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Nanga Parbat : Andrzej Bargiel referme le dernier chapitre pakistanais

Publié le 02 juillet 2026 par Liliouns @Ski_Libre

Le 30 juin 2026, Andrzej Bargiel a signé la première descente intégrale à ski du Nanga Parbat (8 126 m), sans oxygène. Le Polonais devient le premier à avoir skié les cinq 8000 du Pakistan depuis leur point sommital. Derrière cette réalisation, une histoire plus longue mérite le détour : celle d’une montagne qui refusait le ski en continu depuis trente-cinq ans.

Une montagne qui ne se laissait pas skier

Le Nanga Parbat n’est pas un 8000 comme les autres. Les habitants de la vallée le nomment Diamir, le roi des montagnes. Les alpinistes le surnomment plus sobrement la montagne tueuse. Séracs, avalanches, crevasses, et surtout de longues sections rarement enneigées de manière continue. C’est précisément ce dernier point qui a fait échouer toutes les descentes intégrales jusqu’ici.

Hans Kammerlander ouvre le bal en 1990. Sa descente fait date, mais des portions sèches l’empêchent de skier depuis le sommet. En 2019, Tiphaine Dupérier et Boris Langenstein s’attaquent au versant Diamir par la voie Kinshofer. Boris Langenstein atteint le sommet, mais doit redescendre quelques dizaines de mètres à pied avant de pouvoir chausser. La descente intégrale échappe encore, pour une poignée de mètres. Le duo revient ensuite par la face Rupal, la plus haute paroi du monde, et skie la voie Schell. Une première remarquable, mais qui exige trois jours, des rappels et des déchaussages.

Le constat était donc simple. On avait skié sur le Nanga Parbat, beaucoup. On n’avait jamais skié le Nanga Parbat, intégralement, du sommet au camp de base.

La méthode Bargiel : patience et lecture de ligne

Bargiel abordait ici un terrain inconnu. Contrairement à l’Everest, dont l’itinéraire est balisé par des décennies d’expéditions, il devait tout construire : analyse des options, repérage, plan de descente. Il s’est acclimaté sur le Ganalo Peak, un sommet voisin de 6 608 mètres, choisi autant pour l’altitude que pour la vue directe qu’il offre sur les lignes envisageables du versant Diamir.

L’ascension s’est faite par la voie classique du Diamir, avec Janusz Gołąb en compagnon de cordée. Le duo aurait rejoint directement le camp 3 vers 7 000 mètres, sans camp 4, avant une très longue journée sommitale. La descente, elle, s’est déroulée jusqu’au camp de base, sans oxygène, comme toujours chez le Polonais.

« Je n’ai jamais évolué sur le Nanga Parbat auparavant ; nous devons donc appréhender le terrain de zéro, analyser les options d’itinéraire possibles et élaborer un plan d’action détaillé. » déclarait le polonais avant son ascension. Cette réussite intervient à peine un mois après le doublé réalisé par son compatriote Bartek Ziemski sur le Lhotse puis l’Everest. 

Ce Nanga Parbat porte à huit le nombre de 8000 skiés par Bargiel : Shishapangma en 2013, Manaslu en 2014, Broad Peak en 2015, Gasherbrum II la même année, K2 et Gasherbrum I en 2018, Everest en septembre 2025. Le K2 reste sa carte de visite, première descente intégrale en 2018. L’Everest sans oxygène, gravi puis skié, a marqué l’automne dernier. Le Pakistan est désormais un dossier clos. Son projet Hic Sunt Leones, en référence aux terres inexplorées des cartes anciennes, vise sans ambiguïté les quatorze 8000 à ski.

Ce que l’on ne sait pas encore

Restons lucides, comme cette pratique l’exige. À l’heure où ces lignes sont écrites, la ligne exacte de descente n’a pas été communiquée. On ignore si des rappels ont été nécessaires, et donc si le terme de descente intégrale, au sens strict que la discipline lui donne, sera confirmé.

Elles rappellent simplement qu’en très haute altitude, l’histoire s’écrit d’abord au camp de base, par des témoins, avant d’être documentée. Les images viendront, Bargiel ayant l’habitude de soigner ce chapitre.

Conclusion

Il y a quelque chose de cohérent dans ce dénouement. Le Nanga Parbat ne s’est pas rendu à la force, mais à la méthode : acclimatation intelligente, lecture patiente du terrain, style léger. Bargiel skie les 8000 comme on résout un problème, un versant après l’autre.

Reste une question qui dépasse le personnage. Quand les quatorze 8000 auront été skiés, que restera-t-il à inventer en très haute altitude ? Peut-être le comment prendra-t-il définitivement le pas sur le quoi. C’est déjà, au fond, ce que cette descente raconte.

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