Dans ce recueil de poèmes, Eve-Line Berthod invite au voyage sous trois formes:
- Le voyage en groupe, en prenant l'avion: Tarmac
- Le voyage en solitaire, en imaginant: Paréidolies
- Le voyage immobile, en écoutant: Du vent
La première forme, Tarmac, est satirique:
à chaque saison la Meute
entame sa remue
Athènes - Paris - New-Dehli
de jour comme de nuit
La poète est réaliste:
sur le tarmac
ça sent bon
le soufre
le goudron
le pop-corn brûlé
Elle décrit, sans un mot de trop:
c'est la traque du soleil
du rond du scintillant
Autrement dit, brièvement dit:
courir le monde
sans se fouler
laver ses mains
sans se mouiller
mourir d'amour
sans se blesser
À bord:
tango
des tablettes
des plateaux
bouches ouvertes
À l'escale:
moquette grise
murs gris
porte grise
comme la fatigue
qu'on traîne en soi
ouvrir la porte
baisser la garde
faire rouler son corps
dans de grands draps blancs
La deuxième forme, Paréidolies1, fait appel à la technique:
tu choisis ton ciel
faites la pluie - tapez 1
le beau temps - tapez 2
à qui appartiennent les nuages?
il pleut quand tu veux
gris où tu veux
orageux puisque tu veux
Et à la comptine:
un avion
sur l'azur
qui picore du ciel mûr
picoti
picota
lève la queue
et puis s'en va
La troisième forme, Du vent, est sonore:
le vent
fait claquer
le haut
le bas
cymbales
jusqu'à
étourdissement
Ce qui n'exclut pas le clin d'oeil2:
vienne la nuit
sonne l'heure
l'astre n'est plus
je demeure
dans le ciel
sillons blancs
l'astre n'est plus
vive le vent
Non plus que le chant:
j'ai chanté
et ma bouche a baîllé
des bruits blancs
Francis Richard
1 - Paréidolie: Tendance naturelle à voir des formes familières (un visage, un animal, par exemple) dans des images vagues ou ambiguës (nuages, rochers, taches d'encre, etc.) Larousse
2 - Référence au Pont Mirabeau de Guillaume Appolinaire.
Tarmac, Eve-Line Berthod, 112 pages, Bernard Campiche Editeur
