Je choisis parfois un but pour mes promenades. Je vais vers une rue dont le nom m’a séduit. Je vais vers une rue qu’on m’a indiquée, pour ma collection de rues particulières, mon portefeuille de rues. Une rue sans joie ; une rue calme ; une rue abstraite ; une rue chargée de signes. Une rue caressée d’arbres, aux oiseaux rétractiles ; une rue qui n’a que des coins de rue ; une rue sans numéros ; une rue gorgée d’automobiles arrêtées ; une rue à escaliers, une rue plate, une rue basse. Une rue invraisemblable, une rue sereine, une rue crapule. Trois rues noires, deux rues blanches. J’examine le dessin des trottoirs, leurs fractures ; je compte des pots de fleurs, des laveries, des fenêtres.
Je suis l’autobus 47, l’autobus 29, le 91. Je traverse. J’attends sous une porte cochère, sur un banc, face à une fleur, un croissant au beurre, une boucherie hippophagique, un ‘Ed-l’épicier’. Je sors du neuvième arrondissement. Je passe la Seine.
Je vais d’une rue à une autre pour des raisons arithmologiques, méthodologiques, sentimentalologiques. Je vais de plus en plus loin, je vais sans savoir où ; je me retourne : le ciel est là, le soleil ; une vitre s’enflamme ; la lumière ricoche dans une flaque. Je vais dans les jardins publics, les gares, dans les passages. Je vais même dans les avenues. C’est tout dire !
Jacques Roubaud, Poésie, 2000.
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