"Essayez, si vous le pouvez, d'arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière", disait Jacques Rigaut, l'écrivain qui a inspiré le personnage d'Alain dans Le feu follet, de Drieu la Rochelle.
Ce livre est un roman. Pour être précis, une autofiction. Car l'homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière est une personne bien réelle.
Au fil du récit, Charlotte Monnier donne des indices qui permettent de l'identifier:
- Cette lettre d'amour et d'adieu est dédiée à F.D., dont le père était algérien.
- Il était père de quatre enfants, la petite dernière ayant dix-sept ans.
- Il était divorcé.
- Il animait une émission de grande écoute de la radio nationale.
- Il avait connu beaucoup de femmes avant elle.
- Il était beau.
- Il était parlementaire, membre d'un parti de droite.
- Il avait vingt ans de plus qu'elle.
- Il s'est donné la mort le 25 janvier 2025, à cinquante-quatre ans, par pendaison.
C'est bien une lettre d'amour et d'adieu que l'auteure a écrite. Ainsi confesse-t-elle:
Je vais vendre des milliers de livres sur ton nom et en ton nom, mon amour. Pour que ceux qui avaient la même image que j'avais de toi changent d'avis comme je l'ai fait.
[...]
Je souhaite aussi que ce livre rende hommage à ton courage et à ta combativité parce que je t'ai vu essayer de toutes tes forces de ne pas fracasser le coeur de ceux qui t'aiment d'un amour fou à lier.
[...]
Tu as un talent fou pour choisir ceux qui t'aiment.
Leurs amours ont duré une année, une ultime année pour lui. Elles ont commencé lors d'un séjour au ski. Plus tard, ils sont partis tous deux aux Maldives, un mauvais plan. Au cours de ce séjour, il lui dit:
- Ce n'est pas avec moi que tu vieilliras. Tu te trouveras quelqu'un de bien plus heureux. Moi je serai parti. Je vais partir. Je veux mourir. Je te demande pardon.
De ce départ, elle essaie, en vain de le dissuader:
- Mon amour, je t'en supplie, je ne veux pas que tu partes, je t'aime et tu le sais, regarde-moi bien dans les yeux. Je t'aime comme je n'avais jamais aimé avant, et tes enfants aussi t'aiment, à leur façon qui est condamnée à évoluer vers du mieux. On a besoin de son père, toujours.
Le roman de cette croyante s'achève par ces mots qu'elle lui adresse:
Je t'ai fait la promesse de ton vivant que ton suicide, je te le pardonnerai. Pour le reste, nous en reparlerons là-haut.
Francis Richard
Essayez, si vous le pouvez, d'arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière, Charlotte Monnier, 120 pages, Bernard Campiche Editeur
