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Pesticides et cancer : non, « chaque substance est sous le seuil autorisé » n’est pas une garantie de sécurité

Publié le 01 avril 2026 par Neomaniacs @nonsansdeconner

Ça circule partout depuis ce matin : « les pesticides sont évalués un par un, tous sous les seuils autorisés, donc sans danger ». Une étude publiée ce 1er avril dans Nature Health vient de démolir cet argument molécule par molécule.


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Le lien entre exposition aux pesticides et cancers établi par des chercheurs français et péruviens Une étude publiée dans Nature Health révèle un lien solide entre l’exposition aux mélanges de pesticides agricoles et le risque d’apparition de cancers, même quand aucune substance n’est classée cancérogène avérée par l’OMS. 1 avr. 2026
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La réalité

L’argument est vieux comme le lobbying agrochimique : chaque pesticide est évalué individuellement, chacun passe sous les seuils réglementaires, donc l’ensemble est sans danger. Cette logique a un nom : elle s’appelle l’évaluation substance par substance. Et elle a une faille : l’effet cocktail.

L’étude publiée le 1er avril 2026 dans Nature Health par des chercheurs de l’IRD, de l’Institut Pasteur, de l’Université de Toulouse et de l’Instituto Nacional de Enfermedades Neoplásicas du Pérou est la première à quantifier ce risque à l’échelle nationale, en conditions réelles d’exposition.

31 pesticides, aucun cancérogène avéré, et pourtant…

Les chercheurs ont modélisé la dispersion de 31 pesticides dans l’environnement péruvien sur six ans (2014–2019), à haute résolution spatiale. Aucun de ces 31 produits n’est classé cancérogène avéré pour l’être humain par l’OMS. Autrement dit : pris un à un, aucun ne déclenche d’alerte.

Ils ont ensuite croisé cette carte avec les données de plus de 150 000 patients diagnostiqués entre 2007 et 2020. Résultat : dans les zones à haute exposition aux mélanges de pesticides, le risque de développer un cancer est en moyenne 150 % plus élevé, voire deux à huit fois plus élevé dans certains territoires.

L’effet cocktail : le borgne au pays des aveugles

Ce que l’étude met en lumière, c’est l’échec structurel des méthodes d’évaluation actuelles. Les réglementations, en Europe comme ailleurs, fixent des seuils pour chaque molécule prise isolément. Mais les populations ne sont jamais exposées à un seul pesticide. Elles baignent dans des mélanges complexes, dont les interactions peuvent amplifier les effets nocifs bien au-delà de ce que chaque substance produirait seule.

Les analyses moléculaires menées à l’Institut Pasteur sur des échantillons péruviens montrent que ces pesticides perturbent les mécanismes qui maintiennent l’identité et le fonctionnement normal des cellules. Ces altérations apparaissent avant le développement du cancer — effets précoces, cumulatifs, silencieux. Le foie, sentinelle de l’exposition environnementale, est particulièrement touché.

Et en France ?

L’étude a été menée au Pérou, pour des raisons méthodologiques : grande diversité de climats, agriculture intensive dans certaines régions, bonne disponibilité des données. Mais les auteurs sont explicites : leurs conclusions s’appliquent aussi en France, où l’effet cocktail n’est pas suffisamment pris en compte dans les évaluations réglementaires.

Des études françaises précédentes pointaient déjà dans cette direction : en 2025, une méta-analyse avait conclu à une augmentation du risque de 70 % chez les professionnels les plus exposés aux phénoxy-herbicides. Le cancer du pancréas progresse en France deux à trois fois plus vite que dans d’autres pays, sans que les facteurs de risque classiques (tabac, obésité) suffisent à l’expliquer.

Ce que cette étude dit, clairement : l’argument « chaque substance est sous le seuil, donc c’est sûr » est scientifiquement dépassé. Les seuils ont été conçus pour des substances isolées, dans des modèles de laboratoire. Le monde réel fonctionne en mélanges.

C’est la première fois que l’on peut relier, à l’échelle nationale, l’exposition aux pesticides et des perturbations biologiques suggérant un risque accru de cancer. — Stéphane Bertani, directeur de recherche IRD/Université de Toulouse

Sources


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