Impossible de traverser un carnaval suisse sans tomber nez à nez avec une guggenmusik. Le son est brut, presque agressif, mais c’est justement ça qui attire. Une masse de cuivres, de tambours, des costumes improbables… et surtout une énergie qui ne ressemble à rien d’autre.
À l’origine, ces groupes n’avaient rien de “musical” au sens classique. Du côté de Lucerne, au XIXe siècle, on jouait volontairement faux pour faire du bruit et chasser l’hiver. Aujourd’hui, le principe est resté, mais avec beaucoup plus de maîtrise. Le chaos est devenu… organisé.
Dans toute la Suisse, on recense plusieurs centaines de guggenmusiken. Certaines sont petites et locales, d’autres rassemblent des dizaines de musiciens avec une vraie mise en scène. Pendant le Carnaval de Lucerne ou le mythique Fasnacht de Bâle, ce sont des dizaines de groupes qui enchaînent, souvent jusqu’au bout de la nuit.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la musique. C’est l’ambiance globale. Chaque groupe arrive avec son identité visuelle : costumes faits maison, masques parfois dérangeants, souvent drôles, toujours marquants. Il y a une vraie liberté créative, presque une compétition informelle pour se démarquer.
Côté son, on est loin d’une fanfare classique. Les morceaux sont souvent des hits connus, complètement revisités. Les rythmes sont lourds, les cuivres saturés, les tempos parfois cassés. Le résultat est volontairement excessif. Ce n’est pas propre, mais c’est puissant. Et surtout, ça fonctionne.
Avec le temps, certaines guggenmusiken ont monté leur niveau. Les répétitions sont sérieuses, les arrangements plus travaillés, et la coordination devient presque chorégraphiée. Mais l’esprit reste intact : ne pas se prendre trop au sérieux.
Ce qui explique aussi leur succès, c’est leur côté accessible. Pas besoin d’être musicien professionnel. Beaucoup apprennent sur le tas, rejoignent des amis, un quartier, une tradition familiale. On y entre souvent pour l’ambiance, et on reste pour le groupe.
Dans des villes comme Bâle ou Zurich, la guggenmusik fait partie du paysage culturel. C’est un rendez-vous attendu, presque un rituel. Les rues se remplissent, les gens suivent les groupes, et pendant quelques jours, tout tourne autour de ça.
Au fond, la guggenmusik, ce n’est pas juste du bruit. C’est une manière très suisse de mélanger tradition, dérision et collectif. Un moment où les règles habituelles sautent, où tout devient un peu plus libre.
Et même si ça paraît désordonné au premier abord, il y a derrière chaque groupe une vraie organisation, beaucoup d’heures de préparation… et surtout une envie commune : faire vibrer la foule, coûte que coûte.
Guggen vu par les « Vincent » sur 52 minutes RTS
Humour bien Suisse
