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Loin de Salonique, de François Sureau

Publié le 25 mars 2026 par Francisrichard @francisrichard
Loin de Salonique, de François Sureau

À l'aube du XXe siècle, les nations balkaniques luttaient pour s'évader des empires ottoman et austro-hongrois. Certaines de ces nations appartenaient au monde slave et d'autres non. Elles comptaient des catholiques, des orthodoxes, des musulmans, des juifs et même des socialistes, répartis en groupes mouvants à travers des frontières qui ne bougeaient pas moins.

Ce deuxième volume des aventures de Thomas More1, policier français, comme son nom ne l'indique pas, se passe en 1913.

Le récit commence à Monastir, en Macédoine. Le consul de France, Léonard de Berne-Lagarde, en lisant le Journal de Salonique, apprend que, lors des obsèques de Samuel Carasso, un cadavre a été découvert gisant sur le dernier cercueil du caveau de famille, dans le cimetière israélite de la ville. 

Un des hôtes du consulat n'est autre que le dénommé Thomas More. De retour d'une promenade, il annonce au consul qu'il part pour le lac d'Ohrid, au bord duquel se trouve un petit tableau, Jardin clos, d'un Maître anonyme. Le consul lui demande de retarder son voyage pour recevoir un visiteur.

Celui-ci, Paul Seligmann, envoyé par le consul de Salonique, veut en effet rencontrer Thomas More pour lui parler de la macabre découverte. À la surprise des deux hommes, Thomas More connaît le nom de la victime, André Charlot, professeur de droit. Comment le sait-il?, lui demande Seligmann:

- On en parlait ce matin dans le bazar.

Seligmann et More se rendent à Salonique par le train pour y rencontrer le chef de la police, le colonel Stavridès, afin de savoir où en sont les investigations. En fait, c'est ce dernier qui demande à More de bien vouloir se charger de l'enquête, parce qu'il doit s'occuper de la visite du roi Georges.

Le lendemain ils vont à la villa occupée par le professeur Charlot. Sur place, More s'étonne de quelques détails qui ne collent pas avec l'image du défunt. Puis ils vont aux établissements Seligmann, où la montre offerte par les élèves de Charlot en 1903 lui est remise. Or un joaillier met en doute la date... 

More voit ce que les autres mortels ne voient pas. Il ne répond pas aux questions directes qui lui sont posées ou ne fait que des réponses laconiques. Aussi, quand un deuxième cadavre est déposé dans le caveau du cimetière juif de Salonique, connaît-il l'assassin qu'il considère comme intelligent:

Qui aurait jamais pensé qu'on utiliserait deux fois cette tombe à si peu de temps d'intervalle...

De même sait-il où se trouve le cadavre de cet assassin (qui s'est donné la mort après son crime), parce que c'est là où il serait allé... De même, pour le renseigner, a-t-il des amis partout aussi bien à Salonique qu'à Monastir et arrive-t-il à passer pour qui il veut en quelque endroit qu'il se trouve. 

L'histoire ne s'arrête pas là. More, en parcourant la ville de Salonique, puis en se rendant à Constantinople, aura l'occasion de démonter la version officielle et révèlera, preuves à l'appui, la véritable identité de l'assassin du roi Georges 1er, puis celle de l'assassin du soi-disant professeur Charlot...

More ne déçoit décidément pas, ne parle pas à la légère. François Sureau non plus, qui, après tant de sang et de larmes répandus, réserve au lecteur un épilogue heureux, où le Jardin clos du Maître anonyme, du début, joue un rôle dans l'amour entre deux êtres, dont le sortilège est suspendu... 

Francis Richard

1 - Une note, en bas de la page 42, laisse à penser qu'il y aura au moins 12 volumes de ces aventures...

Loin de Salonique, François Sureau, 160 pages, Gallimard

Livres de l'auteur, chez le même éditeur, précédemment chroniqués:

Sans la liberté (2019)

L'or du temps (2020):

- Livre I, Des origines à Draveil

- Livre II, Mystiques parisiennes

- Livre III, Mes cercles dérangés

Ma vie avec Apollinaire (2021)

Les aventures de Thomas More:

Les enfants perdus (2025)


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