Ce roman est inspiré d'une histoire vraie. Certains personnages sont fictifs, d'autres ne le sont pas, les actions et les événements sont purement fictionnels. Comme l'atteste la bibliographie en fin d'ouvrage, Laurence Gauvin et Sandrine Perroud ont écrit là une oeuvre très documentée, qui restitue toute une époque, où Les Femmes de la Caroline sont d'une grande plausibilité.
Les hommes sont relativement absents de cette histoire qui se déroule à Lausanne en 1911 et 1912. En effet, tour à tour, les projecteurs sont dirigés sur des femmes. Elisabeth tient un journal: c'est la seule qui s'exprime à la première personne. Les autres femmes, Marie, Lina, Louise, Suzanne, Eugénie, Renée et Fran, sont les protagonistes de récits parallèles à la troisième personne.
Elisabeth Brack, dix-sept ans, zurichoise, est employée par Marie Seewer comme jeune fille au pair. Elle l'aide dans ses tâches ménagères, car Marie a la charge de ses deux petits-fils, Charles et William, treize et onze ans, délaissés par leurs parents, sa fille Louise, trentenaire, et son gendre Emile Garré, architecte, de seize ans son aîné, lesquels vivent dans le faste à Monte-Carlo.
Il n'est pas inutile de préciser que Elisabeth éprouve des sentiments pour son amie Fran, le diminutif de Franziska Meier, admiratrice de Sarah Bernhardt, qui projette de l'emmener au Brésil, avec on ne sait quel argent, pour y vivre les pieds nus, comme Paul et Virginie, pauvres mais ensemble; que Marie Seewer habite la Villa Belle-Combe, un immeuble sis rue Caroline à Lausanne.
Dans cet immeuble de la Caroline, habitent Lina, une autre jeune fille au pair, suisse-allemande, sa patronne Suzanne, le mari de celle-ci, le commandant à la retraite Charles Kunz. Les autres personnages de cette histoire, Eugénie Pavillon, journaliste, Renée Fontaine, infirmière à l'Hôpital de Cery1, n'y apparaissant, qu'après le terrible malheur survenu le 8 janvier 1912...
Comme le laissait présager le sous-titre du livre, "Il est profondément anormal qu'une jeune fille commette un tel meurtre", le malheur survenu ce jour-là est un crime. Le lecteur, ayant gardé à l'esprit les comportements de Louise et de Marie à l'égard d'Elisabeth et les espérances de celle-ci, comprendra, sans, bien sûr, l'approuver, les souffrances qui l'ont conduite à ce coup de folie...
Francis Richard
1 - Cet hôpital psychiatrique, dépendant du CHUV, existe toujours et se trouve à Prilly.
Les Femmes de la Caroline, de Laurence Gauvin & Sandrine Perroud, 272 pages, Éditions d'en bas
