Systématiquement, ça me fait de la peine.
Systématiquement, j’éteins la radio dès les premières notes des prévisions météo.
Ça ne m’intéresse pas.
Est-ce qu’il va faire froid, est-ce qu’il va faire chaud ?
Quand il fait beau, on nous annonce la pluie.
Quand il pleut, on dit qu’il pleut.
Alors, je ne me fais pas de mouron.
Permanente envie de tout savoir, de tout prévoir,
comme si nous étions des êtres doués de sens,
recroquevillés dans notre peur congénitale.
Agenouillés devant la peur de crever.
Nous devenons des monstres assoiffés de sang.
Parce qu’il s’agit de survivre.
Et en survivant, on surtue.
On surtue
et surtout, on accable les poltrons.
Aujourd’hui, le ciel est bleu.
Je le constate.
Mais je ne peux m’empêcher de penser aux bombes.
Qui, ailleurs sur cette planète,
tombent sur les têtes —
des enfants, des femmes.
Je ne peux m’empêcher de penser
à la satisfaction béate
de ceux qui appuient sur le bouton,
sur la gâchette,
en sachant pertinemment
qu’ils vont faire des dégâts collatéraux.
Et si le but était justement celui-là ?
Propager la peur.
La terreur.
Faire du mal.
Et si l’objectif ultime
des êtres militaires et politiques
était cela :
faire du mal,
par une quête incessante
de plaisir sadique ?
Et si ceux qui nous gouvernent
ne cherchaient en fait
qu’à nous opprimer ?
Le fort a besoin du faible
pour se sentir fort.
En ce printemps 2026,
petit à petit,
s’esquisse devant moi une ligne frêle, fragile,
avec une flèche au bout,
qui se rapetisse au fil des jours.
Tous les bonheurs que j’ai pu ressentir,
toutes les douleurs que j’ai pu avoir,
sont canalisés vers cet entonnoir
et perdent de leur vigueur,
de leur pertinence.
La chair devient flasque.
Les gestes s’affadissent.
La mémoire se désarticule.
La parole se fait creuse.
Le désir romantique d’exister,
de croire,
s’effiloche.
Tant de friabilité.
Comment ai-je pu être si naïf ?
Les grands principes éclatent
tel un ballon surgonflé
à la lumière du soleil.
Les fleurs autrefois si belles
se fanent.
En explosant
d’un rire désespéré.
La panique est palpable.
On veut se jeter à l’eau
en se disant que c’est la seule solution.
Au moins là,
on sera mouillé.
On a peur d’avoir mal.
De souffrir.
Alors on ne rêve que d’une chose :
s’endormir
et ne plus se réveiller.
Tranquillement.
Systématiquement.