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Ranrapalca : une ligne oubliée depuis 46 ans

Publié le 15 juin 2026 par Liliouns @Ski_Libre

Le 28 mai 2026, Fay Manners et Marco Malcangi descendent à ski l’arête sud-ouest du Nevado Ranrapalca, 6 162 mètres, dans la Cordillère Blanche au Pérou. La ligne n’avait pas été skiée. Elle n’avait même pas été tentée. Les conditions glaciaires l’avaient rendue inaccessible pendant plus de quarante ans. Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est que personne ne l’avait planifiée.

Une ligne trouvée par hasard

Fay Manners et Marco Malcangi arrivent au Pérou le 18 mai 2026 sans objectif précis. L’idée était d’explorer la Cordillère Blanche, de comprendre le terrain et de laisser les montagnes dicter la suite. Fay Manners, originaire de Bedford et installée à Chamonix depuis 2015, avait initialement prévu de rester dans les Alpes pour se concentrer sur l’escalade. 

C’est pendant l’approche de Vallunaraju (5 686 m), leur ascension d’acclimatation prévue, qu’une autre ligne capte leur attention. Depuis le camp, ils observpent une ligne descendant le col entre Ranrapalca et Ocshapalca qui s’impose visuellement. Le contraste de terrain est immédiat : une arête aérienne, une pente raide, un glacier en dessous dont personne ne sait vraiment dans quel état il se trouve.

C’est le genre de moment que les guides de montagne connaissent bien. On avait prévu autre chose mais la montagne propose quelque chose de mieux alors on se laisse porter vers un nouvel objectif.

Two mountaineers trek across a steep, snow-covered glacier beside a towering ice wall under a blue sky.

Un sommet vierge de ski depuis 1980

La dernière ascension connue du Ranrapalca (6 162 m) remontait à 1980, par une cordée de quatre alpinistes suisses. Depuis, plus rien, ni ascension, ni tentative de descente à ski. Les conditions glaciaires rendaient la progression sur l’itinéraire dangereuse avec un terrain fortement crevassé, des ponts de neige peu fiables qui permettait une lecture difficile.

Fay Manners avait tenté une approche similaire en 2022, sans succès. En 2026, les conditions semblent différentes. Suffisamment différentes pour que la ligne soit accessible cette fois-ci. C’est probablement là que s’ouvre une question plus large : si des lignes considérées comme fermées depuis quarante ans redeviennent praticables, c’est rarement une bonne nouvelle sur le plan glaciologique, même cela devient soudainement une bonne nouvelle pour une tentative à ski.

L’expédition revient sur le terrain avec du matériel pour plusieurs jours. Une équipe élargie sécurise la progression sur le glacier en bas, pendant que Manners et Malcangi remontent vers le col.

Climber in a pink parka and helmet on a snowy ridge with bright lime-green skis standing upright beside her, rugged mountain scenery behind.

« Acceso Momentáneo » : 900 mètres, 5.1 E3, un titre qui dit tout

La ligne est nommée Acceso Momentáneo, accès momentané. Le nom est précis car ce genre de fenêtre ne dure pas. Les conditions qui rendent un itinéraire possible à une saison donnée peuvent se refermer l’année suivante, pour de bonnes ou mauvaises raisons. 

La descente combine des passages sur arête, le franchissement d’un col entre deux sommets et une section sur glacier. Le tout à plus de 6 000 mètres d’altitude, avec les contraintes physiques que cela implique : mouvements ralentis, prise de décision plus difficile, gestion de l’altitude à chaque instant.

Manners et Malcangi ont effectué leur descente en continue depuis le sommet jusqu’en bas du glacier. Ce détail compte car une descente à ski en haute montagne qui ne force pas à déchausser sur des passages engagés, c’est rarement le cas à ce niveau de difficulté sur un itinéraire vierge.

Fay Manners est une ancienne consultante en données reconvertie dans le monde du professionalisme de l’alpinisme. Ce type de trajectoire atypique devient de moins en moins rare dans le monde du ski de montagne et de l’alpinisme. La compétence analytique, la gestion de l’incertitude, la capacité à lire un terrain inconnu avec méthode, ne sont pas des qualités étrangères aux deux disciplines.

Ce qui est notable dans cette expédition, c’est l’économie de moyens et la sobriété de l’approche. Deux personnes, un objectif apparu par hasard, une ligne ouverte en neuf jours après l’arrivée dans la région. Pas de communication en temps réel, pas de sponsor visible en première ligne, pas d’annonce préalable.

Le ski de haute montagne au sens propre, c’est à dire partir avec des skis dans des endroits où personne ne les a encore emmenés. Ce type de ski se pratique encore ainsi, loin des formats télévisés et des comptes Instagram calculés.

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