Encore cette diversion qui revient périodiquement comme un marronnier au printemps. Nous l’attendions donc. « La langue française ». Haro sur les francophones et ‘‘leur’’ langue.

Ce qui sépare les Belles lettres dites en langue française et les insignifiances qui débordent des réseaux sociaux et des médias (y compris francophones !) c’est ce gouffre fangeux dans lequel baignent des démagogues, des opportunistes et des revanchards de tous poils, dont nombre pourtant emploient cette même langue française au quotidien, comme ils peuvent. C’est dans ce fossé que s’abreuvent nombre de praticiens du mensonge et de l’hypocrisie.
D’aucuns écrivent dans la langue française et l’insultent. Ils lisent dans la « langue du colon » et la maltraitent comme la pire des ennemis. Ils sont, selon les uns et les autres, pétris de démagogie, d’ignorance ou d’intolérance ou des trois confondues.
À travers le dénigrement de la langue française, ils tentent de neutraliser les francophones sur la base de clichés et de présupposés idéologiques détestables bien ancrés. Avec la complicité et la lâcheté de certains autres, inattendus.
Ils dénoncent des hommes et des femmes pour le simple fait qu'ils sont des francophones (franco/phone), non pour des actes concrets répréhensibles (« soutien à « LA » France » !), mais pour leur idéologie supposée, totale. Ils condamnent cette langue française, car elle fut, et elle l’est encore six décennies plus tard « la langue du colonisateur ». Ces mêmes encensent la langue anglaise, qui est pourtant la langue-mère de pays parmi les plus dévastateurs empires coloniaux : la GB et les USA ce « Grand Satan », jusqu’au 21° siècle. Il est vrai qu’ils ont colonisé et fait évaporer des hommes et des femmes par millions, mais pas les nôtres, rétorquent-ils. Je ne ferai jamais d’amalgames. La langue anglaise est magnifique. Je l’utilise souvent à l’étranger, même si je ne la maîtrise pas assez, hélas.
Ils haïssent Kateb Yacine. Mais quel meilleur ambassadeur que Kateb Yacine dans Nedjma qui figure l’Algérie ? quel ambassadeur a décrit ou décrirait mieux que lui ou dans une identique splendeur de son écriture (en français donc) - majestueux butin -, dans ses fantaisies littéraires ornées aux sources d’Oxford Mississippi, l’attachement viscéral des Algériens colonisés, à leur terre et à tous les chemins qui serpentent en son sein ? Qui ?
Ces adversaires de la langue française se trompent. S’ils peuvent réussir à nous exiler de notre terre, ils ne réussiront pas à nous exiler de notre langue ou de notre écriture (lire Assia Djebar, « discours de réception » à l’Académie française.)
Leur incapacité à désigner les problèmes concrets qui maintiennent la Culture, la Connaissance etc. dans l’inconsistance dans laquelle elles se trouvent oriente leurs frustrations en direction de la langue française (et des femmes encore et toujours jusqu’à la fin de leur temps!)
Les chiens de ces gens ont la rage, ils accusent la langue française, le raciste français les incrimine sur C-News, ils en rendent responsable la langue française.
Les gendarmes les arrêtent pour non-respect du Code de la route et transport de marchandise prohibée, ils accusent leurs véhicules. Où allons-nous ? Où vont-ils ?
Ils s’en prennent à des hommes et des femmes qui écrivent et lisent dans la langue aimée, portée au firmament de la beauté par Assia Djebar, par Mouloud Feraoun, par Kateb Yacine.
L’auteur de « La Grande maison », Mohammed Dib, écrivait ceci : « La traversée d’une langue est une recherche de soi. Je suis toujours en marche vers cet horizon... » Une recherche de soi. Pas une guerre contre les siens. Quelle que soit la langue. On peut dire la vie, dire l’altérité, la beauté du monde et de la sphère céleste dans toutes les langues de notre humanité. Y compris la Française, évidemment.
Que répondraient-ils à des Anglais, à des Français qui diraient en suivant leur raisonnement par équivalence (ou symétrie) qu’ils détestent la langue arabe par ce qu’elle est parlée par des fanatiques religieux qui ne veulent pas s’extraire du 2° siècle de l’Hégire, il en existe un certain nombre, un sacré nombre, qui ont depuis longtemps à la fois effacé Ibn Rochd, Ibn Khaldoun et El Khansa, Taha Hussein, El Wallada, Hafsa... et subjugués par Air France, Le métro de Paris, « les affaires » à Barbès Rochechouart, ou l’Institut du Monde Arabe, une petite maison quelle que soit la ville en France, sans avoir froid aux yeux. Que leur répondraient-ils ? Je me le demande. Je dirais personnellement à ces individus, ces Anglais ou ces Français-là qu’ils sont probablement égarés.
Last but not least : L’appel du 1° novembre 1954 « au peuple algérien » a été pensé, écrit et réalisé (octobre 1954) en français sur la ronéo de la famille Idir ou Zamoum, je ne sais plus, à Ighil Imoula.Et ce marronnier se poursuit. Voilà maintenant qu’on s’interroge sur la pertinence de la philosophie en Algérie ! C’est la mémoire d’Ibn Thufaïl qu’on assassine, c’est inouï. !
Oseront-ils bannir Assia Djebar, Mohammed Dib, Mouloud Feraoun, Kateb Yacine et d’autres francophones dont nous sommes ?
Ahmed Hanifi
Marseille, le vendredi 7 août 2026
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