vaut dix histoire de combler un fossé

Ô temps ! suspends ton vol et vous heures propices…  le temps m’échappe et fuit, je dis à cette nuit, sois plus lente et l’aurore va dissiper la nuit. 

— Cabrel?

— Lamartine… à peu prés

— J’attends une amie rive gauche du temps elle a dix ans de retard

— Et…

— Je reste de ce coté dans une boucle temporelle où le temps est figé. Quand elle me rejoindra nous serons dans le même fuseau horaire

— Génial! Ça ne marche pas comme ça. L’amour ne te protège pas et surtout pas du temps. Il passe plus agréablement mais il passe moins souvent 

— Il ne s’agit de sentiment, il s’agit de relativité. 

— Ton sperme n’a pas un goût désagréable, tes odeurs corporelles sont discrètes mais tes érections sont de mauvaise qualité. Travaille ton périnée et c’est jouable. 

— ???

— Les sentiments c’est romantique mais sans le sexe, c’est mort

— Tu parles comme un mec!

— Si tu le dis. Dans une relation genrée elle est plus forte que toi

— Je t’écoute

— Elle est plus forte que toi parce qu’elle ne t’aime pas!

— Je n’en demande pas tant

— Cela doit être stressant un mec incapable de tourner la page

— Je n’aime pas oublier, je n’ai que des souvenirs en guise de patrimoine 

Elle se ravisa et ajouta voyant ma tronche 

—Finalement t'es constant du côté de l’affect mais ce doit être épuisant 

— …comme un mec qui a gagné au loto mais qui a perdu le ticket

— Qu'est-ce qu’elle a de plus?

— Son ouverture d’esprit, son coté cash “ tu es un clown triste“ sans filtre “ Tu n’es pas un homme“

— Elle t’as bien réalignée les chakras, je vois

— Elle était si parisienne…

— Elle ne l’est plus?

— J’ignore où elle est

— Je voulais dire parisienne comment?

— Souffrante de cette schizo-latéralité si fréquente. 

— ???

— Un concept! Je fabrique mes éléments de langage perso, un savoir alternatif. Le miroir renvoie une image fidèle mais la droite est la gauche et le cerveau ignore les agissements de la main. Elle a ses repères, elle n’ignore pas la norme mais l’applique avec souplesse pour elle même tout en observant la plus infime transgression chez l’alter sans pour autant émettre de jugement ni d’auto critique

— Je ne me désole ni ne me console, je me vois mais je ne m’observe pas?

— C’est ça!

— Et c’est par fidélité à cette portée disparue que tu me baises?

— Je suis fidèle pas exclusif 

— C’est plutôt un réalignement éthique qu’il te faut mais je n’ai pas le temps 

La fille sur le pont n’insista pas m’évitant d’énoncer qq niaiseries à propos du bonheur d’être dans la même pièce de temps en temps et de préférence dans une chambre

— Et tes futures coordonnées spatiales c’est où?

Elle a raison. Si nous devons faire un bout de chemin autant inclure un peu de rationalité.

— Vers Avignon

— Tu penses arriver vers quel âge?

— Je vois que tu as pigé le concept. Je l’ignore

— Tu ne sais pas grand chose finalement

— Si je savais je n’irai pas

Chaque femme est un tour de magie. On sait qu'il y a un truc mais on a tous envie d'être dupé. J'allais à sa découverte et je trouvais de nouveaux accès. De nous deux, l'impasse, c'était moi. Tout était plus beau prés d'elle. Je n'avais plus mal aux pieds. Une fois j'ai mis une demi-heure à m'apercevoir qu'il pleuvait. Le jour, nous marchions de conserve mais j'attendais chaque nuit pour être dans ses bras. Nous étions une symbiose mono cellulaire jusqu'à la scission moléculaire qui seule permet l’évolution

Ainsi, naturellement, le temps que je redoutais est advenu. Ce temps prévisible chez les angoissés quand, après la découverte, tout s'abîme. Les mains sont moins avides, les bouches moins voraces, on a marché sur la Lune et désormais le quotidien s’affaisse, le temps qui reste avant le prochain repas semble aussi interminable que le code wifi de la box, les divergences affleurent, tu peux toujours raconter des blagues de Toto mais c’est aussi optimiste que de dire — Bonjour! à un mec dans le couloir de la mort le dernier jour d’un condamné. Il n’y aura pas de remise de peine, t’as pris perpète. « Cinq heures du mat’ j’ai des frissons «  oui, mais pas les bons. C’est ta faute aussi! Tu vis comme un enfant déçu. 10 bons points/ 1 image ça c’était en primaire, adulte on a perdu le triple A depuis belle luronne, on va bouffer de la cuisse de truite à la Schubert, Mozart joue sa fugue en raie mineure. Il est cinq heures et dix centimes, gardez la monnaie! Au bout de la rue à gauche on dirait le sud. Je peux déménager en dix minutes,. Putain même Pascal Praud n’a pas d’idées aussi noires dans le bocal!

Calme-toi, t’as vu le prix du super? Pose ta kalach, couché, pas bougé tu ne peux vivre ailleurs qu’à Paris où sont les elles du désir

Sans grand discours nous décidâmes tacitement du chacun sa route. J’allais au sud au delà du nuage de Oort, elle poursuivit au nord vers Proxima Centauris sans se retourner. Nous avions partagé des instants de grâce durant ces moments divins de connivence où l’on reprends une systole normale après l’affolement des soupapes. 

Comme moi, elle bouffait du Aurélien Barrau au petit déjeuner et nous nous quittâmes en évoquant les trous noirs côté astronomique. 

— Les souvenirs c’est comme les trous noirs, ne franchis pas la zone d’accrétion, tu disparaîtrais à l’horizon des évènements, ce n’est pas bon pour la traçabilité et je ne te retrouverai jamais. ASAP!

Asap c’est comme bizou 

Je pris ce futur pour un conditionnel car je ne perçu pas l’absence du S phonétique à “retrouverai“. Je me questionnerai longtemps sur la réalité de son passage. J’étais androïd, elle était IOS ce doit être ça notre incompatibilité.

Etl’Evariste dans tout ça? 

Par hygiène mentale j’avais besoin de partir déconfit par le spectacle de l’actualité et le délitement moral, las d’entendre ce brouhaha du bêlement moutonnier de l’élite cognitive tordant les mots au service du mensonge et, je l’ai déjà dis, je commençais à t’oublier. De sorte que j’ai saisi ce bouquin de François Henri Désérable dans une boite à livres dés le km 25 entre Faverolles et Fournel. 

Evariste Galois génie des maths, incompris, fiévreux, épris, mort en duel à vingt ans, et surtout, usant ses fonds de culotte sur les bancs du lycée Louis-le-Grand (ton lycée!!!) entre l’Empire et Louis Philippe, la rue Saint Jacques et la rue Soufflot. A quoi bon relier des anecdotes qui n’ont aucun lien entre elles? On se ferait des nœuds au cerveau, »on » se sentirait traqué par le souvenir, le même « on » se retournerait le bulbe s’il était mal structuré et enclin à la croyance plus qu’à la science. Pour autant j’en connais des rationnelles qui tentent leur chance au loto ( ce qui nous renvoie aux mathématiques) J’ai fait la connaissance de François Henri Désérable l’auteur d’Evariste  il y a trois ans déjà sur le ferry entre Bastia et l’Île Rousse et il m’a accompagné dans ma flânerie sur le GR 20 sud pendant que tu étais au nord de l’île qq part entre Calenzane et Conca. Le titre était différent mais l’auteur identique. Bon et après? Après? Juste ceci! « Ne plus penser à des choses qui ne sauraient exister et qui n’existerons jamais » Evariste Galois . 

