Si les conséquences dramatiques pour la santé mentale d’une maltraitance subie durant l’enfance sont bien documentées, cette équipe de psychologues de la Kyoto University (Japon) ouvre un espoir pour les victimes et leurs proches : les expériences positives durant l’enfance peuvent réduire le risque pour la victime de devenir « à son tour » auteur de violence, même en cas de traumatismes précoces. Ces travaux, publiés dans le Journal of Interpersonal Violence, suggèrent le développement d’interventions communautaires de prévention contre la violence intergénérationnelle.
Les expériences d’adversité à l’enfance qui comprennent la maltraitance, la négligence et les dysfonctionnements familiaux sont associées à de nombreux problèmes de santé à l’âge adulte : dépression, démence, violence. Le phénomène de transmission intergénérationnelle des violences est malheureusement bien documenté. De récentes données établissent également un lien entre un nombre élevé d’expériences de l’adversité et un risque accru de perpétrer des maltraitances envers les personnes âgées, ce qui suggère à nouveau un impact durable, voire à vie, de l’adversité à l’enfance.
Les expériences positives de l’enfance qui comprennent des relations de soutien par certains membres de la famille, le sentiment d’appartenance à l’école ou à un groupe d’amis et le « soutien communautaire » sont, a contrario, associées à moins de stress, moins de dépression et une meilleure santé à l’âge adulte.
Cependant, on ignore si ces expériences positives peuvent, en quelque sorte, compenser la maltraitance subie. Cette recherche suggère en effet, qu’un nombre élevé d’expériences positives dans l’enfance, particulièrement d’expériences familiales et communautaires est associé, en particulier, à un risque plus faible de perpétrer à l’âge adulte des maltraitances, notamment envers les personnes âgées.
Ainsi, les relations positives à l’enfance pourraient jouer un rôle de prévention de la violence, et tout particulièrement
dans la prévention de la violence envers les aînés.
L’étude, menée auprès de 13.318 participants, a évalué les expériences positives avant 18 ans évaluées en distinguant celles d’ordre familial et celles d’ordre communautaire, puis les a croisées avec les expériences d’adversité et de maltraitance commises plus tard envers des personnes âgées. L’analyse montre que :
- les expériences adverses de l’enfance augmentent à la fois le risque de maltraitance envers les aînés et la probabilité d’avoir eu peu d’expériences positives ;
- ces 2 dimensions, expériences adverses et expériences positives, interagissent de façon cumulative ;
- plus le nombre d’expériences positives communautaires est élevé, plus le risque de perpétration ultérieure de maltraitance est faible ;
- parmi les participants sans histoire de maltraitance ou d’adversité, ceux présentant le niveau le plus élevé d’expériences positives communautaires présentent le risque le plus faible de commettre des actes de maltraitance envers des personnes âgées ;
- la relation est dose-dépendante dans les 2 sens : moins d’expériences positives = risque plus élevé ; plus d’expériences positives = risque plus faible de commettre des actes de maltraitance ;
- ces résultats confirment que les expériences positives agissent comme un facteur protecteur indépendant contre la violence, et en particulier contre la violence commise plus tard dans la vie et perpétrée envers les aînés.
Quelles implications ? Si la nature transversale de l’étude ne permet pas d’établir de causalité directe entre expériences positives et prévention de la maltraitance, les chercheurs concluent sur l’importance d’apporter un environnement positif et un soutien aux enfants victimes de maltraitance
pour briser le cycle de la violence.
Source: Journal of Interpersonal Violence May 6, 2026 DOI :10.1177/08862605261437087 Positive childhood experiences, adverse childhood experiences, and elder abuse perpetration: a cross-sectional study
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