Certes, la démonstration est effectuée chez le poisson, mais les résultats sont clairs : l’exposition prolongée aux pesticides accélère le vieillissement et réduit la durée de vie. L’équipe de biologistes de l’University of Notre Dame (Indiana) qui publie ses données dans la revue Science, alerte, une nouvelle fois, sur ces implications importantes pour la santé humaine et… les réglementations environnementales.
La recherche, centrée sur l’exposition chronique à l’insecticide chlorpyrifos, à des concentrations trop faibles pour provoquer une toxicité immédiate, confirme que cette exposition faible, mais de longue durée, accélère le vieillissement cellulaire.
L’étude débute par des analyses de terrain en Chine et l’examen de milliers de poissons prélevés pendant plusieurs années dans des lacs présentant différents niveaux de contamination aux pesticides. Ces premières analyses constatent que :
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les poissons vivant dans les lacs contaminés ne dépassent pas un certain âge,
- tandis que les populations des lacs relativement non contaminés comptaient de nombreux poissons âgés ;
- en d’autres termes, les poissons ne présentent pas d’incapacité à se reproduire, mais plutôt une mortalité précoce ;
- la longueur des télomères et le dépôt de lipofuscine dans le foie des poissons -des marqueurs biologiques du vieillissement bien établis- montrent que les poissons du même âge chronologique vieillissent plus vite dans les lacs contaminés que dans les lacs non contaminés ;
- l’insecticide est retrouvé dans les tissus des poissons et systématiquement associé aux signes de vieillissement ;
- ces effets incluent le raccourcissement des télomères et le dépôt de lipofuscine, l’accumulation de « déchets » tels que des protéines vieillissantes et des métaux dans les cellules à longue durée de vie ;
- les expériences de laboratoire confirment enfin qu’une exposition chronique à de faibles doses à l’insecticide entraîne un raccourcissement progressif des télomères, un vieillissement cellulaire accéléré et une réduction de la survie, en particulier chez les poissons déjà contaminés et déjà physiologiquement plus âgés ;
- des expériences similaires montrent qu’une exposition de courte durée à des doses beaucoup plus élevées entraîne une toxicité rapide et la mort, sans pour autant accélérer le vieillissement par raccourcissement des télomères ni augmentation de la lipofuscine : c’est donc plutôt le cumul à long terme d’une exposition à de très faibles concentrations et non de brèves expositions à des doses élevées, qui semble responsable du vieillissement observé.
En conclusion, les résultats de laboratoire correspondent étroitement aux observations de terrain.
Ces effets sur la longévité soulèvent des inquiétudes plus générales, car la biologie des télomères et les mécanismes du vieillissement sont hautement conservés chez les vertébrés, y compris chez l’Homme.
Si le pesticide pris en compte dans l’étude est interdit aujourd’hui dans l’Union européenne, les effets du vieillissement observés dans cette étude pourraient s’appliquer à d’autres expositions toxiques.
En synthèse, ces résultats remettent en question l’idée selon laquelle les produits chimiques sont sans danger s’ils ne causent pas de dommages immédiats. Une vision à long terme s’impose.
Source: Science 15 Jan, 2026 DOI: 10.1126/science.ady4727 Chronic low-dose exposure to chlorpyrifos reduces lifespan in a wild fish by accelerating aging
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