Comment ne pas penser à ce: "pas d'mon monde" dont tu es et où je ne suis pas? Il y a, en toutcasprobablement écrit à mon intention, dans les livres les évidences que je n’osais verbaliser, des réponses fastoches à des énigmes élémentaires qui n’en sont que pour moi, la pièce manquante d’un puzzle inachevé qui n’entrave pas la marche du monde.

La variète aussi y va de sa richesse 

« Certainement appuyés sur des bancs, Il y aura quelques hommes qui se souviennent et des nuages pris sur les antennes. Je t'offrirai des fleurs et des nappes en couleurs pour ne pas qu'octobre nous prenne » Cabrel

De sorte que je marmonne du Cabrel et les cent décimales de π en pensant à Evariste, Louis-le-Grand, la rue Saint Jacques, la sorcière de la rue Mouffetard et surtout à ne pas oublier de t’oublier. Faverolles, Fournel, Brion, Nasbinal, Les Salces, après Mende se sera Florac, Saint Germain de Calberte et Saint Jean du Gard lorsque Stevenson piétine Urbain V où débuta une esquisse d'un "nous"

Qui puis-je ? J’aime… les Cévennes!

Parfois un douleur me cueille. Inutile de chercher un tireur embusqué même si je sens une flèche empoisonnée de nostalgie, il est impossible de savoir d’où elle vient ni qui l’a décoché. Une situation, une image subliminale, elle vient des strates du passé. Ce matin je me chaussais quand maman est passée m’apprenant tendrement à lasser mes souliers. La flèche qui me transperça ce jour là, c’était celle de la tendresse et de l’attention maternelle dont elle fut si mal récompensée par mes échecs. Je sais que la marche me réchauffera, mes sous vêtements techniques lavés dans le ruisseau séchant très vite, une polaire et une vingtaine de minute de marche suffisent pour retrouver de l’enthousiasme, le paysage fait le reste. Barjac, Mende, La Fage, Ispagnac, parvenu à Florac les Cévennes succèderont à l’Aubrac et j’aurai 200 km dans les pattes. Je n’ai pas réservé mais je trouverai certainement une chambre cosy à l’hôtel du Parc plus sûrement qu’un dortoir austère à la maison du randonneur. Je rêve d’eau chaude et de draps avant de retrouver ce village où le "nous" fut possible le temps d’une parenthèse. Une salade César et un one shot sur la banquette arrière de la Volveau? Pas vraiment! A Saint Jean du Gard nous avions terminé chacun de son coté le chemin de Stevenson. Curieux de l’un et de l’autre nous avions dîné « en ville ». J’avais été séduit par ta maestria à éviter la salade tue -l’amour entre les dents et je n’ai pas osé formuler l’invitation sur la banquette arrière. Chacun sa vie, ta montagne Savoyarde, ma plaine de Beauce. Fin de l’histoire? Pas vraiment! Il y eut ce nous quatre nuits à Paris, le mail de Moïse et qq échanges d’un commerce équitable  divertissants et variés jusqu’à l’homme à la mer. Depuis, je patauge derrière un navire qui s’éloigne inexorablement. Pour autant je ne suis pas en pèlerinage et je ne redoute rien de ce retour dans la nature. C’est la saison qui est inédite et je ne m’interdis pas la chansonnette. 

On ira tout en haut des collines regarder tout ce qu'Octobre illumine, mes mains sur tes cheveux, des écharpes pour deux devant le monde qui s'incline. Cabrel

Le j’irai remplace le on ira, la belle affaire!

J’ai trouvé l’échappatoire  et la réponse à comment se tenir loin des agressions qui mettent en péril mon hygiène mentale de citadin.

La télé éteinte il était impossible de s’éloigner de ce vacarme audible dans chaque rue de Paris et auprès de chaque chaland que j’y croisais chez Farid ou à Auchan sidéré de cette actualité du spectacle ridicule et des opinions aberrantes de mes frères humains. Il me fallait partir pour continuer à aimer les gens et tant pis si je rate le dernier Ozon à propos de Camus. J’ai la même inappétence que Meursault pour la marche du monde. Etranger, je serai absent de Paris quand tombera la nouvelle: aujourd’hui [mon père est mort]. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Camus

Où je vais il y a peu de chance de rencontrer la deuxième personne du singulier de l’imparfait de l’indicatif. Tu n’es pas là et je ne peux l’ignorer, ni le souhaiter, je pars en solitude, territoire de lecture. 

« Je me suis souvent hasardé dans ma vie à avancer des propositions dont je n’étais pas sûr mais tout ce que j’ai écrit là est depuis bientôt un an dans ma tête, et il est trop de mon intérêt de ne pas me tromper pour qu’on me soupçonne d’avoir énoncé des théorèmes dont je n’aurais pas la démonstration complète » Evariste Galois

Pareil, Evariste! Je changerais le concept théorème par théorie mais ce texte est signifiant. D'une chanson, dans un livre c’est comme cela que je m’élucide. Galois, Evariste son couloir de nage c’est plutôt les maths où perso je patauge mais j’adapte le discours. Sans oublier que les maths conduisent aux algorithmes et les algorithmes sont pour moi le décodage du hasard et des probabilités du monde quantique. Quelle chance avais-je de tomber par hasard dans une boite à livres qq part en Aubrac sur le même auteur qui m’avait enchanté en Corse? Peu importe! Cependant l’auteur plus que le titre a attiré mon attention une seconde fois dans une autre dimension du temps et de l’espace de l’île ou du continent. Quand il n’y a pas d’interférences autres que celles de la nature non transformée je remplace le «pourquoi» par le «comment» et j’évite les mots « étrange » et « bizarre » de l’irrationnel. A Paris je sursaute à cause d’une porte qui claque, ici les bruits de la faune la nuit m’occupent l’esprit. Je passe des minutes qui finissent par faire des heures à identifier s’ils sont d’origine animale ou produit par le vent dans les branches. La cavalcade d’un lièvre coursé par un renard, l’un pour sauver sa peau l’autre pour nourrir sa famille, la curiosité du sanglier pour la végétation enfouie, le frôlement du vol d’une chouette en rase motte contre ma toile de tente ne sont souvent que des effets du vent dans mon imagination. L’obscurité me permet l’observation des indices comme une dissection mécanique de la temporalité. Je t’imagine héroïne de Louis le Grand comme Evariste sortir du Lycée et entrer dans un estaminet de la rue Soufflot ou roder vers Polytechnique  déposer un dossier d’admission puis je suis vite à court et j’en resterai là des hypothèses. Et choisir entre le philosophe qui dit « pourquoi » et le matheux qui dit « comment ». 

