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En beaux caractères, de Dóra Kiss

Publié le 04 mars 2026 par Francisrichard @francisrichard
En beaux caractères, de Dóra Kiss

Sara voit bien que les bribes de textes de son père ne s'accumulent que lentement. Alors elle le lui dit encore: je voudrais qu'une fois au moins tu m'accompagnes en Hongrie. L'homme hésite, refuse, acquiesce, repousse. Et, finalement, il dit: Entendu, nous irons.

Des trois filles d'Abram, qui a plus de septante ans, Sára est la seule qui insiste pour connaître l'histoire de sa famille. Comme la mémoire paternelle est saturée non pas d'anecdotes mais de silences et de trous, peut-être qu'en allant sur place, la vie hongroise menée là-bas lui reviendra.

Ce sera d'abord une tranche de la vie hongroise de son père qu'elle parviendra à restituer, mais n'est-ce pas la mieux connue? En effet, commencée en 1944, la dernière année de la Seconde Guerre mondiale, alors que Abram a quatre ans, elle s'achève à la fin de 1956, quand il en a seize.

Cette vie hongroise ne vient pas elle-même de nulle part. Car Abram a lui aussi des parents, des grands-parents et arrière-grands parents. En rencontrant des témoins qui ont survécu là-bas, l'histoire de la famille dans un sens plus large que celle du paternel s'écrira En beaux caractères

Père et fille se mettront donc dans les pas de cet enfant, puis de cet adolescent, que fut Abram, dans une Hongrie dans la tourmente, sous la botte des nazis puis sous celle des communistes. Si, dans de tels contextes, une vie hongroise ne pourra qu'être infléchie, elle restera singulière.

La famille, à plusieurs reprises, se dispersera dans le pays, dont les frontières ne seront d'ailleurs pas intangibles, parfois risquées à franchir. Les destins individuels ne seront pas non plus réductibles aux destins collectifs. Chacun construira en effet son avenir à partir de ce qu'il aura reçu.

Auront concouru à restituer Une vie hongroise les lieux, visités ou revisités, les témoins, les livres. Sára, à Genève, Abram, à Marseille, dans la cage, garderont sous les yeux, chacun dans sa bibliothèque, des livres écrits en hongroisneufs et traduits chez elle, poussiéreux, jaunis chez lui.   

Francis Richard

En beaux caractères, Dóra Kiss, 152 pages, Éditions La Baconnière


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