Il y a un peu plus de cinquante ans, j'obtenais enfin mon diplôme de moniteur de ski français, à l'issue d'un stage de formation de quatre semaines à Chamonix. Entre le diplôme d’auxiliaire et le national j’avais dépensé 2 100 Francs. Aujourd’hui, le coût global est entre 15 000 € et 25 000 € sur l'ensemble du cursus (qui dure en moyenne 4 à 6 ans). Depuis, la formation des moniteurs au sein de l'École nationale de ski et d'alpinisme (ENSA) a connu une profonde transformation, passant du statut d'artisanat montagnard traditionnel à celui de profession hautement qualifiée en éducation sportive. D'abord, le bagage scolaire et les exigences ont considérablement évolué.
Dans les années 1970, la formation était accessible à des candidats ne justifiant que d'un niveau d'instruction primaire. Le diplôme de plus haut niveau était alors une validation de maîtrise technique. Bon nombre de moniteurs étaient des « gens du pays » — agriculteurs, employés de commerce ou artisans durant les mois d'été — pour qui le ski constituait un savoir-faire inné plutôt que le fruit d'une formation encadrée.
Aujourd'hui, bien qu'aucun diplôme universitaire ne soit requis pour s'inscrire, la complexité des examens théoriques (anatomie, physiologie, théorie du ski et aspects juridiques de la profession) exige un niveau de compréhension équivalent, au minimum, à celui du baccalauréat. Le cursus est désormais intégré au système LMD (Licence-Master-Doctorat) en termes de crédits de formation, reflétant ainsi la sophistication croissante de la profession. Vient ensuite la maîtrise des langues étrangères. Dans les années 1970, les compétences linguistiques étaient, au mieux, rudimentaires et souvent limitées à quelques phrases clés utilisées pour mener un cours (telles que l’expression comique « Pliez les genoux », « Suivez-moi » ou « Ça fera 50 euros ! »). L'enseignement était essentiellement visuel et reposait sur l'imitation. Aujourd'hui, la connaissance et la maîtrise d'une langue étrangère sont devenues un élément clé de la profession.
L'examen final (comprenant l'« Eurotest » et un test spécifique de compétence linguistique) exige une vraie maîtrise. Compte tenu de l'internationalisation de la clientèle, le moniteur doit souvent jongler entre l'anglais (qui est obligatoire) et, fréquemment, une seconde langue comme le néerlandais ou le portugais — afin d'expliquer des concepts techniques complexes et d'assurer la sécurité.
Viennent ensuite ce que j'ai toujours considéré comme une lacune majeure du cursus français, les compétences techniques et pédagogiques. À mon époque, l'accent était principalement mis sur le « schuss » et le virage « Christiania ». L'approche pédagogique était directive et standardisée : le moniteur faisait la démonstration, et l'élève reproduisait le geste. On brossait sur la sécurité, c’est tout.
Aujourd'hui, l'avènement des skis paraboliques a révolutionné l'enseignement, en mettant davantage l'accent sur les virages coupés (carving) plutôt que sur les virages dérapés (un « dérapage » très discutable!) Sur le plan pédagogique, on a désormais recours à une methode par laquelle le moniteur s'adapte à la psychologie de l'élève, à son niveau d'énergie et à ses objectifs personnels. De plus, les moniteurs d'aujourd'hui sont, en plus du ski alpin, formés au snowboard, au télémark, au ski de fond et au ski adapté.
Enfin, la sécurité est désormais prise au serieux. Si dans les années 70 la connaissance du milieu montagnard était empirique, transmise par les « vieux », le ski hors-piste n’était guère réglementé et les outils de secours (comme les détecteurs de victimes d'avalanches) étaient rares, aujourd'hui la formation du moniteur intègre des cours approfondis en nivologie, en météorologie et en gestion du risque d'avalanche. L'utilisation adéquate des détecteurs de victimes d'avalanches (DVA), des sondes et des pelles fait l'objet d'un examen rigoureux.
Ainsi, comme vous pouvez le constater, c'est un véritable bond en avant en matière de compétences qui est proposé aux skieurs ayant besoin — ou l'envie — d’aller à l’école de ski !