Étale

Il y eut ce moment où le silence se fit aussi profond que l’obscurité. J’avais déjà fait l’expérience de cette pause sans la qualifier d’étrange incapable d’en mesurer la durée. Qq minutes? Une heure? La nature est muette, effrayante. C’est le noir Soulages, intense, profond. Thérapie du silence! Ouvrir les yeux sur ma condition dans l’univers ne m’apportait aucune information. Et pour cause! Absence de photons et de particules, j’étais perdu dans une dimension subatomique inaudible, invisible, indolore surtout, inappétente c’était l’instant idéal d’ouvrir les yeux sur ce que l’on nomme lucidité et m’affranchir des références lues ou entendues par hasard dans des bouquins ou des chansons à l’eau de rose. Après tout, que m’importais de savoir si j’étais une onde ou une particule, là ou ailleurs, quand mon père allait mourir, quand Sarko sortirait du séchoir, si les bijoux de la reine étaient retrouvés et si je te croiserais entre Saint Jean du Gard et Avignon. Les trilles ont succédé au silence, le vent a repris du souffle, la forêt s’éveillait et je dé-campais moi et la lucidité dans l’effondrement de la fonction d’onde grâce au lever du jour et au retour des photons.  

Entre les deux GR, la partie Cévenole en Lozère et dans le Gard  comporte des étapes communes même si les chemins pour y  parvenir s’entrelacent de la sorte que je profiterai de ma première nuitée à l’hôtel du Parc sans chercher à savoir s’il y avait des opportunités ailleurs. Dans une petite ville il faut aller vers le mieux disant, j’ai besoin de confort et je compte mes pas. La grande rue me semble aussi longue que la rue de Vaugirard pour mes petites jambes. L’hôtel du Parc, c’est bien, c’est central et effectivement il y a des disponibilités. Ainsi que je le ressasse comme un mantra je ne suis pas en pèlerinage! Pour autant je sens ta présence. Le temps ne fait rien à l’affaire et le savoir dans un esprit mal rangé peut apporter la confusion. L’auteur de « Mon maître et mon seigneur » hier et d’ « Evariste » aujourd’hui atteint mon affect quelque soit le biotope du moment. Il établit le lien. Il entretient en moi cette sensation d’avancer en faisant du surplace car je fais plus confiance à mes émotions qu’à mon intelligence. Je m’interroge sur le libre arbitre. Je l’invoque en contre mesure de la sensation d’être la marionnette des forces obscures. Je ne savais rien de cet auteur — nommons-le F-H.D — sur le ferry. Désormais je me suis procuré d’autres de ses œuvres au détour des libraires. Son " Un certain M. Piekielny" à propos de Roman Kacew-Romain Gary-Emile Ajar, " Fragment d'un chant inachevé " récit de son périple derrière le Che en Amérique latine ou Nicolas Bouvier en Iran dans " L'usure du monde". En ce qui concerne le lien Evariste/G. il est établi grâce à Louis-le-Grand par le plus grand des hasards. A Brion km 25 je suis tombé sur cette boîte à livres qui n’était sur ma trajectoire que parce que je m’étais égaré. Pur hasard propice au CQFD. Elle contenait entre des romans de gare et qq bibliothèques vertes « La famille Martin » de Foenkinos et le F-H.D. J’avais lu le premier en Corse et je ne tenais pas à revivre ce que j’y avais découvert dans le second, alors va pour « Evariste »! Je savais que tu étais dans le Foenkinos — quand il retrouve une ex enceinte de son prochain futur ex — mais je ne m’attendais pas à te trouver dans le même lycée que Galois ainsi que dans chaque pages de la littérature française. Libre arbitre, laisse moi rire!  Devant cette boîte à livres toute bête j’étais pris dans la chaîne de Marko du déterminisme stochastique — c’est comme "aléatoire" mais c’est plus proche des brocolis que des choux de Bruxelles —.

Trois ans avant, après « mon » GR 20 sud je suis rentré à Paris avec une sensation d’inachevé. Je suis donc reparti à moto de Paris à Toulon avec une organisation all inclusive. Une cabine pour la traversée, un hôtel à Calenzane afin de partir sans la fatigue du voyage et une réservation tente/repas à chaque gite d’ étapes de Calenzane à Vizzavonne. Tu avais raison, l’esprit du GR est au nord! La magie des passages sur chaîne, la verticalité, le contact de l’épiderme et du granit à qq chose de sensuel, d’émouvant, parfois j’avais l’impression furtive d’être la roche avant que la pesanteur ne me ramène à ma condition de rampant le cul en plomb. Par l’effort, très vite on se retrouve soudés, admiratifs ou respectueux, dans une ambiance bon enfant chèrement acquise par « l’exploit » quotidien. Mes heures d’arrivées tardives accueillies par la question rituelle — t’as pas vu Edmond? Je marchais comme Sylvain Tesson sur « Les chemins noirs » après son terrible accident moins diminué par l’âge qu’il ne le fut par son handicap physique. A la 4 ème étape, parce que l’écart se creusait entre cet Edmond et moi à mon avantage, j’avouai que nous avions le même âge. De ce jour et les suivants je gagnais en popularité auprès de ceux arrivés bien avant moi 

Evariste, ce 31 Mai 1832 dans cette chambre sans wifi de la pension Faultrier vit ses dernières instants. Il sera dans qq heures abattu par un tireur d’Elite, ou Comme J’aime ou le Bon Coup, chuis nul en sites de rencontres, pour l’honneur d’une jeune fille consentante qu’il a si peu bafoué. Avec son génie des maths, il aurait pu être l’interface  cent ans plus tard entre Niels Bohr et Schrodinger pour démonter la mécanique quantique 

Florac—Hotel du Parc endroit où tu as sans doute actée une décision professionnelle et pris une autre d'ordre privée, je ressenti un pic de glycémie à ne pas confondre avec un coup de foudre même si je suis connu pour l’altération de mon lobe frontal. Le fameux bélier qui fonce n’est qu’une enfant incapable de maîtriser ses pulsions, il est fier de sa spontanéité, de sa forte personnalité mais ce n’est qu’un infréquentable, voilà c’est dit!

Qui puis je? 

Je m’ensauvage  et m’enforeste à la recherche de l’instant zéro celui qui remet mon cerveau en réglage usine. 

Dans une série de plusieurs saisons il y a plein d'instants zéro

« — Je n’aurais pas dû re-coucher avec toi! »

Euh, ma fourchette est restée stupidement entre ma bouche et le truc dans l’assiette sur la table de ce resto du Bld du Montparnasse. Je faisais en temps réel l’expérience de la réalité et de sa perception. “Le temps est la seule dimension“ ruminais-je. Tandis que ma fourchette suspendue restait en impesanteur on aurait pu jeter en l’air un Scrabble autant de fois que nécessaire et reconstituer l’œuvre complète de Maitre Gims avant que je ne revienne de ma surprise. J’ai claqué des portes sur des divergence plus anodines. On n’aurait pu s’embrouiller sur l’hypothèse ergodique et la dimension stationnaire par exemple. Dimension, taille, poids, je ne pesais pas lourd avec mon savoir d’autodidacte régurgité sans comprendre face à une CEO et ses Grandes Ecoles.  Quelle dose de chaos est nécessaire dans l’organisation la plus pointue? Qui a semé ces cailloux de Petit Poucet sur le chemin qui m’a mené jusqu’à toi? Et, subsidiairement, ce chemin abrupt au dénivelé positif, s’il est mon sommet n’est peut être pas ton acmé?  

