
— Te voilà enfin
— Je me suis égaré
On a tous un petit coté Ulysse quand on rentre au bercail. Pour que la porte s'ouvre on va raconter une belle histoire avec des enluminures mais à y regarder de prés te souviens-tu de ce que tu as fait pour survivre ou juste dormir au chaud? Combien de mensonges et de ruses? Combien de mains as-tu lâchées? Sur quelles épaules t’es-tu hissé pour garder la tête hors de l’eau? As-tu défendu avec constance tes valeurs contre les valeurs adverses tout autant légitimes? Quelle part de toi as-tu abandonné? L’Elle ou la cuisse?
Je marchais le long d’une de ces nuits désertique noire de monde quelque part entre des montres molles et le cimetière des éléphants rue des Morillons. Le monde des absentes. Je suis tombé sur un dépôt d’ordures. Le tas putride des souvenirs de ce que j’ai eu, de ce que j’ai perdu, de ce que je cherche, de ce que je ne retrouverai jamais. J’ai fait un pas de coté. Une pensée m’a évité la chute. J’ignore qui tu es devenue, j’ignore si tu existes encore mais si je cède, si j’abandonne ta place dans mon cœur, c’est mon âme qui sera au sommet de ce tas d’ordures.
Il y a des livres épuisés, des routes défoncées et des portes condamnées, des mers démontées et des symphonies inachevées pour autant Ulysse rentre à Ithaque. Aucune Calypso ne fera oublier Pénélope. Nulle Pénélope n'effacera Calypso
Ulysse s'égare parfois mais ne se perd jamais!
