Le plafond défile. Les néons m'agressent avec l'acharnement d'un écrivain raté: toujours trop, jamais bien. C'est peut-être ça la fameuse lumière au bout du tunnel - version hôpital public.
Élodie Perrelet met tout de suite le lecteur dans l'ambiance. Il n'est pas au bout de sa peine... pour elle. Car ce qu'elle a vécu, c'est l'enfer, qui comporte ici trois niveaux.
Son récit commence ainsi par l'hôpital public, le tumulte. Il se poursuit par la clinique privée, le silence. Il se termine par une clinique du juste milieu, où elle respire mieux.
Que lui est-il arrivé? Petit à petit, le lecteur l'apprend. D'abord par des indices comme l'administration d'une substance, un calmant ou un anesthésiant, et les médicaments.
Puis l'adjectif qui explicite le titre, où le verbe sombrer prend tout son sens: l'hôpital du début où elle s'est trouvée est psychiatrique. Le temps n'y est pas le même que dehors.
Enfin le diagnostic qui lui a été porté: Je me demande si je suis vraiment bipolaire. Le mot tourne dans ma tête comme une chanson idiote. Deux pôles, deux faces, deux moi:
Peut-être que je suis juste trop humaine.
Dans son récit, sa mère joue un grand rôle. Élodie pense à elle, demande souvent à la voir. N'appelle-ton pas sa mère quand on croit être, ou que l'on est, en fin de vie?
À l'hôpital, sa mère finit donc par lui rendre visite. Elle se veut apaisante, mais tout ce qu'elle peut lui dire l'agace. Pourtant sa mère vient désormais la voir tous les jours.
Quand on lui annonce, un matin, qu'elle est prête à sortir et qu'elle ne le sent pas, sa mère est là pour l'encourager, et sa voix est un ancrage dans un monde qui vacillait.
Ce retour chez elle, au huitième étage d'un immeuble, l'éteint: Ma mère, ce radar affectif calibré pour repérer mes effondrements finit par capter l'ampleur du désastre.
Pour la sauver, sa mère, dont l'amour maternel est démesuré, lui offre alors, pour la requinquer, un séjour dans une clinique de luxe, ce qu'elle accepte, avec résignation chic.
Toute bonne chose a une fin, et le porte-monnaie de sa mère aussi. Après avoir craquée et s'être réparée en compagnie de deux autres jeunes femmes, elle rentre au 8e étage.
Le jour de ses quarante ans, elle se rend compte que toutes ses années n'ont été supportables que grâce à sa mère. Toutes deux font alors une escapade en Franche-Comté.
Élodie rechute. Elle se retrouve à l'hôpital. Sa mère ne l'abandonne pas, ne lui reproche rien. Elle est là. Encore et toujours. Cette fois le retour est le bon. Elle part, seule, loin.
Au bord d'une route indonésienne, dans le silence, elle comprend que tout ce qu'elle a vécu n'aura pas été vain: Une pensée simple se lève avec le jour: je suis libre, j'existe.
Le lecteur, rasséréné, convaincu avec l'auteure que tout a tenu ensemble, et que cela peut durer, se remémore quelques piques, qui la dépeignent, relevées au fil de sa lecture...
Francis Richard
Rire ou sombrer - Ce que la brume sait de moi, Élodie Perrelet, 112 pages, BSN Press