Tandis que ma fourchette était en suspension, un singe jouait des cymbales dans ma tête et un chat de Schrodinger entre mes jambes hésitait entre le dedans et le dehors ignorant s’il était mort ou vif. Je me raccrochais à l’image que j’avais de cette femme spontanée, franche et naturelle comme un coup de pied au Q. Ainsi que toute les femmes fortes c’était une petite fille aux genoux écorchés. Elle m’avait jugé digne de porter son cartable. Je, elle, nous nous étions fourvoyés. De cette tristesse si banale, de ce constat si navrant mon cœur était dans un étau, mon ego dans les chaussettes. Ce n’était pas le Grand Tétras qui avait volé dans les plumes d’une bartavelle Pagnolesque mais un aventurier de pacotille, un usurpateur comme les autres. Cette femme, si sobre dans l’usage modéré quelle faisait de sa féminité, avait pour moi la loyauté d’une arme fatale qui retenait ses coups sur le ring des combats perdus d’avance contre la tentation. Je me souvins d’un soir de la saison deux de notre expérience existentielle en pause trois ans plus tôt. Elle était entrée dans la chambre avec une tenue digne de ce corps  qu’une trentenaire pouvait lui envier devant moi qui hésitait à retirer mon tee-shirt.  J’avais fait semblant de l’ignorer assez subtilement puisqu’elle refit son entrée. J’aurai dû me prosterner, arriver en reptation sur les genoux, écarter ces qq grammes de tissu, lécher cette alchémille fendue avec délectation mais je m’étais abstenu. Intello à la con je voyais le désespoir d’une porno mum en panique hormonale plutôt que l’offrande si simple et si naturelle qu’elle me fit. Trop stupide pour être autre chose que le mammifère en rut adapté à la situation et se régaler de ce supplément dessert inespéré, la psychologie sur la patère à l’entrée de l’alcôve. L’être et la conscience. La conscience de l’instant. Combien d’êtres ai-je failli être? Parmi tous les rôles que l’existence nous impose et  dont les circonstances nous accable de prétextes combien de fois n’ai-je pas été le fils, l’aîné, le vaisseau amiral de cette parentèle sans port d’attache, le père absent au prétexte de je ne me souviens plus quelle urgence professionnelle si dérisoire aujourd’hui ? Le partenaire, l’amant disparaît à l’horizon des événements! Je n’étais définitivement plus un homme et je ne serais bientôt plus le fils de personne lorsque le géniteur aura rejoint son néant. Je me promis de quitter la France aux prochaines élections. Non, pas pour ça, mais Farid met de la souris d’agneau à la place des brochettes dans son coucous. Pas bon pour mon affect résiduel que je pensais consacrer plutôt à Sandrine Rousseau qu’à Maïté certainement influencé par ton passage dans ma life. J’avais reconnu un de ces instants furtifs du bonheur que poétisent les gens d’écriture avec un peu de talent et qui pour moi se mesurent à l’aune d’un système immunitaire renforcé rendant tous les vaccins contre la rage, la rancune et la médisance inutiles. Maman trouvait que j’avais du potentiel ce qui prouvait bien que c’était une mère et que c’était la mienne, pour autant je savais que je n’avais pas vraiment le profil pour jouer au Barça

Cette femme sans filtre posée sur une chaise attablée dans ce resto du Bld du Montparnasse était en train d’essarter un jardin secret en friche sans ménagement d’une chiquenaude sur la touche reset

          En roues libres et la nuque bien dégagée derrière les oreilles je rencontre et je communique non dépourvu de culot, d’insolence ou d’opportunisme avec, ou contre,  des passantes célèbres en flag d’anonymat entre chien et louve

Des femmes autonomes, libres et indépendantes, propriétaires de leur logement, qui ont obtenu un salaire décent, jouissent d’une pilosité et d’une sexualité maîtrisée et elles ont mis le patriarcat à genoux, alors pourquoi?

J’ai rencontré le soir de cette débandade un spécimen de mammifère genré ex première ministre rue de la Gaité. Autrement dit l’acmé du genre humain dans l’organisation sociale de la version Liberté/Egalité/Sororité du capitalisme national. 

Autonome, pas vraiment! Deux gardes du corps protégeaient sa sécurité et un porte couille à son bras devait lui couper sa viande et lui faire des enfants en toute légitimité. Elle déambulait le pas démocratique de celle qui a dégainé son 49.3 en tirant sur sa vapote tranquillote pour nous faire bosser jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je me demandais de quel théâtre, de quel restaurant pouvait-elle sortir dans cette rue dont aucuns de ses établissements ne me semblaient digne de la divertir ou de la restaurer. 

Je me pose souvent cette question y compris quand je ne rencontre pas une ministre en exercice rue de la Gaité sur le coup de minuit dans le jardin du bien et du mal:  pourquoi?

Pourquoi l’épilation, la cosmétique et les talons hauts? Pourquoi faire des longueurs à la piscine du Plazza Athéné tous les matins du monde? J’ai testé par curiosité l’épilation sur qq cm2. A la cire chaude ou au miel, c’est une horreur! Les talons hauts même à 5 k€ la paire, c’est une torture!

Sans être pourquoiphile un samedi soir sur la terre rue de la Gaité, pourquoi toutes ces  « autonomes, libres et indépendantes » subissent-elles dans la douleur les diktats d’un patriarcat combattu et vaincu un womaniser sur la table de chevet et une carte de fidélité à Épil’story dans le tanga?

Parvenues au sommet de la chaîne alimentaire devant un parterre de mâles à genoux ou en photo sur un calendrier porno dans la cabine d’un routier, pourquoi leur vanité comblée demeure-t-elle insatiable?

Puis j’ai trouvé d’où cette élue en goguette pouvait bien avoir acquis ce sourire de satisfaction apaisé et cette démarche fluide  Elle sortait probablement du club libertin à l’angle de la rue et du Bld Edgar Quinet. Si j’avais été bien inspiré d’y entrer, j’aurai pu jouir de cette Liberté/Egalité/Sororité dans le seul Temple de la Démocratie Authentique: le libertinage! 

Depuis que Platon nous a viré de la caverne et, encore avant, depuis l’acquisition de la station debout, nous sommes tous logés à la même enseigne à l’hôtel des Q tournés. On passe des heures afin de jouir de la nano seconde qui affirmera notre supériorité sur un autre humain céphalé vertical. Dans un cosmos qui n’en a rien à foutre nous sommes tous terrorisé.es de passer inaperçu.

Il s'en passe des choses le temps qu’une pièce de monnaie ou un fourchette en impesanteur reprennent contact avec la planète. Autour de cette table des négociations illusoires une seule sait qui baisera qui. Ce jour là, je m’en souviens très bien—ce matin du jour où tu as décider de “re-coucher“ avec moi j’ignorais tout de ce projet. Mais le soir, comme nous étions dans le même lit de la même chambre du même hôtel dans la même ville de la même préfecture de province je n’ai pu retenir un sourire en pensant que, le jour même, j’avais bénéficié d’un 4ème pneu gratuit pour trois achetés au Norauto de L’Hay-les-Roses. Deux aubaines le même jour cela méritait bien de tester l’ajustage classique tenon/mortaise de la grande ébénisterie traditionnelle dans le meilleur hôtel de la ville. Tout les matins du monde un chasseur se lève pour aller défoncer du mammouth et c’est la femelle la plus belle qui choisira le meilleur chasseur

— C’est une légende! S’insurge-t-elle, les filles chassaient aussi

— Sans doute! Pour autant il y a un passage obligé

— Genre?

— Enceinte de six mois il faut être créative pour courir derrière la bouffe. Il y a l’instant où l’on a besoin d’un alter dans n’importe quel dispositif

Et pourtant elle tourne et les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde. Sororité ou fraternité le seul dispositif biologique durable repose sur le couple genrée et la sexualité reproductive et son simulacre ludique entre la ménopause et les fuites urinaires. L’inclusion de plusieurs variantes reste souhaitable. Que serait ce monde sans sa diversité arc -en-ciel! J’ai vu un jeune homme et son mari sautillant en portant un tasseau de 13, solidaire et joyeux de partager ce fardeau.

J'ignore  ce que contenais mon assiette, je crois que j'ai claqué la porte oubliant l'addition, j'avais mon compte. Le chat de Schrodinger attendait de moi une réponse à  propos de l'état de la conscience et du réel sur le trottoir devant "La Marquise" à l'angle de la rue Vaugirard et du bld du Montparnasse. Le loufiat qui avait attiré ton œil sur sa silhouette a-t-il profité de ma carence? Tu as vu qq paradis, des déserts de Petra ou de Namibie aux verdoyances du Costa Rica et au rythme d'un sac à main de prix que tu t'offrais chaque année mais il y a des joies simple et naturelles avec un homme compétent, fiable et rassurant qui monte pour un dernier verre. "Rien à foutre si elle siffle, tu rappliques!" Dit le chat 

J’attends un train en gare d’Avignon. Mission accomplie, j’ai eu froid, faim et peur. Sans bâtons, avec mon mini sac et après une nuit à l’Ibis même pas fourbu je suis très éloigné du clodo de la veille avec zéro crédibilité en rando expert des pros bâtés comme des ânes. J’ai lu au hasard des boîtes à livres mais je n’ai pas écrit depuis trois semaines, très peu échangé, écouté, imaginé des évènements qui n’ont pas encore eut lieu, d’autres tirés de la naphtaline, analysés, déformés, minorés ou amplifiés à la loupiote du présentisme. Je ne fais rien d’autre que poursuivre cette évolution aléatoire où le futur dépend du présent. A quoi bon lire tant de livre si je suis incapable de tourner la page et de passer à «autre chose » J’avais un pote à Bordeaux qui invitait ses ex à chaque occasion et c’était chichon & beuveries. Bon il avait, aussi, une piscine ça doit aider. J’avais aussi qq copains bien sûr, mais  avec surtout des souvenirs de virées à moto ou d’exploits sportifs. Bien souvent ce sont des soirées qui commence par — Tu te souviens? pour finir par — C’était mieux avant! La plupart ont besoin de témoins de leurs  exploits comme de leurs turpitudes. On garde ceux des premiers bien au chaud et on élimine ceux des seconds dans un diaporama où les photos jaunissent.  C’est une théorie, ne gardais-je pas le souvenir de la dernière femme témoin de ma dernière nuit à Paris après avoir éliminé la dernière femme de ma dernière nuit sans pyjama à Bordeaux? L'actualité divise et partage les humains comme les eaux de la mer rouge! En ce moment ça se joue entre Sarkolâtre de l’impasse Montmorency et ceux collés à la vitrine des magasins d’alimentation comme si c’était un concessionnaire  Triumph. Je quittai Paris avant une semaine sanglante versaillais/communard de 1871 ou protestant/catholique en 1572. Je fuis la consanguinité des partisans et l’alcoolisme fœtal de leur raisonnement qui nivelle tout, abruti comme après une patate de forain pleine face qui te remet le cerveau en réglage usine, je fuis les impératifs biologiques qui me font échouer à l’ouverture soi-disant facile d’une boite de cassoulet Williams Saurin et rentrer par défaut dans une brasserie sans enthousiasme. Si j’étais une femme courage chassée par la brutalité d’un homme, je prendrais mes enfants sous le bras et je me battrais mais je n’ai que moi à sauver.

Dans le recul et la solitude j’en apprendrais un peu sur ce meuble qu’ils nomment télé. Il y avait une autre chaîne que Arte! Cnews y faisait des dégâts avec une ligne éditoriale initiée par un mâle hétéro breton de confession catholique en costume traditionnel. La confiance, la chaleur humaine, l’épiderme, l’ipséité, perdu pour la vie à deux et probablement pour la communauté, le bonheur me semble suspect. Je n’ai pas, ou plus, ou pas vraiment, d’aptitude pour vivre à deux. Je n’en ai pas non plus pour vivre seul. Trop de traumas qui disparaissent le temps de découvrir l’alter puis rejaillissent pour un détail de psychopathe. Les tasses rangées dans le placard anses à l’extérieur, les assiettes plates sur les creuses  ou le torchon affecté à la vaisselle utilisé pour s’essuyer les mains, le café puis le nuage de lait à température pour éviter le choc thermique  et cette mauvaise manière de lécher la cuillère de confiture, il y a tant de choses qui nous séparent, nous ne sommes pas du même monde. Je n’ai pas l'envie d’oublier. Bon ou mauvais souvenirs, le  mémoricide  n’est pas un super pouvoir. En temps réel j’ai oublié des problèmes sans solution parce qu’il fallait bouffer. Ainsi, un jour, je me suis retrouvé à 4 heures du matin porteur de journaux au volant d’un véhicule pourri en Beauce profonde et un attaché case de commercial le reste de la journée à tenter de vendre des solutions de rénovation thermique. J’avais bien autre chose à foutre que de compiler la séquence des évènements qui m’avaient mis dans la sauce. Désormais j’ai le temps. Constater, encore une fois, mon absence de stratégie est inutile. Moins fort en calcul qu’Evariste je me console avec le bricolage philosophique que le verbe permet. La stratégie? C’est un truc de faible pour les mecs en manque de confiance! Ainsi que la poésie c’est un truc à crever de faim avec une CB dans la poche. Ma randonnée et mon errance mentale ressemblent à du vagabondage dans un labyrinthe de curiosité, cette seule valeur qui maintient le vivant debout. 

Dans cette gare de campagne à qq km d’Avignon le TGV ne partira pas. 

Incident de personne bla-bla-bla veuillez nous excuser dit la voie robotique féminine qui annoncerait la sortie de la nouvelle Triumph ou une catastrophe climatique avec la même indifférence feutrée. Au personnel en uniforme que je consulte seule une jeune femme m’annonce avec franchise qu’un mec s’est jeté sur la voie. « Il est hors saison !» dit-elle. En grattant un peu j’apprends que la mort est une statistique qui empêchent les trains de partir à l’heure. Retour de vacances, fin d’année, rupture, chômage créent des « incidents de personnes » 4 fois l’an que la SNCF dédramatise comme la période des soldes ou la mode automne/hiver. Ainsi les voyageurs peuvent soupirer leur agacement sans passer pour d’insensibles cyniques. L’institution ferroviaire garde le trauma en interne pour ceux qui ramassent les morceaux. « Ce sont majoritairement des hommes qui se prennent le train par le rail plutôt de le prendre par le quai  » ajoute-t-elle. Ainsi c’est avéré par le chiffre: l’homme est doublement fragile, son mental ne supporte pas la rupture et son physique encore moins l’impact frontal avec un TGV à 300 à l’heure.  

Je griffonne à l'arrache dans une grande confusion chronologique les notes prises au jour le jour d'anecdotes embellies où l'astuce narrative d'une fille sur le pont s'en trouve ridicule parce que, dans la réalité, un homme s'est vraiment jeté sous un train. J'ignore le degré de désespoir qui peut réduire un homme en bouillie sanguinolente. J'imagine qu'au bout du compte la mort est la seule vraie décision qu'un humain peut prendre. Ce fameux libre arbitre que les religions nous vende. Les conversations que j'ai eu avec le chef de train avec ce cynisme bravache et cet humour antalgique ont augmenté mon goût pour la vie au grand air mais loin des chemin de fer où un train de métaphores peut en cacher un autre...

