Ce n’est pas que je sois nostalgique, mais j’ai le sentiment que par le passé — quand j’étais jeune — la vie semblait simple et facile, alors qu’aujourd’hui, notre réalité s’est transformée en une existence compliquée et difficile. Est-ce parce que nous sommes confrontés à trop de choix, que nous subissons la pression du temps, que nous sommes victimes de la peur de manquer quelque chose (FOMO), ou pour autre chose ?
Je suis presque sûr de ne pas être le seul à ressentir ça, comme semblent le confirmer mes discussions avec de nombreuses personnes ainsi que diverses études sociologiques. La vie est objectivement plus complexe qu’elle ne l’était il y a cinquante ans. Bien qu’une pointe de nostalgie puisse teinter ce point de vue, celui-ci repose sur plusieurs évolutions psychologiques et sociologiques mesurables. Tout d’abord, il y a ce que l’on appelle le « paradoxe du choix ».
Autrefois, si je voulais acheter une paire de chaussures de ski, je me rendais dans un magasin spécialisé et je choisissais parmi, peut-être, trois marques. Aujourd’hui, il existe 15 marques, 100 modèles et des milliers d’avis en ligne à consulter. Avoir trop d’options ne nous rend pas plus libres ; cela nous paralyse. Nous passons plus de temps à « optimiser » notre décision qu’à profiter du résultat, ce qui engendre une « fatigue décisionnelle ».
De surcroît, nous sommes devenus les prisonniers de la connectivité. Hier, lorsque je quittais mon domicile, j’étais injoignable. La vie comportait des zones de repli naturelles où rien n’était attendu de ma part. Aujourd’hui, nous sommes accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour chacune de nos responsabilités. Entre la gestion des SMS et des courriels, la mise à jour de logiciels et la consultation de notre fil d’actualité, notre espace mental est constamment occupé par divers processus d’arrière-plan.
Nous ne sommes jamais véritablement « hors ligne », ce qui confère à la vie un sentiment de pesanteur. Pour ne rien arranger, la technologie a éliminé les périodes d’« attente » qui, jadis, servaient d’amortisseurs. Par exemple, lorsque j’écrivais une lettre, je devais patienter une semaine avant de recevoir une réponse. Je me rendais à pied à ma banque pour vérifier mon solde ou consulter mes transactions. Tous ces moments m’obligeaient à ralentir ; désormais, tout est instantané. Cette « compression de l’espace-temps » impose un rythme effréné. Nous nous sentons sous pression, non pas parce que nous avons davantage de choses à faire, mais parce que l’on attend de nous que nous les fassions sur-le-champ. Il existe une différence subtile, mais vitale, entre complexité et complication. Une horloge est compliquée, mais c'est un système clos : si un engrenage tourne, un autre suit. La vie moderne, elle, est plus complexe. Elle est interconnectée. Un conflit survenant dans un autre hémisphère peut modifier le prix de l'énergie utilisée pour chauffer notre maison ou recharger notre perceuse.
Tout est lié à tout le reste d'une manière qui semble imprévisible et, par conséquent, difficile à maîtriser. Certes, on pourrait soutenir que la vie était « plus simple » par le passé, car nous étions moins impliqués dans un nombre plus restreint de choses. Nous acceptions ce que disait le médecin du quartier, ce qu'imprimait le journal local et ce qui était disponible au magasin du coin. Aujourd'hui, nous disposons de plus de pouvoir, de plus d'informations et de bien plus d'options ; mais le « prix à payer » pour ce pouvoir réside dans l'effort constant que demande sa gestion.
Mieux vaut rester en super forme, car nous avons tous beaucoup de pain sur la planche … Bonne chance !
