Ce livre autobiographique commence, comme pour justifier le titre, par un cauchemar que l'auteur fait alors qu'il se trouve, lui et sa famille, à Marrakech, pour un mariage juif. Dans ce cauchemar, il est, parmi huit otages, prisonnier dans un tunnel, un oesophage de béton.
Le lendemain, justement, le samedi 11 octobre 2025, deux ans après le 7 octobre, il apprend que tous les otages seront libérés dans les 48 heures. C'est pour lui la joie, le soulagement. Il doit aller là-bas et demande à son assistante de lui trouver un vol Marrakech-Tel-Aviv.
Au moment de partir, mauvaise nouvelle: Le président Trump doit arriver en Israël, et d'ici là, l'espace aérien est complètement fermé... Il vivra le moment tant attendu devant la télévision et l'écran de son téléphone où les images viennent de son filleul, Noam, qui est sur place.
Le dernier otage rentrera le 26 janvier 2026. Ce jour-là Arthur enlèvera le ruban jaune qu'il portait: Tous les juifs de la planète l'ont porté au moins une fois. Par pudeur, par fierté, par instinct. Peut-être même sans réfléchir, simplement parce qu'on ne savait plus quoi faire d'autre.
Dans ce livre, où le mot qui résume le mieux son auteur est empathie, celui-ci emmène le lecteur:
- Le 10 juin 2024, à une séance de thérapie de groupe que suivent, à Tel-Aviv, des rescapés du 7 octobre, femmes et hommes: Je quitte la salle lessivé. Eux sortent de l'enfer et continuent à marcher. Moi, j'ai écouté quatre-vingt-dix minutes et je tiens à peine debout.
- Le 2 juillet 2024, à un entretien, à Tel-Aviv, avec une blogueuse israélienne dont le podcast est très suivi: il se passe de manière inattendue et se termine par trente secondes de légèreté, qui, ici, valent de l'or.
- Le 31 mai 2025, à Paris, où, au cours d'une promenade, son filleul et lui voient un jeune homme arracher des images d'otages: Voilà le naufrage des consciences. Quand le bien et le mal se noient dans un slogan.
- Le 13 juin 2025, à Tel-Aviv, où, son séjour avec sa femme et ses deux enfants coïncide avec une attaque massive de missiles iraniens: Pas un missile n'a touché le territoire. Pas un drone n'a percé la frontière
- Le 5 novembre 2025, à Paris, où il rencontre un otage à qui ses tortionnaires ont fait croire que, libéré, il retrouverait sa famille, sachant pertinemment que sa femme et ses filles étaient mortes: en racontant son histoire, cet homme empêche l'oubli, il empêche le mensonge et surtout il empêche l'indifférence.
- Le 6 novembre 2025, à Neuilly, où, devant quatre cents personnes, il raconte Le Bédouin: une femme se lève pour dire que son fils est mort pour essayer de retrouver des otages et que personne ne parle des soldats
- Le 8 octobre 2025, à Paris, à la Librairie Lamartine, où il dédicace Le Bédouin et prend, au contact de l'assistance, la mesure de quelque chose qui [le] dépasse très largement.
- Le 20 septembre 2025, à une tribune1 qu'il signe avec vingt personnalités, du monde artistique, des médias, des affaires, qui devient très vite la liste des 20 génocidaires à boycotter: or un génocide, c'est l'anéantissement d'un peuple parce qu'il existeet employer ce mot à tort, c'est voler leur histoire aux morts.
- Le 8 mars 2025 à Paris, où il est évacué d'un restaurant par ses agents parce que neuf individus étaient venus pas pour parler, pas pour intimider, pour [l'] agresser.
- Le 2 décembre 2025 à Marseille, où il parle devant un amphithéâtre plein pour présenter Le Bédouin: Nous devons rester droits. Lucides. Dire la vérité. Oui nous espérons tous que ce cessez-le-feu ouvre la voie à une paix réelle. Parce qu'à Gaza, il y a un peuple qui souffre. Un peuple otage du Hamas. Qui mérite un avenir. Mais rien ne sera possible sans vérité.
- Le 8 janvier 2026 à Paris, où il apprend qu'en Iran des manifestations sont écrasées dans le sang et constate que, entre autres, les soi-disant humanitaires se taisent: L'Histoire ne se souviendra pas de ceux qui criaient le plus fort, mais de ceux qui se sont tus.
- Le 25 janvier 2026 à Tel-Aviv, où, pour la première fois il parle du Bédouin en Israël: Transmettre, ce n'est pas endoctriner. C'est donner des repères. C'est apprendre que tout ne se vaut pas. Que la vérité n'est pas une opinion. Que la liberté va toujours avec la responsabilité.
- Le 1er décembre 2025 dans un collège juif de la région parisienne: Israël n'existe pas parce qu'il y a eu la Shoah, la Shoah a eu lieu parce qu'Israël n'existait pas.
- Le 14 décembre 2025 à Sydney, à Bondi Beach: Le danger n'est pas demain. Il est déjà installé. Aujourd'hui, on tue des Juifs qui allument une bougie. Demain, la cible changera. Et alors, on dira: Personne n'a vu venir. C'est faux. On a vu. On a entendu. On a laissé faire.
Le livre aurait dû se terminer sur une note pessimiste: La paix est là. Ma colère ne s'éteint pas. Celle de nos ennemis non plus... Mais, le 26 février 2026, les Américains et les Isaéliens attaquent l'Iran:
Si le régime des mollahs tombe, ce ne sera pas seulement une victoire militaire. Ce sera une respiration. Un espace.
Pas une fin. Un possible.
Près de quatre mois plus tard, le régime des mollahs n'est pas tombé, mais il est tout de même affaibli...
Francis Richard
1 - Parue dans Le Figaro Vox du 19 septembre 2025.
Même la nuit ne veut pas de moi, Arthur J. Essebag, 256 pages, Grasset
Livre précédent chez le même éditeur:
