Dissociation : un phénomène courant, un signal d’alarme quand il se répète
En 2022, une méta-analyse publiée dans Psychological Medicine estimait que des symptômes dissociatifs cliniquement significatifs concernent environ 10 à 15 % des patients suivis en psychiatrie adulte, avec des taux qui dépassent 30 % chez les personnes ayant vécu des violences sexuelles ou physiques dans l’enfance. Dans les services de traumatologie psychique, la dissociation est presque la règle plus que l’exception.
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La dissociation ne se limite pourtant pas aux tableaux spectaculaires de trouble dissociatif de l’identité. Elle va du simple « trou noir » au volant ou dans le métro, jusqu’à la sensation de flotter hors de son corps pendant un viol, une agression ou un accident. Les cliniciens parlent d’un continuum allant de formes bénignes, fréquentes chez tout le monde, à des troubles dissociatifs sévères qui handicapent la vie quotidienne.
La American Psychological Association définit la dissociation comme une déconnexion entre des fonctions psychiques qui, d’habitude, coopèrent sans accroc : mémoire, conscience, perception, émotion, identité. Le psychiatre belge Onno van der Hart et ses collègues ont largement décrit ce mécanisme dans les troubles traumatiques complexes. L’enjeu clinique n’est pas de savoir si quelqu’un dissocie, mais à quel point, dans quelles situations, et avec quelles conséquences sur sa capacité à travailler, à se lier aux autres, à se sentir vivant.
