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Une confédération des Balkans: le projet de Jean Capodistrias, de Georges Kalpadakis

Publié le 26 février 2026 par Francisrichard @francisrichard
Une confédération des Balkans: le projet de Jean Capodistrias, de Georges Kalpadakis

Ce livre est paru le 11 février 2026, soit 250 ans, jour pour jour, après la naissance, en 1776 donc, de Jean Capodistrias. L'édition originale, en grec, en 2023, avait été entreprise sous l'égide de l'Association pour la publication de livres utiles à Athènes.

Ce volume comporte une préface de Pascal Couchepin, ancien président de la Confédération helvétique, qui rappelle qui était Jean Capodistrias, né à Corfou: 

Capodistrias se distingua comme ministre des Affaires étrangères de Russie. Il finit sa carrière comme gouverneur d'une République hellénique naissante avant d'être assassiné1 par des opposants d'un clan grec.

Lors du Congrès de Vienne, Capodistrias joua un rôle décisif en faveur de la Suisse.

Dans une première partie, Georges Kalpadakis replace le projet de Jean Capodistrias dans son contexte historique, c'est-à-dire de 1822 à 1827, où il sera élu Gouverneur par l'Assemblée de Trézène, durant la guerre d'indépendance. Ce contexte est d'une grande complexité: la Russie, autrement dit la Puissance du Nord, étant tantôt prudente, tantôt offensive vis-à-vis de la Porte2.

Dans une deuxième partie, il expose le projet d'Une confédération des Balkans, imaginée par Jean Capodistrias, à partir de deux lettres que celui-ci a adressées les 19 et 20 mars 1928, au ministre des Affaires étrangères russe3, le comte de Nesselrode. Ces deux lettres ont été redécouvertes cinquante années plus tard: l'abandon du projet avait fait tomber ce dernier dans l'oubli.

Dans la troisième partie, ces deux lettres, écrites en français, sont reproduites, en conservant leur orthographe. Le lecteur y retrouve, en cas de dissolution de l'Empire ottoman, le projet exposé, en ces termes, par Georges Kalpadakis, dans la deuxième partie:

La Confédération se composerait du Duché ou Royaume de Dacie, du Royaume de Serbie, du Royaume de Macédoine, du Royaume d'Épire et de l'État hellénique.

[...]

Le siège du Congrès, dans lequel seraient représentés ses différents États, devrait être fixé à Constantinople qui fonctionnerait comme une ville libre. 

Il est vraisemblable que le modèle politique contemporain susceptible d'avoir servi de référence au Gouverneur ait été la Confédération helvétique, à la formation de laquelle il avait lui-même joué un rôle décisif au nom d'Alexandre 1er.

Mais il y avait un modèle encore plus pertinent pour les conditions de l'époque: la Confédération germanique qui avait succédé au Saint-Empire romain germanique en 1815 et constituait une formation multinationale de principautés autonomes.

Georges Kalpadakis fait part d'une hypothèse selon laquelle son projet aurait peut-être visé la création future d'une empire byzantin, au sein duquel la tradition orthodoxe et les Lumières n'auraient pas constitué des notions opposées, mais auraient pu s'articuler en un ensemble indivisible destiné à unir les peuples chrétiens de la péninsule balkanique.

Le but, dans l'esprit novateur de Jean Capodistrias, était surtout, "après trente ans de guerre et de révolutions" de transformer la région en un espace où prospéreraient le commerce, l'artisanat et la navigation... où la composante grecque serait renforcée progressivement. 

Georges Kalpadakis souligne enfin que Jean Capodistrias plaidait pour le mélange des peuples balkaniques et des Européens, pour le transfert d'un savoir-faire technologique en provenance de l'Occident. 

On peut donc rêver que l'Histoire aurait pu se dérouler autrement qu'elle ne le fut. Mais, comme le dit Pascal Couchepin à la fin de sa préface: 

C'était sans compter avec la résilience de l'Empire ottoman, qui survécut jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

Francis Richard

1 - Le 27 septembre 1831, à Nauplie.

2 - L'Empire ottoman.

3 - Capodistrias et Nesselrode avaient exercé ce ministère conjointement de 1816 à 1822.

Une confédération des Balkans: le projet de Jean Capodistrias, Georges Kalpadakis, 192 pages, Favre (traduit du grec par Lucile Arnoux-Farnoux)

N.B.

L'envie de lire ce livre m'est venue à la suite de la lecture du livre, paru l'an passé, chez le même éditeur, intitulé Des Suisses au service de la Grèce, sous la direction de Jean-Philippe Chenaux, et du fleurissement, chaque année, le 11 février, d'une statue de Ioannis Capodistrias, dans une allée d'Ouchy, tout près de mon domicile. 

Statue de Ioannis Capodistrias, à Ouchy (photo prise le 19 février 2026)

Statue de Ioannis Capodistrias, à Ouchy (photo prise le 19 février 2026)


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