Johnson Matthey Technologies sélectionnées pour le projet emblématique d’eSAF de Phelan Green en Afrique du Sud
AeroMorning – John Smith – 19 juin 2026
Le 16 juin 2026, Phelan Green Hydrogen a annoncé avoir sélectionné Johnson Matthey Catalyst Technologies (JM) afin de fournir les technologies de procédé clés pour son installation prévue de production de carburant aéronautique durable électrosynthétique (eSAF) à Saldanha Bay, dans la province du Cap-Occidental en Afrique du Sud.
Selon le communiqué des entreprises, le projet devrait devenir l’une des premières installations au monde à l’échelle commerciale produisant du carburant aéronautique synthétique entièrement à partir d’électricité renouvelable, d’eau et de dioxyde de carbone capté, via une chaîne intégrée de type Power‑to‑Liquid (PtL).
La construction devrait débuter avant la fin de l’année 2026 dans le cadre du projet plus large Phelan Green Hydrogen, représentant un investissement d’environ 47 milliards de rands sud‑africains (≈ 2,4 milliards d’euros).
Conversion de l’électricité renouvelable, de l’eau et du CO₂ en carburant aéronautique
L’installation utilisera de l’électricité renouvelable pour alimenter des électrolyseurs qui séparent l’eau en hydrogène et en oxygène. L’hydrogène vert ainsi produit constitue la principale matière première du procédé de synthèse du carburant.
La première étape de conversion chimique utilise la technologie propriétaire HyCOgen™ de Johnson Matthey, basée sur la réaction catalytique de Reverse Water‑Gas Shift (RWGS) :
CO₂ + H₂ → CO + H₂O
Dans cette étape, le dioxyde de carbone capté réagit avec l’hydrogène vert pour produire du monoxyde de carbone (CO), tandis que de l’eau est formée comme sous‑produit.
Le monoxyde de carbone est ensuite combiné avec de l’hydrogène supplémentaire afin de produire du gaz de synthèse (syngas), un mélange de CO et de H₂ servant de matière intermédiaire pour la production de carburants synthétiques.
Conversion Fischer‑Tropsch du syngas en pétrole synthétique
Le syngas est ensuite traité à l’aide de la technologie FT CANS™, une technologie Fischer‑Tropsch développée conjointement et détenue en copropriété par Johnson Matthey et bp.
Dans le réacteur Fischer‑Tropsch, le monoxyde de carbone et l’hydrogène sont convertis catalytiquement en hydrocarbures à chaînes plus longues selon la réaction simplifiée suivante :
CO + H₂ → Hydrocarbures + H₂O
Grâce à ce procédé, les atomes de carbone et d’hydrogène s’assemblent en chaînes d’hydrocarbures paraffiniques similaires à celles présentes dans les carburants issus du pétrole conventionnel.
Le produit obtenu est un pétrole brut synthétique composé principalement d’hydrocarbures paraffiniques à longue chaîne et de cires.
Transformation en carburant aéronautique synthétique (SPK) et voie de certification SAF
Le pétrole brut synthétique est ensuite valorisé par des procédés de raffinage, incluant l’hydrocraquage et le fractionnement, afin de produire du kérosène paraffinique synthétique (SPK).
Le SPK est un composant de carburant aéronautique synthétique produit à partir de sources de carbone non fossiles. Dans ce cas, il fait partie d’une filière de production eSAF (electro‑SAF).
Selon les normes de certification des carburants aéronautiques, le composant SAF est d’abord certifié sous ASTM D7566.
Le composant SAF est ensuite mélangé avec du carburant fossile conventionnel Jet A ou Jet A‑1.
Après mélange, le carburant résultant est livré aux avions selon les spécifications ASTM D1655 (spécification des carburants conventionnels), tout en conservant une part certifiée de carburant aéronautique durable.
Autrement dit, le produit final livré aux avions est formellement régi par la norme ASTM D1655, bien qu’il contienne une proportion certifiée de SAF.
Il est important de noter que le contenu SAF n’est pas « perdu » après le mélange. Il est simplement comptabilisé comme une fraction durable au sein d’un pool de carburant standardisé.
Ce cadre de comptabilisation est essentiel au système actuel de décarbonation de l’aviation :
- Les compagnies aériennes peuvent continuer à utiliser les avions existants sans modification (les moteurs actuels ne peuvent fonctionner avec 100% de SAF)
- Les aéroports et infrastructures de distribution de carburant restent inchangés
- Les réductions d’émissions sont obtenues sur une base de cycle de vie plutôt que par séparation physique des carburants
Résumé de la chaîne de procédé
Étape 1 – Production d’hydrogène vert
Électricité renouvelable + Eau → H₂ vert + O₂
Étape 2 – Conversion du CO₂ (HyCOgen™)
CO₂ + H₂ → CO + H₂O
Étape 3 – Formation du syngas
CO + H₂ → Syngas (CO + H₂)
Étape 4 – Synthèse Fischer‑Tropsch (FT CANS™)
CO + H₂ → Hydrocarbures + H₂O
Étape 5 – Valorisation du carburant
Pétrole brut synthétique → Kérosène paraffinique synthétique (SPK) → SAF (via certification ASTM D7566 et mélange)
Étape 6 – Livraison du carburant aviation final
Mélange SAF → carburant Jet A selon ASTM D1655 (carburant certifié contenant une fraction SAF)
Capacité de production et contribution à la demande SAF UE/Royaume‑Uni
Selon l’annonce du 16 juin 2026, la première phase de l’installation de Saldanha Bay devrait produire environ 35 000 tonnes d’eSAF par an.
Ce volume devrait représenter jusqu’à 6 % des besoins en eSAF imposés conjointement par l’Union européenne et le Royaume‑Uni pour 2030.
Une fois l’ensemble des phases du projet achevé, la capacité totale de production devrait atteindre environ 140 000 tonnes d’eSAF par an.
Phase initiale 35 000 tonnes/an
Projet complet 140 000 tonnes/an
Importance stratégique
Comme souligné par Johnson Matthey et Phelan Green Hydrogen dans leur annonce du 16 juin 2026, le projet représente :
- L’une des premières installations de production d’eSAF à l’échelle commerciale dans le monde
- Le premier déploiement de la technologie HyCOgen™ de Johnson Matthey en Afrique
- Une application industrielle à grande échelle de la filière Power‑to‑Liquid
- Une source future significative de carburant aéronautique synthétique pour les marchés européens et britanniques
Le projet intègre la production d’hydrogène vert, la valorisation du dioxyde de carbone et la synthèse Fischer‑Tropsch afin de démontrer la viabilité technique et commerciale de la production de carburant aéronautique synthétique à l’échelle industrielle.
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