La mort ne concerne que les vivants. A ce propos, c’est quand on a du réseau et la bonne connexion mentale qu’il faut s’acquitter de la nécro des prochains départs. Je ne vais pas confier à Chat GPT la confidence que je ferai mezzo voce sur le cercueil de mon père et j’anticipe sans raison son oraison.

Le cavalier 

‐ Un jour, face au mur, tu constates l'inutile. A un copain de passage ou un fils pressé tu bazardes les pièces à conviction de ta vigueur et du grand air à l'heure des vents mauvais. Sur l'air des bijoux rênes, mors aux dents, trophées et licols disparaîtront au paradis de ton passé ainsi que les spores du pissenlit disséminés par le souffle innocent de l'enfance oubliée.

Bientôt tu les boufferas par la racine

T'es un guerrier l'abuelo. Bientôt tu vas chevaucher dans la grande prairie à côté du Grand Sachem. T'as été au bout du bout résistant aux vents de face, au proprio qui ne veut pas te voir crever sur sa pelouse, au toit qui fuit et aux courants d'air, toi qui aimait tant "le vent qui souffle à travers la montagne" sans rien savoir d' Henri Pourrat puisque tu ne lisais rien d'autres que les bédés de Blueberry un cavalier qui, comme toi, préférait les indiens aux cow boys. Tu ne t’es pas encombré le disque dur avec une pseudo culture de bobo qui lis des livres et nous avons pigé trop tard, pour l’enseigner avec conviction à notre descendance respective, que la liberté de ne rien posséder, c’était un truc de poète. 

Pivot: — Si cette bibliothèque brûlait qu’emporteriez-vous? 

De Beauvoir: — Le feu! 

Extase! Applauses et c’est parti pour une génération de crevards, admiratifs aux idées courtes qui n’ont ni droit d’auteur ni résidence principale.s et secondaire en plan B

Nous sommes gens de peu. Beaucoup de labeur juste pour bouffer et mener une bataille aprés l'autre. Moi non plus je n'ai pas de murs à moi pour accrocher tes souvenirs ou un grenier pour garder tes outils d'ouvrier. Le cœur bourru t'as laissé partir la panoplie Facom pour un pack de Kro. C'était ta Pléiade et je sais que depuis ça coince du côté du poumon. Tu as fendu à la hachette un quignon de pain dur sur le billot à côté de la grange pour ton canasson puis tu es rentré sans témoin seul prés du poêle et la télé allumée H 24. L’ado dans son lit cage dînant d’un oignon dans une soupente sans chauffage après sa journée de garçon de ferme rode dans la pièce sans convoquer Zola ni Hugo. Un vacherie ces flash back! Intrusifs comme un coup de téléphone pour te vendre des conventions obsèques et des fauteuils Stana. Des journées comme ça, t’en as passé un paquet en regardant la Tour de l’autre côté du coteau. Après 90 piges tu en as vu partir des potes cavaliers ou chasseurs au compte goutte et personne ne passera ce soir à l’apéro. Il n’y a plus personne à enterrer. Un barrage a cédé ce jour là. Les copains c’était le pansement sur la famille, cette blessure loin là—bas, en ville. Les copains ont remplacé la famille alors sans copains…Nous savons que c'est irréversible. Nous sommes plus que jamais impuissants. 

Loi des hommes ou loi de la nature, le temps aura notre peau mais toi tu l'auras chèrement défendue.

Bientôt il n'y aura plus de méchants ou de gentils, de nantis ou de miséreux, de cons et de salauds. Nous le savons désormais il n'y aura plus de ces conflits d'où ne sortent que des éclopés, il n'y avait que la vie qui t'as caressé et mordu, le reste c'est de la mémoire. 

Et ça, c'est mortel!

Les défunts deviennent parfaits dés l’instant où ils nous quittent. Pourtant que leur importe ce que l’on dira d’eux au pied de la tombe, la mémoire incombe à ceux qui restent. Parfois la mémoire se confond avec la rancune et chacun fera ce qu’il voudra de cet héritage. Pour ma part je ne compte  ni me glorifier ni m’abaisser à faire son éloge car je n’ai pas plus d’hypocrisie que de rancoeur. Je ne suis pas la victime innocente de ses colères prenant la parole en son absence. Ainsi qu’à chaque éloge funèbre c’est l’ego du vivant désigné qui parle. Ce n’est pas une conversation, c’est un ressenti qui ne concerne que celui qui y trouvera sa vérité. Fils unique d'une mère célibataire dans les années trente, période mal choisi pour faire "un bébé tout' seule"! Ce n'était pas très rock'n roll et il a su très vite le sens du mot "bâtard " et l'exclusion qui allait avec. Pour moi c’est un géniteur qui a engendré l’aîné d’une famille pas plus redevable de remerciements que de gratitude. Enfant de l’amour c’est un statut qui ne dure pas plus longtemps que les premières couches. Bien vite l’enfant devient pour lui un nuisible qui coûte des sous avec ses conneries, un emmerdeur qui réclame des pantalons longs à la rentrée scolaire à l’heure  du collège, un bâtard quand il se croit cocu. Un jour le géniteur devient un tortionnaire jaloux quand sa compagne tente d’exister. Pour ce genre de père un enfant c’est un frère ou une sœur qui deviendront père et mère de substitution lorsqu’il aura épuisé la maman. Pourtant je me souviens de cet ouvrier travailleur partant sur son vélo chômeur le matin et redevenu soudeur avant midi. Il n’a jamais fait un  CV pour trouver du boulot et n’a pas connu l’ANPE. C’est tout ce que m’a appris cet homme en colère, ça et une bonne branlée pour me dire avec amour et à coup de ceinture qu’il était contre la cigarette. Merci papa, je ne fume pas. J’ai longtemps cru qu’être adulte c’était être craint et il me fallu du temps pour savoir aimer et être aimé. J'en nourris le regret de n’avoir transmis que des fausses valeurs à ma fratrie et à ma descendance. Du temps perdu. Ce petit homme ne connaissait que les rapports de force et c’est cette tare qui a produit la meilleure version de lui-même, cavalier émérite, joyeux compagnons aimant rendre service sans réserve ni discernement. Meilleur copain qu’il n’a jamais été père avec cette générosité de pauvre qui veut payer à tout propos. Il m’a souvent parlé de mon potentiel comme si j’étais un investissement qui lui rapportait si peu mais il ne m’a jamais demandé si j’étais heureux quand je venais lui présenter les trophées de ma vie. Et puis nous sommes ce que nous devenons l’âge venant. A mourir de bonne heure et de bonne humeur il est assez aisé de ne laisser que des souvenirs glorieux. En revanche à s’attarder trop longtemps sur terre pour ne plus que mordre, griffer et humilier la main qui se tend, cet homme, à qui je dois la vie, ne m’a pas donné envie de vieillir. 

Pour la nature, et Lavoisier, c’est une nouvelle répartition des atomes dans le vaste univers éternellement en travaux. Rien ne  se perd, tout ce transforme.

