Les nuits sans sommeil - Billet 7 de 11

Publié le 20 mars 2026 par Paulo Lobo

 Les nuits sans sommeil

Les apaches ont perdu le sens de l'honneur. L’apache et sa donzelle vaguent le cœur perdu dans les rues de Bruxelles, sans savoir où poser leurs ailes. Ils boivent un dernier coup dans le café des Éternels.

Il est tard la nuit et tous les bohémiens sont gris. Comme ils n'arrivent pas à trouver le sommeil, ils plongent dans la bouteille. Leurs oreilles, depuis longtemps assourdies, n'ont d’yeux que pour le zinc. 

Mais les âmes, engourdies par la nuit, s'ennuient à n'en plus finir. 

Désormais, les minutes comptent pour des heures. Chaque minute devient une éternité, un torrent, un geyser d’amour. Un film de Bella Tarr. Et le noir et blanc, crasseux, te saute à la figure. Les noirs sont noirs, les blancs sont cramés, on se sent comme dans un dessin au fusain. On est devenu l'ombre de nous-mêmes, les traits qu'un autre a bien voulu nous donner. Une étiquette qu'on nous a collée sur le front. Tousser est permis dans une certaine mesure. Vous avez droit à trois toussements par heure. Au-delà, c'est la prise en garantie. La prison à vie. Tousser peut tuer. Tousser peut vous enfermer. Tousser, respirer, éternuer, cracher, toutes ces choses sont interdites au royaume des réels, des likes, des followers.