Tout ce qui fait le prix de la vie, le doux, le fort, le clair, le profond de cette étrange manifestation : vivre, me semble se dérober à moi... Tu peux imaginer avec quel sentiment pathétique je pense à toi... Je m'éveille trois ou quatre fois la nuit, j'allume, et je te pense... Il me semble que si tu étais là, je t'embrasserais doucement, sans t'éveiller, et que je serais bien, que tu m'endormirais sans le savoir, rien que par l'enchantement du calme de ton rythme de souffle qui me gagnerait, qui s'imposerait mystérieusement...
Mais non... Je crois que je ne pourrais pas ne pas t'éveiller.
Paul Valéry, lettre à Jeanne Loviton, dite Jean Voilier.
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