A Paris, notre animal de compagnie court après tous les leurres. Dans cette nature de mes expériences de clodo, je suis pareil à elle. Un bruissement dans les feuilles attire mon attention, je lève la tête juste à temps pour apercevoir la signalétique vers une sente improbable que j’aurais probablement raté sans ce chuchoti « mystérieux ». L’insignifiant chasse l’important.  Concept réversible 

L’harmonie est partout, c’est une définition mathématique. Dans ce monde soi disant imparfait, selon l’avis d’un mammifère céphalé vertical carencé en glucose, la plus infime modification d’une constante de l’univers aurait rendu impossible cette version de son existence On mesurerait maintes fois la distance entre les points d’inversion inférieur et extérieur  des géodésiques de la lumière en rapport avec l’accélération centripète  maximale dans les trous noir ..

... on obtiendrait toujours Phi.

Que faire d’un souvenir? Je n’ai aucun pouvoir sur cette zone du cerveau où s’archivent les dossiers. Compressées comme un JPeg les images se décompressent sans prévenir. Une odeur, un paysage, un air de musique ont une présence fantôme dans la mémoire de la même façon qu’un amputé se souvient d’un membre absent. Voulez-vous supprimer? La mnésie se passera de votre réponse!  

Parmi les bonheurs que j'ai connu aucun n'égale celui de marcher prés de toi dans les rues de Paris et je ne veux pas savoir si c'est Paris ou toi que j'aime 

J'ai refermé la mer rouge comme un livre que tu m’aurais offert.  La bise à Moïse! 

De cet instant je sus que mon salut était dans la fuite. Ce que la rupture sait de moi et me révèle.

Comme souvent lors de mes retours d'homme des bois à la civilisation, je gambergeais à couper cours à la relation en cours avant qu'elle ne devienne un GIE. J’étais à nouveau seul mais ne le fus-je jamais et toujours par choix ou par anticipation de ne pas en subir l’humiliation. Le tu “as bien dormi“ entendu ou prononcé, les deux version me manquait. Je lui faisait couler un café, lui pressait une orange, rien n’était établi, c’était aléatoirement l’un qui prenait soin de l’autre ou l’inverse. Dans notre relation platonique et d’agrément les bisbilles étaient absentes ce qui prouvent bien que la copulation est une source de conflit

— Si tu entends le sexe en tant que performance, oui!

— “Par là je n’entends pas grand chose“

Ignorant ma diversion Pierre Dac / Francis Blanche elle poursuivit.

— Vous êtes — “vous“ c’est nous les poils aux pattes — capables de jouir sur une pute ou aller sur la lune pour jouir de celles que vous payez de ce sentiment dérisoire que vous appelez l’amour juste pour vous assurer l’attachement de votre partenaire. L’incertitude peut vous faire une vie entière. En revanche, nous — “ nous“ c’est “elles“ — même quand on lâche prise nous restons consciente de notre pouvoir

— C’est humain non?

— Tu parles de ce plaisir masochiste d’avoir quelqu’un pour qui pleurer? Disons que c’est masculin! Et c’est également la preuve que vous parlez au nom de l’humanité alors que vous n’en représentez que la moitié. Autant créative que destructrice

Et comme "un train peut en cacher un autre", changement d'herbage réjouit les veaux. A ce stade,  je constatais que je disposais de la liberté sans l'indépendance. J'étais un faux pauvre! Il m'en coûtait de ce constat car il induisait une jachère sans garantie de regain. En quittant cette compagne exceptionnelle je quittais un statut tendre et confortable un peu trop confortable. Ma précarité de randonneur était assez proche de ma dépendance urbaine. La double impression du danger et du sacrifice me grandissait.  Un train peut en cacher un autre"! C'était clair la récente rencontre, les vents ascendants, me renvoyaient à mes vieux démons. Régressif ou évolutif, j'ignorais tout du demain mais ce que je préférais dans la relation genrée, c'était le changement d'herbage de préférence sans anesthésie c'est à dire sans culpabilité 

Convaincu qu'un joueur sur cinq était mécontent de la roulette russe je sortais fataliste de cette béatitude mystique des amours carcérales pour un autre fardeau d'incompréhension et j'y trouvais entre autres avantages celui de passer inaperçu. Après tout, n'étais-je pas celui qui avait claqué la porte! 

Un marchand de sommeil me loua une chambre de bonne avec les chiottes sur le palier à Paris car un chagrin d'amour n'est rien d'autre qu'une crise d'ego qui se soigne dans l'inconfort et je faisais salon chez le bourgeois à grappiller leurs miettes lors de dîners de cons où je tenais le rôle principal du commensal pittoresque histoire de rester en ville. 

On peut fuir une femme mais on ne peut pas fuir Paris En conséquence je décidais de me livrer à ces fameuses interactions sociales. J’ai fréquenté des apéros Kir Royal avec karaoké Jean Sablon à côté du stand Phildar où un food truck dealait de la verveine sur le parking. Porte de la Chapelle j’ai immolé une Clio en éclusant de la 8.6 avec des tchétchènes disruptifs qui sodomisaient des chiens morts

Lundi soir j’ai entendu le son du cor sonné par des étudiants Versaillais en grande tenue de vénerie pas en Sologne mais sous le pont d’Iéna.

Bibliothèque Benoîte Groult on a fait le coup de poing américain contre des celtes en Bombers pour un bouquin subversif de Yves Simon mais j’étais seul lorsque je me suis cogné sur Michelle Pfeiffer sortant du Plazza Athéné au bras de la doublure lumière de Toni Montana. Ah j’oubliais, j’ai vu Souchon assis par ter’com’ça rue Vavin

J’ai chopé de l’ancêtre lors d‘une Milonga enflammée sur les quais de Seine en dansant un tango à se flinguer la prothèse de hanche sur un air de Piazzolla. A Stalingrad j’ai acheté un rein pour rien ou presque.

Dans le Marais je me suis inscrit à un groupe Wattsapp pour déplacer un fauteuil et au Brico rue des filles du Calvaire, j’ai vu un jeune homme et son mari partir en sautillant portant à deux un tasseau de 13. 

Entre République et Bastille j’ai manifesté avec la CGT comme ça pour voir s’ils allaient sauver ma retraite de vieil égoïste en buvant du Ricard. 

A Montparnasse il y avait, entre deux soirées Red Bull, des départs pour des rides à roller le Vendredi soir escorté par des municipaux de Mme Hidalgo en Vélib — les municipaux pas l’édile hispanique —. Au Louvre des touristes réclamaient mon assistance pour shooter des selfies entre copines et j‘ai aidé Sandrine Rousseau au Biocoop de la place de Catalogne à charger son sac de quinoa dans son Hummer histoire de me sentir déconstruit 5 minutes chrono. A Raspail j’ai lâché un euro en cash dans la sébile d’un roumain pour le remercier de saloper mon pare brise

Il me fallait compenser mon aspect physique par l'humour du mec qui expose ses blessures narcissiques par des outrances en concurrence avec les autres usurpateurs. Je passais d'un biotope à un autre et mon meilleur coup fut, lorsque après avoir commis une muflerie lors d'un dîner, je me retrouvais invité par une convive sur les rouges du Grand Bornand. Une psy friquée qui préparait un thèse sur les bouffons ou une maso sédentaire adepte de mon nomadisme, peu m'importais puisque les chemises du mari étaient à la taille de mon cynisme 

C'était cela mon fardeau d'incompréhension de la diversité féminine chez la parisienne du 15 ème.

