Je ne vois plus qu’un soupir

Publié le 26 juillet 2026 par Paulo Lobo



Rien ne me fait plaisir. 

J'ai atteint un âge où normalement je suis censé être sage.

Eh bien, je vous le donne en plein dans le mille: effectivement, je suis très sage.

Mais cela n’est aucunement une qualité.

Car j’ai toujours été sage. 

Je pense que la sagesse constitue l'un des termes les plus éloquents pour expliquer mon parcours personnel. 

J’ai vécu un imaginaire nourri d'innombrables films et œuvres littéraires.

J’ai assumé pleinement le statut d'être passif, consommant les aventures des autres, me projetant en permanence dans un univers de fiction et ne déployant aucun effort pour faire passer le rêve dans ma vraie vie. 

C'est là, je pense, le drame de mon existence.

Cependant, il est trop tard pour avoir des regrets. 

C’est comme ça, les choses ne se sont pas passées comme je l'aurais voulu. 

Mais sans doute, ce n'est pas grave, parce qu'au final, ce qui m'attend et ce qui attend tout le monde, c'est la mort. 

L'effacement total de tout ce que j'ai été et de tout ce que j'ai désiré.

Le monde continuera de tourner sans moi.

Il tournera et se dégradera, et je ne serai plus là pour assister à son anéantissement.

Car, ce que je peux dire du haut de mes 62 ans, c’est que les choses s'aggravent. 

J’aime bien désormais l’engagement entêté de Greta.

La planète brûle. La planète se noie dans des inondations et dans des typhons de tous azimuts. 

La planète se fissure sous le coup des tremblements impromptus et iconoclastes.

Des décideurs de ce monde ont bien compris que s'ils désirent avoir une place au soleil, il faut qu'ils mettent un maximum de gens à l'ombre. 

Et eux, ils se hisseront sur les étages très au-dessus de la misère du plus grand nombre. 

Ne venez pas me faire croire qu'ils œuvrent pour le bonheur de tous. C’est proprement ridicule comme pensée. 

Les êtres humains sont devenus des fourmis. Qu'on écrase.Et qui ne comptent pour rien. Pour personne. 

La chance est réservée à ceux qui ont un bon capital de départ. 

Tous les autres filent droit dans le trou.

Alors parfois je me dis, tais-toi. Adopte le silence comme posture philosophique, contemple les choses et prends de la distance, prends du recul. 

Mais même dans la rue, je n'ai plus cette sérénité qui m'habitait quand je prenais en photo mes camarades embarqués avec moi sur cette galère. 

Là, je suis happé par ma propre condition de personne vieillissante. Le futur se rétrécit de plus en plus, l'horizon devient chimérique. 

Le cinéma, un énorme trompe-l'œil. 

La littérature, plein de lignes à digérer, toujours un travail pour l'ego. 

Personne ne veut mourir. Et moi non plus, je ne veux pas mourir. 

Mais quand je me vois dans une glace, je ne vois plus qu'un fantôme.