Et d'abord pourquoi avait-il voulu m'aider précisément à ce moment-là, pour le dernier geste, au moment d'enfoncer le pieu dans le coeur du X et d'écrire, quarante ans plus tard à ma mère biologique?
Anthony Feneuil, professeur à l'Université de Lorraine et auteur de plusieurs livres et articles sur les rapports entre théologie et philosophie, né sous X, raconte dans Rien de caché pourquoi et comment il est entré en contact avec sa mère biologique, avec l'aide de son père adoptif.
Pourquoi?
Parce qu'un jour, alors que ses parents, Michel et Maryse, ne lui avaient pas caché qu'ils l'avaient adopté, il a examiné de plus près son acte de naissance et remarqué qu'il comportait deux erreurs et une coquille:
- il n'était pas né de, il aurait fallu écrire destiné à,
- son deuxième prénom, Michel, avait disparu,
- dans le patronyme de sa mère un u avait remplacé un n.
Parce que résonnait dans le salon la ritournelle, Papa chanteur, sortie l'année de sa naissance, 1984, et qu'il avait été touché: elle était de Jean-Luc Lahaye, qui avait grandi seul à l'assistance publique et n'avait pas été adopté comme lui.
Parce qu'il allait à son tour devenir père.
Comment?
En principe, il n'était pas possible, en France, quand on était né sous X, de retrouver sa mère biologique. Mais une loi du 22 janvier 2002, initiée par Ségolène Royal, ministre déléguée à la famille, à l'enfance et aux personnes handicapées, a créé le CNAOP, le Conseil national pour l'accès aux origines personnelles. Anthony Feneuil a fait une demande en 2014. Il ne voulait pas de contact, seulement savoir.
En principe, depuis la loi bioéthique du 7 juillet 2011, il est interdit en France de faire un test ADN pour connaître ses origines, mais il est possible de contourner cette interdiction en adressant un écouvillon à une société américaine, basée à Houston, au Texas. Anthony Feneuil l'a fait. Et est entré dans une base de données, consultable via une application.
Anthony Feneuil est parvenu à ses fins. Il a échangé des mails avec sa mère biologique. Ils se sont rencontrés:
[Notre rencontre] fut la preuve que tout cela était vraiment arrivé, que ce n'était pas seulement un rêve ou un cauchemar. La preuve par X que des lignes qui s'éloignent à l'infini en un certain point se croisent.
Le lecteur lira ce qu'il en est résulté.
Pour bien comprendre l'histoire de Anthony Feneuil, le lecteur se souviendra toutefois de ce qu'il lui disait, plus haut, de la thèse de René Descartes:
Ce qui définit mon identité la plus propre, ce qui me fait ce que je suis, ce qui me donne la seule idée à laquelle je puisse vraiment m'attacher comme la plus sûre, la seule vraiment et ultimement fiable, le dernier rempart contre les flots du doute et de l'oubli, c'est mon rapport à Dieu.
[...]
C'est bien de Dieu que je suis fils et non de mes parents.
Francis Richard
Rien de caché, Anthony Feneuil, 176 pages, Labor et fides (en coédition avec Bayard)