J'étudiais l'ethnologie intra muros arrondissement par arrondissement et j'avais de quoi faire avant de revenir en province 

De mes observations sur qq échantillons j'étais apte à énumérer quelques déviances urbaines: l’attachement quasi-nombriliste à leur groupe, la conformité sociale, le carriérisme débridé et cru, l’avarice émotionnelle… la plupart se soignaient par l'adultère thérapeutique et mon physique ingrat était paradoxalement l'atout qui faisait ma bonne fortune. Bien mariée à des hommes jeunes, beaux et fortunés dont j'étais l'antonyme, elles y trouvaient le plaisir malicieux de duper un bellâtre sûr de lui avec un improbable. Il y avait des situations post coïtales cocasses quand le cocu rentrait à l'improviste. Je m'affairais à déboucher un lavabo, le mec m'ignorait comme on ignore un domestique sans reconnaître une de ses chemises et le parfum de sa femme sur mon épiderme.

    Ces gens sans imagination ne savent rien faire de leurs dix doigts, je survivais dans la ville lumière et des amours avec de l’encre, un calame et une clé anglaise dans mon vademecum de Rastignac low cost  

Les hormones à jour j'écrivais ma légende digitale dans une soupente la nuit grâce à ma virtuosité manuelle du jour la peur au ventre et sans chauffage avec des limaces Charvet et des futals de chez Arnys

    Cette ville m’insufflait l’espoir auquel pouvaient prétendre tous les perdants. Je m’alimentais de la mythomanie de mes voisins de couloir, un écrivain pour l’instant raté, un rappeur qui cassait les couilles à tout l’étage, une jeune femme gaulée comme une pub pour vendre du gel douche courait tous les castings et un érudit attendait un passage à questions pour un champion. Aucun, parmi ces épicuriens autodidactes, n’étaient à l’aise avec les lieux d’aisance et j’étais le seul à savoir déboucher les latrines au bout du couloir. C’était mon instant lucide témoignant que j’étais plus ou moins dans la merde. Un privilège! Cependant j’étais persuadé que tous les destins m’étaient accessibles

Les jours à suivre allait me prouver que la chance ne m'avait pas abandonné. D'autant que, même avant Moïse, elle ne l'avait jamais fait. La raison de mes échecs avait été d'en douter...

Mieux que l’improbable il y avait l’inconcevable

Etale

Comme l’autre nuit en bivouac quand la nature faisait une pause je m’accordais cet instant entre deux marée, l’étale, où le fleuve le plus impétueux s’accorde un peu de calme avant la renverse et que le courant repart vers la mer après son intrusion dans les terres et parfois un petit Mascaret de saison. Notre chatte réclamait l’ouverture de la porte. Elle me ramena à ma condition de laquais et, tandis que j’attendais sa décision, je pensais qu’elle avait certainement lu Volkoff, Custine, Cosnuau ou Zamiatine, Tarassov à la limite, plus que Steinbeck, Gary ou Stendhal

La vie est merveilleuse, en tout cas la mienne, elle apporte des solutions pile poil à l’instant où l’on sombre. Bien sûr je trouvais plus de vérité en  moi dans le spleen que dans l’euphorie mais il me manquait l’essentielle dont seul “l’autre“ est détenteur. Si c’est une fille c’est mieux!

 La fille sur le pont occupait “ma“ place dans “mon“ bar de “mon“ quartier. Je n’y habitais plus mais sans trop savoir dans quel but j’y gardais mes habitudes. Je connaissais le goût et la chaleur moite de son blason mais j’ignorais toujours son identité. Nous nous étions séparé sans que je m’inquiète de son prénom

Que foutait-elle sur “mon“ territoire? Elle s’était racontée et je l’avais entendue mais seul le présent de ce matin d’ Avril compte. Était-elle  enceinte de mes —nos!? — œuvres ? 

Page blanche, balles neuves

—  Comment m’as-tu retrouvé?

— Ton activité numérique! J’ai l’impression que tu appelles au secours mais j’ignore qui tu attends. Toi aussi d’ailleurs

— Un homme qui se noie se moque bien de qui lui jette une bouée

— Ne sois pas décevant! Tu es à l’horizon des évènements, l’autre n’est pas loin, à toi de dire s’il s’agit de Moïse ou de “la fille sur le pont“

— Peu importe! Je crois que l’alter est un support. C’est un toile vierge, une page blanche qui contient l’œuvre invisible à accomplir. Dans son état originel l’humain est dissonant, il n’atteint la maturité que dans le duo. Il doit créer mais son “dessein“ est inscrit en filigrane. L’interface est une quête  

— Cesse de faire l’imbécile. Je suis venu te voir avant que tu ne disparaisses définitivement. Franchir la ligne d’accrétion c’est un peu plus sérieux que de sauter du viaduc dans la Turbaye

Voilà! Le protocole de communication est établi

—  C’est quoi le projet?

— Ta traversée de la mer Rouge s’est-elle bien passée?

— J’observe la fécondité des choses stériles

— Elle n’était pas sur l’autre rive, c’est ça?

Moïse absente, que faire ! Reprendre un permis de chasse? J'étais plus souvent la proie dans ce genre de sport

Je l’observais en silence, l’intelligence dénudée, elle était  ravissante. Plus précisément nos ébats horizontaux et nos débats  assis était féconds et c’est cela qui la rendait érotiquement rare à mes yeux. Pour la bienséance qui convient à la tenue dans un lieu public je me lançais dans une surenchère conceptuelle euphorique mais elle ne perdait rien pour attendre

— Il y a ceux qui contrôlent et ceux qui subissent. Les premiers cherchent à amasser, les seconds philosophent et crèvent de faim. Quand les premiers sont repus, ils courent derrière d’autres chimères. Celui qui reçoit le ciel sur la tête s’aperçoit finalement que c’est la meilleure chose qui puissent lui arriver. Il saura avant le premier que ce ne sont pas les événements mais le jugement que nous portons sur eux qui nous affectent. Et surtout, qu’il n’y a aucun chagrin qui ne soit soluble dans la vodka. A partir de trois grammes nous ne savons ni ce qui est bien ni ce qui est mal pour nous mais que nous pouvons librement décider du sens à donner aux choses qui adviennent

— Sais-tu pourquoi tu chiales n’importe où n’importe quand?

Savait-elle que je ne ferais jamais construire un palais sur la perpective Nevski  ou que ne serais jamais propriétaire d’une ferme dans les Cévennes et que je m’en attristais?

— Je t’écoute 

— Ce sont tes seuls moment d’humanité! Le reste du temps tu es cynique, mordant, foireux, méprisant, insultant, méchant, brutal, rustique, sans psychologie ou trop perspicace en alternance, vulgaire, indiscret, impudique. Un peu acteur, cabotin opportuniste au service de ta propre personne au gré des postures qui t’arrangent et qq fois hors sujet. Tu te donnes beaucoup de mal mais il parait évident que tu es un écorché vif, amusant ou pitoyable. Un clown triste. Un cheval qui refuse l'obstacle. Il est des territoires que l'on n’explore pas en explorant les autres, quand à défaut de preuve sur une théorie, par l'équivalence du senti on cherche toujours  à amasser

— Tu veux un café ?

— Je me demande si tu saurais reconnaître l’alter qui convienne à ton ego si par hasard il passait à ta portée!

Moïse fille pont

Retour à La Une de Logo Paperblog