Francesca Albanese est la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés. En mars 2026, elle a publié un rapport officiel documentant l’usage systématique de la torture par Israël. La France avait exigé sa démission sur la base d’une vidéo manipulée à l’IA. Elle n’a pas démissionné. Elle n’a pas été exclue. Elle est toujours en poste.

INFO
Qui est Francesca Albanese
Juriste italienne de 48 ans, Francesca Albanese a été nommée rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés en 2022 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Son mandat a été renouvelé en avril 2025 malgré de vives pressions pour qu’il ne le soit pas. Elle est interdite d’entrée en Israël et dans les territoires palestiniens depuis février 2024.
Les rapporteurs spéciaux de l’ONU sont des experts indépendants : ils ne parlent pas au nom des Nations Unies, ne reçoivent pas de salaire de l’organisation, et ne peuvent pas être révoqués par un État membre. Leur mandat est délivré et renouvelé par le Conseil des droits de l’homme, composé de 47 États membres.
Le rapport « Torture et génocide » (mars 2026)
Le 21 mars 2026 à Genève, Albanese a présenté devant le Conseil des droits de l’homme son rapport A/HRC/61/71, intitulé Torture and Genocide. Le rapport est fondé sur plus de 300 témoignages, corroborés par des avocats, documentant ce qu’il décrit comme un usage systématique de la torture contre des détenus palestiniens depuis le 7 octobre 2023 : sévices physiques graves dans les lieux de détention, violences sexuelles, pratiques répertoriées sous des appellations spécifiques attribuées aux méthodes d’interrogatoire israéliennes, ainsi que des actes commis hors détention formelle. Le rapport qualifie ces pratiques de « caractéristique structurelle » d’un génocide en cours.
Ce rapport est une publication officielle de l’ONU, accessible en intégralité sur le site de l’OHCHR. Il a été contesté par Israël, qui l’a rejeté en dénonçant un « agenda haineux », et critiqué sur le plan méthodologique par plusieurs gouvernements occidentaux et par des ONG pro-israéliennes, notamment UN Watch, qui conteste l’élargissement de la définition juridique de la torture utilisée dans le texte. À l’inverse, des organisations comme Amnesty International ont soutenu le mandat d’Albanese et demandé aux gouvernements européens de retirer leurs demandes de démission.
La demande de démission française — et le recul
Le 11 février 2026, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a publiquement exigé la démission de Francesca Albanese, accusée d’avoir visé Israël comme « ennemi commun de l’humanité » lors d’un forum Al Jazee ra à Doha. La France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la République tchèque ont suivi. Une cinquantaine de députés français avaient préalablement signé une lettre demandant sa déchéance immédiate.
Problème : la vidéo utilisée pour étayer ces accusations a été reconnu comme manipulée à l’intelligence artificielle. Une enquête d’Euronews publiée le 25 février 2026 a établi que la version diffusée par l’ONG UN Watch avait modifié la voix d’Albanese pour lui faire dire qu’elle visait Israël en tant qu’État. L’enregistrement original était différent : Albanese visait « le système qui a permis le génocide » — capitaux financiers, algorithmes et armes — et non Israël comme nation ou peuple. Amnesty International a demandé aux gouvernements européens de s’excuser publiquement.
Fin février 2026, réunie à Genève pour la 61e session du Conseil des droits de l’homme, la France n’a finalement pas porté de demande formelle de démission devant l’assemblée. La représentante française s’est contentée d’évoquer des « déclarations problématiques ». Barrot a maintenu ses critiques verbalement, mais sans traduction en demande officielle.
Elle n’a pas été exclue de l’ONU
C’est le point factuel à retenir : Francesca Albanese n’a pas été exclue des Nations Unies. Elle n’a pas démissionné. Elle a déclaré conserver « la confiance du Conseil des droits de l’homme », et son mandat reste en vigueur. La France a reculé sans obtenir ce qu’elle avait publiquement annoncé. L’information selon laquelle elle aurait été exclue ou écartée est donc inexacte.
Le contexte plus large
Depuis sa nomination, Albanese a publié plusieurs rapports documentant ce qu’elle qualifie de génocide à Gaza, d’apartheid colonial et de système d’occupation illégale. Ces rapports ont été contestés par Israël et ses alliés occidentaux, qui lui reprochent un manque de neutralité et des comparaisons jugées inadéquates. Ses détracteurs — notamment UN Watch — critiquent régulièrement ses méthodes et ses formulations. Ses soutiens, dont Amnesty International, HRW et de nombreux juristes internationaux, considèrent au contraire qu’elle documente des violations réelles avec rigueur.
Le 30 mars 2026, le Parlement israélien a adopté une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des actes terroristes, un texte dénoncé par des associations de droits humains comme ciblant exclusivement les Palestiniens. Le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a célébré l’adoption du texte devant des caméras.
Sur le plan des chiffres du conflit, selon Le Temps citant des données ONU : plus de 72 000 victimes côté palestinien à Gaza depuis le 7 octobre 2023 (contre environ 2 300 côté israélien, dont 927 soldats). Ces chiffres sont documentés mais font l’objet de contestations méthodologiques de la part d’Israël. La qualification juridique du conflit (génocide, crime de guerre, crime contre l’humanité) reste un sujet de débat actif dans la communauté internationale et devant les juridictions internationales.
Sources
- OHCHR — Rapport A/HRC/61/71 « Torture and Genocide » (mars 2026)
- Euronews — Albanese dit qu’elle ne démissionnera pas (février 2026)
- Amnesty International — Les États européens doivent rétracter leurs attaques contre Albanese (février 2026)
- Franceinfo — La France réclame la démission d’Albanese (11 février 2026)
- Le Temps — Albanese évoque son rapport sur la torture en Palestine (1er avril 2026)
