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Prismes, de Laurent Galley

Publié le 16 mars 2026 par Francisrichard @francisrichard
Prismes, de Laurent Galley

Prose ou poésie? Prose poétique.

Science ou intuition? Science intuitive.

C'est ainsi, peut-être, qu'il faudrait définir cet essai de compréhension du monde et de soi, dans lequel Laurent Galley livre ses réflexions, ses émotions, ses Prismes.

Il commence par un Hymne au petit jour:

La nuit est l'écrin de l'intériorité, le petit jour est l'occasion de le faire éclore sur la nature entière.

Puis il développe ce qu'est l'Aube, la confirmation rassurante d'un éternel recommencement, la crainte, à tort, que la lumière ne revienne pas:

Le noir est le support de la lumière, comme la mort gouverne la vie; seul ce contraste apporte reliefs, intensités, harmonies. Les contraires ne s'annulent pas toujours: ils se nécessitent, voire se complètent.

Ainsi donne-t-il l'exemple de la paresse et de l'action:

La paresse possède deux inclinations distinctes: active et passive. Passive, elle s'épuise très vite et succombe sous le poids de sa propre vacuité. Active, elle se fait nourriture pour le corps et pour l'esprit, elle rétablit l'équilibre des sens avec leur milieu.

À propos, il n'y a pas toujours de solution de continuité entre conscience et sens:

Il n'est de rupture entre l'extérieur et l'intérieur que pour la réflexion syncopée, pas pour le songe ou la méditation déliée.

Aussi les Paysages l'invitent-ils à la méditation, comme celle-ci, par exemple:

Aucune forêt ne se ressemble, qu'elle soit de chênes, de sapins ou de bouleaux, comme celle-ci. C'est l'arbre qui fait la forêt et non l'inverse. Grande lumière blanche que distille entre ses branches, la forêt de bouleau.

Il souligne le grand pouvoir des mots lorsqu'ils servent moins à dissimuler qu'à désigner:

La connaissance permet à l'esprit d'accroître sa clairvoyance, et par là, sa sensation d'exister; car nommer, c'est connaître, et l'on ne perçoit pleinement que ce qu'on reconnaît au préalable.1

L'extérieur, c'est aussi le Cosmos, qui ne manque pas de nourrir la réflexion:

La contemplation du ciel étoilé, le soir, est un moyen d'éprouver l'infini et sa reposante absurdité.

Qu'entend-il par absurdité?

Lorsque je parle d'absurdité, je ne parle pas d'erreur, mais de sortilège. Un homme debout sur une énigme, plutôt que juché sur un principe.2

Il fait partie des incrédules, plus sensibles à la lettre qu'à l'esprit:

Dieu n'a pas su créer correctement son monde lors de son premier essai, mais il n'a pas su non plus l'effacer.

Il termine sur une note musicale avec Coda:

La musique offre d'infinies douceurs que le monde ne sait tolérer dans sa rude matérialité. D'où ces larmes secrètes que nous versons sur les vestiges de nos aspirations...

Et conclut:

On ne perçoit pas de lumière en plein jour, puisqu'elle est aussi généralisée qu'indéfinie; on la perçoit dans l'ombre par le travers d'une éclaircie. Et c'est alors que le sujet s'y jette et que l'éclair suit.

Francis Richard

1 - On connaît le commentaire d'Albert Camus sur la philosophie du langage traitée par Brice ParainMal nommer un objet, c'est ajouter du malheur à ce monde.

2 - On connaît la pensée que Blaise Pascal, admirateur de la Création, attribue à l'incrédule: Le silence de ces espaces infinis m'effraie. 

Prismes, Laurent Galley, 124 pages, Éditions de l'Aire

Livres de l'auteur précédemment chroniqués:

Le passage à gué (2019)

Le suc des sèves (2021)


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